NORMANDIE
A Evreux, le mandat ecclésiastique fut partagé entre les deux diocèses d'Evreux et de Lisieux. Pour celui-là fut choisi le curé d'Illiers-l'Évêque, de Lalande, et, pour le second, le curé de Sainte-Croix de Bernay, Linclet (3).
(1) Ibid. 33.
(2) Dans les Marches communes franches de Poitou, de Bretagne et d'Anjou, admises à former un bailliage isolé, comme ne dépendant ni des sénéchaussées ni des bailliages des provinces voisines, les trois Ordres, réunis à Montaigu, rédigèrent en commun leur Cahier. Les demandes du clergé inférieur y furent admises du meilleur cœur, et le représentant ecclésiastique fut l'abbé Richard, recteur de Clisson. {Arch. de l'Ouest, I, p. 207-240 .
(3) Ce dernier, (Robert-Thomas), frère du futur membre du co-
2û2 LÉS CAAIERi) DÉS CURÉS
Le cahier confié à ces deux curés d'extraction et, sans doute, d'opinion différente, l'un noble, l'autre plébéien, se compose d'articles très-contradictoires ()).
Il débute par des attaques contre « la licence effrénée de la presse, » et par des revendications en faveur de l'unité du culte « seul reçu en France depuis Clovis. » Si la renonciation aux privilèges pécuniaires est proclamée, on rejette néanmoins « le mode d'opiner par tète, qui insensiblement produirait la confusion des rangs et des conditions, ferait dépendre la durée des institutions les plus essentielles de la mobilité des opinions de la multitude. »
L'adhésion aux remontrances de l'Assemblée générale du clergé contre l'édit de 1787, qui \ient de commencer à réparer les iniquités de la révocation de l'édit de Nantes, est atténuée par cet article :
« Le retour des protestants en France et les effets civils accordés à leurs mariages, sont des ohjets trop graves pour qu'ils ne soient pas soumis à l'examen de la nation assemblée. Comme on peut se flatter qu'une abondance de lumières a heureusement disposé l'esprit à l'union et à la concorde, nous ne pensons pas qu'on doive refuser à nos frères errants le rang qu'ils réclament dans la société au nom delà nature; beaucoup d'entre eux le méritent par leurs vertus morales et civiles, et cet acte d'humanité et de justice ne peut servir qu'à les ramener avec le temps dans le sein de l'Église. »
Loin d'être contesté, est très-expressément reconnu le
mité de salut public (Jean-Baptiste Robert Lindet),devaitdovenir eu 1791 évèque coustitutiounel de l'Eure, voter la mort du roi à la Convention, donner l'un des premiers l'exemple du mariage des prêtres, faire partie du conseil des Anciens, un moment être exilé par la Restauration et mourir en 1823 dans sa ville natale de Bernay.
[l) Arch. pari. t. lit, p. 210-203.
LA LUTTE ECCLESIASTIQUE 2o3
droit des États généraux, — en trois Ordres, il est vrai, — de s'occuper des « maux dont l'Église est affligée. »
On attend d'eux « le retour aux anciens canons, » le rétablissement des élections ecclésiastiques, des synodes et des conciles.
Le cahier d'Alençon (1), confié à deux curés de campagne, débute par des déclarations politiques très-libérales, sur l'inviolabilité des députés, sur le droit de la nation de « ne reconnaître d'autres impôts que ceux qu'elle aura librement consentis. » Suivent les formules ordinaires touchant le maintien de la religion catholique « dans toute son intégrité et pureté, » avec « la solennité du culte à elle seule réservée. »
On désire que « le clergé conserve le rang qu'il a toujours eu dans toutes les assemblées. » Mais on s'abstient d'exiger « le vote par Ordre; » on donne « pleins pouvoirs » aux députés. Et ce n'est pas au premier Ordre, c'est à l'Assemblée nationale qu'on s'adresse pour obtenir les lois qui « régleront la distribution des bénéfices d'une manière plus canonique et plus conforme à l'esprit de l'Église ; » qui, dans le clergé, « maintiendront la décence, la subordination et la régularité, établiront son gouvernement sur des bases fixes, en banniront l'arbitraire. »
A Cou tances, ni la menace ni la séduction n'empêchent le bas clergé d'exprimer ses vœux et griefs essentiels. 11 ne consent qu'à des atténuations de mots et, après avoir élu trois curés, il laisse le quatrième siège aux États généraux pour l'évèque malade qui serait mort de dépit si le dernier tour de scrutin lui était resté défavorable (2).
