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Les cahiers des curés;

Au moment où la Révolution éclata, la religion catholique, apostolique et romaine était la « religion de l'État. » Toute autre était proscrite depuis la révocation de l'édit de Nantes.

11 avait fallu soixante ans de polémique contre « l'Infâme » et même le passage au pouvoir d'un encyclopédiste, — Turgot, — d'un protestant, — Necker, — pour arracher 1' «éditde tolérance» signé par Louis XVI en novembre 1787.

Et ce n'était pas encore la tolérance religieuse. C'était la pure et simple restitution de « l'état civil » dont, depuis 1683, se trouvaient privés « ceux ne faisant pas profession de la religion catholique. » Les femmes de protestants cessaient d'être considérées comme des concubines, leurs enfants comme des bâtards sans droits de succession, qu'il

avait été longtemps permis d'enlever, de baptiser de force et de catéchiser dans les couvents.

Néanmoins, cette très incomplète réparation du plusviolent des attentats à la conscience humaine commis par la monarchie et par l'Eglise n'avait été enregistrée au Parlement, le 29 janvier 1788, qu'en vertu de la toute-puissance royale et malgré les plus bruyantes récriminations. Au mois de niai suivant, l'Assemblée générale du haut clergé rappelait le serment du sacre — d'exterminer les hérétiques ; — elle réclamait de Louis XVI l'achèvement de « l'ouvrage que Louis-le-Grand avait entrepris, que Louis-le-Bien-aimé avait continué; » elle exigeait, au nom de Dieu même, le rétablissement de l'unité du culte.

« Une seule foi, une seule loi, un seul roi : » cette maxime de l'absolutisme résumait toujours la constitution nationale selon la Politique tirée de l'Ecriture sainte par Bossuet.

Il n'y avait de droits, en France, que pour le roi, maître de tout, au service de l'Eglise. La théocratie monarchique, chaque fois qu'elle avait occasion de se formuler, se raidissait d'autant plus que l'opinion publique grandissait contre elle, réclamant une réforme générale de la société religieuse et civile (1).

Le clergé était le premier Ordre de l'Etat. Partageant toutes les faveurs royales et tous les privilèges sociaux avec la noblesse, directeur exclusif de la religion, de l'instruction et de la charité publiques, seul, il avait gardé le droit de s'assembler, de s'administrer (presque librement) et de ne participer au paiement des impôts (dans une très-minime mesure) que de son consentement, réitéré tous les cinq ans, et sous la forme de don gratuit.

(1) V. l'Eglise et la Révolution française, par E. de Pressensé, Introduction.

Cette situation prépondérante, le clergé catholique l'avait-il méritée par des services séculaires rendus au pays, comme le soutiennent ses apologistes (1)?

Le fait est que, depuis très-longtemps, il avait cessé d'être un instrument de civilisation quelconque. Il avait fait avorter, en France, et la Renaissance et la Réforme. Il était devenu l'obstacle principal au salut de la monarchie, la première barrière à briser si la nation voulait se développer sur les bases rationnelles de l'égalité et de la liberté. Ses usurpations infécondes lui avaient mérité les ironies et les haines des philosophes du dix-huitième siècle, robustes et joyeux apôtres de la justice contre la grâce (2) .

Tous les progrès de l'humanité s'étaient accomplis, depuis la fin du moyen-àge, malgré lui et contre lui. La démocratie, en naissant, devait nécessairement ou le supprimer ou le réformer.

Le supprimer, — et ainsi soit tenter un changement national de religion, soit passer d'emblée du régime de l'intolérance absolue en pleine liberté religieuse, — presque personne n'y songea dans l'immense mouvement électoral de 1788-1789.

Tout le monde du tiers-état et de la partie éclairée, généreuse de la noblesse prétendit réformer la vieille Eglise, en accommoder les dogmes et les institutions avec l'établissement d'une société nouvelle, libérale et juste.

D'ailleurs, le clergé lui-même, par ses abus particuliers, s'était mis dans l'impossibilité de résister h la première contestation légale de ses prérogatives.

(1) Comme le répète le sceptique et érudit .M. H. Taiue, dans son précieux et étrange ouvrage sur les Origines de la France contemporaine t. I, ch. 1.

(2) V. l'introduction à l'Histoire de la Révolution par J. Michelet.

Il ayai! beau être le premier Ordre, il ne formai) plus un corps homogène, animé d'un esprit commun, marchant avec une discipline inflexible au même but. L'unité doctrinale et politique, que Bossuet et Louis XIV semblaient avoir rétablie dans l'Eglise gallicane par la déclaration de 1082, avait été de nouveau brisée par la bulle Unigenitvs, en 1713. Vaincus, en I7G2, par les jansénistes, chassés de France, reniés et supprimés par la papauté, les jésuites n'en avaient pas moins contribué à envenimer la division parmi les ecclésiastiques rt parmi les fidèles (1). Cette division morale, au bout de plus d'un demi siècle de troubles d'une violence inouïe, n'était apaisée qu'en apparence, lorsque l'approche des Etats généraux, obligeant chaque corps, chaque classe à dresser son bilan, son compte ou examen de conscience, en présence de l'opinion publique surexcitée, Ot apparaître les plus implacables antagonismes d'intérêts, comme d'idées, au sein des deux premiers Ordres de l'Etat.

La forteresse des privilèges, quand la nation se leva pour l'assiéger, était ouverte de toutes parts, démantelée d'avance par des mains de nobles et d'ecclésiastiques. La pompeuse unité du Roi-Soleil, assise sur l'asservissement universel, laissait voir en tombant deux ou trois noblesses ennemies et trois ou quatre clergés se dévorant l'un l'autre.

(1) V. le Clergé de 89, par Jeau Wallon, livre 1.

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