Le cahier du pays de Gaux (3), remis à deux curés et à
(1) Arch.parl. I, 708-710.
(2) Arch.parl. III, 48. —Wallon, Le clergé de 89, p. 206.
(3) Arch. pari. II, p. 573-575.
un vicaire général de Rouen, est rédigé dans le même sens que le précédent. On y défend avec autant d'énergie les intérêts et les droits des curés. On y réclame que l'éducation publique soit confiée dans les collèges à « des hommes uniquement consacrés à cette fonction, » et que toutes les maisons d'éducation soient « soumises à l'inspection de l'évêque diocésain, des officiers municipaux et des curés. » On exige « l'exécution des lois sur la fréquente tenue des conciles provinciaux. » Mais on laisse passer, sous l'influence du représentant de l'évêque, l'injonction formelle aux députés du clergé d'opiner par Ordre et non par tête.
Cet article et toutes les déclarations tendant à maintenir le clergé premier Ordre se retrouvent naturellement dans le cahier de Rouen (1). Le cardinal de La Rochefoucauld présidait l'assemblée, et celle-ci nommait députés aux États généraux l'archevêque lui-même, un prieur claustral, un prieur commendataire et un seul curé, non delà ville, mais de la campagne et à portion congrue. L'élection, prolongée jusqu'au 25 avril, n'eût pas abouti sans cette concession au clergé des paroisses d'un représentant spécial, sans la reconnaissance du droit des curés « de nommer aux assemblées ecclésiastiques dans la forme où ils nomment aux Etats généraux et provinciaux. »
Pour suppléer aux omissions du cahier archiépiscopal, diverses pièces sont adressées au gouvernement, entre autres le cahier particulier du curé de la Chapelle-Genevray, près Verndn (2).
L'abbé Crosnier reconnaît que les laïques sont justement « indignés, scandalisés, de voir servir au luxe, à la sensualité, à l'intempérance, à toutes les pompes du siècle, les richesses prises sur l'autel, » et qu'avec raison, considérant l'état
(1) Arch. pari, V, p. 590-593.
(2) Arch, nationales manuscrites Bill 131, f°s 478-487.
LA LUTTE ECCIESIVSTÎQUK Z.>r>
ecclésiastique dans l'opulence quand les autres états souffrent, « ils blâment la simplicité de leurs pieux ancêtres d'avoir laissé des biens si considérables à l'Eglise pour nourrir lamollesse, la vanité et l'orgueil des riches bénéficiers. » Cesbiens, disent-ils, «auraient été plus utilement employés àmettre leurs enfants en état de servir la patrie qu'à entretenir l'oisiveté de clercs inutiles à l'Église, à l'Etat. »
Le fait est, continue le curé de la Chapelle-Genevray, que l'on peut « se demander de bonne foi » si les pieux fondateurs « ne reprendraient pas ce qu'ils ont donné » en voyant « l'affreuse inégalité qui règne dans le partage des biens d'Église et l'emploi à des usages mondains et profanes de ce qu'ils ont cru consacrer à la religion. »
Suivent ces trois vœux :
« Art. 1 . — Que l'Église soit déchargée du fardeau des biens temporels, pour ne s'occuper uniquement que des spirituels.
« Art. 2. — Que tous les biens ecclésiastiques soient fondus en une masse commune pour former un trésor immense de charité, où les pauvres trouveront des ressources assurées à leurs misères, l'Église des fonds pour payer ses dettes, fournir à la structure de ses temples, à la décoration de ses autels, à l'entretien de ses ministres, et l'État des moyens pour subvenir à ses besoins.
« Art. 3. — Que tous les droits honorifiques du clergé soient vendus au profit de l'État »
« Confiant ses intérêts à la sagesse des députés qu'il va élire, » le clergé du bailliage de Caen (1) « leur donne le pouvoir général de proposer, de remontrer, aviser et consentir sur tout ce qu'en leur àme et conscience ils jugeront juste, équitable, honnête et conforme à la religion, au bonheur
(i) Arch. pari II, 48
2b6 LÉS CAHIERS DES CURÉS
et à la gloire de la France. » Ce n'est pas à dire que ces députés, voulant rendre les États généraux capables de délibérer et de réformer les abus de toute nature, les abus ecclésiastiques en particulier, abandonnent ce qu'ils croient être le droit divin de l'Église. Une partie de leur cahier est consacrée à la « constitution du clergé, » laquelle, par « le retour à la Pragmatique sanction, » — au régime des élections, — doit être « la rénovation totale de l'Église gallicane, antérieure à la monarchie française,... corps séparé dans l'État, mais toujours sujet, Ordre toujours soumis à César, mais toujours libre. » Us rappellent les ordonnances rendues à la suite des États généraux du XVIe siècle, « dont les guerres religieuses ont suspendu l'exécution. » Sans le moindre souci ni de l'infaillibilité papale ni de l'omnipotence royale, dont ils signalent les effets désastreux, ils chargent la nation assemblée de replacer l'Église catholique française sur ses bases, les curés formant « la portion essentielle et constitutionnelle du clergé. »
Ce cahier, d'un gallicanisme irrité, fut rédigé par les curés seuls. Dès l'ouverture de l'assemblée électorale, le chapitre de la cathédrale de Baveux avait protesté contre la prépondérance accordée au clergé du second ordre. Quatre jours plus tard, le 18 mars, l'évêque de Bayeux avait protesté lui-même, et, les inférieurs ne se soumettant pas, s'était retiré de l'assemblée, suivi de toute l'aristocratie cléricale. (1).
Il ne fallut pas aux curés moins de treize jours (2) pour vaincre les ruses et les violences de l'évêque de Baveux. D'abord on refusait aux commissaires qu'ils avaient choi-
(1) Les deux protestations sont jointes au cahier de Caeu, dans les manuscrits des Archives nationales, B 111 40, fos 237 et suivants.
(2) Raconte un contemporain, cité p. 209-216 du livre de M. Jean Wallon.
La ixttk ecclésiastique 'i.'iî
sis, la salle capitulaire. L'un d'eux s'écrie: « A quoi bon discuter? Venez dans mon églisejnousy serons chez nous! » On se rend à l'église désignée, et l'on en ferme les portes devant les délégués des chapitres et des couvents. Du haut de la chaire, un curé proclame : « Le premier d'entre nous vaut mieux que le meilleur des commendataires. Formons autant de groupes qu'il y a de chapelles ici — et les six délégués choisiront et tireront au sort l'un d'entre eux, qui sera notre candidat ! » Tous les bras se lèvent et la motion est mise en pratique.
Le lendemain, en assemblée générale, appel nominal est l'ait de tous les membres, à commencer par les hauts dignitaires et à finir par les simples chapelains, jusqu'à ceux s'intitulant de umbUico Christi. Les 400 curés, avec de bruyants éclats de rire, se donnent la majorité dans la commission de rédaction, et y font entrer en minorité impuissante un ou deux des chanoines et moines décorés des titres les plus grotesques.
A une autre séance, l'évêque et les commendataires prétendent faire annuler le vote. Un jeune curé demande qu'il soit réitéré. « Cinquante têtes pelées » se dressent d'un côté; « mille bras » — de l'autre. Néanmoins, le haut clergé revient à la charge, dépose deux protestations, l'une chapitrale, l'autre épiscopale : « Il est à craindre que la représentation du clergé soit tout entière confiée à des ecclésiastiques non possesseurs de bénéfices... Un simple règlement ne saurait dépouiller les évèques de leur qualité de premiers citoyens de l'État... Ne serait-ce pas les dégrader que de faire dépendre les élections d'un clergé qui leur est subordonné? » Cela ne touche pas les curés; ils refusent de recevoir les protestations, et comme, l'évêque en tête, les bénéficiersse retirent, ils ne les retiennent pas. Ce que voyant, un certain nombre des religieux, à l'appel d'un prieur habile, s'abstiennent de suivre le mouvement
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de sortie. L'assemblée reste en nombre : les curés lui don~ nent pour président un vieil abbé régulier, dont la croix pectorale rappelle celle de Tévêque disparu et semble réserver la question religieuse dans le conflit électoral.
Grâce cà l'intervention du lieutenant civil, remplaçant le bailli royal, la nomination ries 25 commissaires du Cahier soptre en cinq bailliages, flans chacun desquels est admis un moine. Mais alors les curés commissaires, quoique en écrasante majorité, se laissent séduire, effrayer par un bénédictin, beau parleur et jouant vigoureusement du poing. Le Cahier présenté en assemblée générale ne contient presque rien des « vœux de la partie souffrante du clergé. » Les curés huent le rédacteur, le traitent de « grand vicaire, d'épiseopal, de vendu aux abbés ! » 11 est obligé de confesser les tromperies et les terreurs exercées par le formidable bénédictin. On le destitue, on refait le cahier, et l'on confère les pleins pouvoirs des bailliages de Caen, Lisieux, Falaise, Thorigny et Vire aux trois obscurs curés de Mutrecy, de Bonœil et de Tracy, Le François, Letellier et Lévêque.
L'ancien gouvernement de Picardie se subdivisait en sept évèchés, — Boulogne, Amiens, Laon, Noyon, Soissons, Heauvais, Senlis, — suffragants de l'archevêché de Reims. Les prélats, avec leurs chapitres, dès la publication du règlement électoral, protestèrent contre la convocation par bailliages et contre la prépondérance accordée aux curés. 11 n'y aura « que peu d'évêques aux États généraux, »
LA Ll'TTE ECCLÉSIASTIQUE 239
s'écriaient-ils, et cependant « nous sommes les seuls juges de. la foi! (1) »
Sur douze bailliages de la région, trois laissèrent passer desévèques: Laon, Amiens, Clermont de Beauvoisis. Un quatrième, Boulogne, prit pour son député unique le vicaire général du diocèse. Péronne partagea sa représentation entre son curé et un prieur de couvent. Les assemblées ecclésiastiques de Calais, Montreulî, Abbeville, Soissons, Saint-Quentin, Senlis et Béarnais élurent exclusivement des curés.
L'évèquc duc de Laon, M. de Sabran, avait beau être pair de France, grand aumônier de la reine ; il reçut pour compagnon aux États généraux un curé des plus plébéiens, et dut agréer un cahier (2) sur beaucoup de points contraire aux intérêts de la caste et à ses opinions.
De même l'évêque d'Amiens, M. de Machault, fut associé à un misérable « congruiste » et devint dépositaire des Doléances les plus détaillées du clergé inférieur contre le haut clergé. Il donna l'incrovable spectacle de protester luimême et de faire protester son chapitre, les dignitaires de sa cathédrale, les bénéficiers, les religieux, etc. contre le mandat qu'il avait sollicité ou plutôt qu'il avait extorqué en imposant à ses inférieurs, ses égaux comme électeurs dans une réunion politique, sa supériorité religieuse. Le cahier (3) commandait le vote par tète; se déclarant, par acte personnel postérieur à sa nomination, pour le vote par Ordre, il se mit réellement en révolte contre ses commettants.
Eliminé par l'assemblée de son siège, qu'il présidait dans son propre palais, et dont il lui fallut signer le premier le cahier, remis entre les mains d'un curé, de campagne, Fé-
(1) Arcb. nat. manuscrites, B III, 3 et 4, loi, Picardie et Vermandois.
(2) Arch. pari. VI, 134.
(Z)Arch.parl. ï, 732.
vêque comte de Beauvais, M. de la Rochefoucauld-Bayers,
pair de France, fut condamné à chercher son élection parmi les curés naïfs de Clermont-en-Beau\oisis. 11 leur fit élire, en même temps, son confrère de Bonal, qui n'avait pu se faire nommer à Clermont-Ferrand. Qui pis est pour l'honneur des deux prélats élus, le cahier de leurs électeurs (1) est d'un esprit absolument opposé À la conduite qu'ils tinrent dans l'Assemblée nationale, sauf quant au vote par Ordre, — admis, comme dans plusieurs bailliages où les curés, bien qu'en majorité, le concèdent sous réserve expresse d'une réforme totale de l'Ordre du clergé.
Ces prélats, pour tromper leurs subordonnés et acquérir des voix dans le but d'empêcher ce que leurs électeurs désirent, vont jusqu'à promettre de faire ce qu'ils n'ont jamais fait lorsqu'ils étaient les maîtres: « de placer sous les yeux du clergé du second ordre le tableau exact des décimes du diocèse, afin que chaque contribuable s'assure si la répartition est faite également. » Ils consentent à ce que « si le clergé conserve le privilège de s'imposer lui-même, un député de chaque ordre ecclésiastique, librement élu tous les trois ans en synode, fera partie du bureau diocésain et des autres assemblées ecclésiastiques. »
Ces articles n'avaient, il est vrai, été précipitamment insérés par le bureau épiseopal que pour empêcher l'adoption d'un vœu révolutionnaire, ainsi formulé par le curé de Mouy, Savcntin :
« Le premier moyen de payer une partie de la dette nationale serait la refonte de tout l'or et de l'argent ouvragés, enfermés dans les trésors et sacristies des églises de France, et qui appartiennent à la nation bien plus qu'aux moines qui en ont le dépôt. Ce sont des trésors enfouis qu'il est juste que l'État, que le roi surtout fasse valoir dans une
(1) Arch. pari. 11,744-745.
LA LITTE ECCLESIASTIQUE 261
conjoncture aussi pressante, puisque ces trésors proviennent pour la plus grande partie de la libéralité des rois, ses prédécesseurs. Il est passé en proverbe que le trésor de la Grande-Chartreuse suturait pour la rançon d'un roi de France. . . On sent, du reste, que cette refonte ne s'étendrait que sur ce qui ne sert pas journellement au culte des autels. »
La motion présentée en particulier aux curés réunis à l'assemblée électorale de Bcauvais fut trouvée « raisonnable, légitime et d'une exécution prompte. » Divers membres delanoblesseetdu tiers-état s'en montrèrent également partisans. Néanmoins on empêcha son auteur de la produire, parce que « sa tentative eût été inutile » et qu'il se fût exposé « peut-être à l'animadversion du prélat président, sûrement à la haine des moines, qui l'auraient taxé d'impiété pour vouloir, nouvel Osa, porter une main sacrilège sur l'Arche du Seigneur ! (1) »
Les vœux de ce genre se retrouvent souvent dans les cahiers primitifs des paysans, quelquefois dans les cahiers réduits du tiers-état. L'influence épiscopale réussit à les faire effacer des cahiers officiels du clergé. Mais il n'en reste pas moins historiquement établi que l'aliénation totale des biens ecclésiastiques était reconnue juste par le bas clergé et que c'est un curé qui a proposé la saisie des inutilités « sacrées » pour l'utilité de la patrie.
Si, à Péronne, réguliers et séculiers s'entendent pour nommer un député de chaque catégorie ; si l'élu des moines n'est pas le président de l'assemblée, l'abbé régulier de Vaucelles, le révérendissime vicaire général de l'ordre de Citeaux, c'est évidemment que les religieux inférieurs et les curés font alliance contre l'aristocratie des deux clergés. Ce que prouve le Cahier (2).
(1) Lettre à Necker, 22 avril, Arch. nat., B. III, 22, f. 470-474 {2)Arch.parl. V., 346-355,
5Ô2 LES CÀIitKRS DES CURES
A Calais et Ardres, il n'y avait qu'un député à choisir. Lamajorité prend un curé, et lui remet le cahier officiel exprimant, d'un côté, les griefs des curés contre la juridiction arbitraire des évoques; d'autre côté, la revendication, pour les paroisses, des « dîmes détournées du droit commun et de leur destination naturelle, la plus grande partie en étant possédée par des chapitres, communautés, abbés, prieurs et autres bénéficiers qui ne contribuent à l'acquittement du service paroissial que par le paiement d'une trop modique pension. »
Un supplément au cahier présente (1) « les remontrances et les demandes du clergé régulier. »
Les moines réclament que, chez eux-mêmes, « tout rentre dans l'ordre » et qu'il soit fait, conformément aux règles canoniques et à la justice évidente, trois parts des revenus conventuels: la première, pour l'entretien des religieux, y compris l'abbé titulaire, le prieur effectif, le supérieur réel ; la seconde, pour la réparation des bâtiments, pour les dépenses éventuelles et l'assistance des pauvres du lieu ; la troisième, pour « le soulagement des monastères ou communautés pauvres, des hôpitaux, des écoles pies, des curés hors d'état de continuer leurs fonctions, des vicaires de campagne et des prêtres habitués des villes auxquels le nécessaire manque souvent. » D'une manière générale, « le clergé régulier du Calaisis et de l'Ardrésis adhère avec joie à toutes les demandes et réclamations du clergé séculier, ci-devant énoncées, et prend la liberté de remontrer que, contribuant à toutes les charges du clergé et s'occupant, avec l'agrément des évèques, des principales fonctions du ministère ecclésiastique, il parait juste qu'il ait ses députés en nombre compétent dans les assemblées tant générales que diocésaines du clergé, et qu'il n'y
(l) Arch. Pari., Il, ,-;04-306.
La lutte Kr.i:i.i:siA8TiQii; H'à
soit plus représenté par des abbés commendataires ou autres ecclésiastiques dont les intérêts ne sont pas toujours d'accord avec ceux des religieux. »
Les curés du Ponthieu (Abbeville et Monlreuil) (1) entament leur cahier par les questions politiques : vote par tète, États généraux périodiques, États provinciaux permanents, Constitution garantie avant l'octroi des subsides.
Le cahier anti-épiscopal et anti-monacal de Beauvais (2) est rédigé de façon à confirmer celui du tiers-état du même bailliage contre les impôts abusifs, contre les droits féodaux, contre tout ce qui écrase le peuple, contre tout ce qui est privilège laïque ou ecclésiastique. Les belles promesses du haut Clergé sur les réformes à réaliser par le edergé lui-même exaspèrent les curés au lieu de les séduire: « Les États généraux, » s'écrient-ils, » sont priés de considérer que les besoins des curés sont urgents et d'aviser à quelques moyens justes et faciles de les soulager promptement. » On leur objecte qu'ils « bouleversent la Société et l'Église en appuyant les motions incendiaires du bas peuple et en secouant eux-mêmes le joug d'une hiérarchie établie de droit divin. » Ils répliquent : « La crise qui afflige actuellement (l'État) peut devenir l'époque d'une heureuse révolution. Du sein d'un désordre passager naîtra la stabilité des principes fondamentaux de la monarchie, l'établissement d'institutions utiles qui répareront les malheurs et les feront oublier. »
(1) Arch. Pari. V, 428; IV 58.
(2) Arch. Pari. II, 287-294.
264 Lès caHèers des curés1