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ILE-DE-FRANCE ET PARIS

Entre les bailliages de l'Ile-de-France se distingue celui de Montfort-rAmaury, où, selon l'exemple donné par le Dauphiné, les trois Ordres délibèrent fraternellement et rédigent un Cahier commun (1). Le chapitre « de l'Église » gallican, anti-monacal et d'un libéralisme réformateur est très-juste à la limite où les questions de foi se mêlent aux questions de discipline.

Les représentants de Montfort-l'Amaury et Dreux sont deux curés. Tous les autres députés ecclésiastiques de la province sont de même des curés. Il n'y a guère que Dourdan (2), où un essai de conciliation avec le haut clergé se manifeste par la nomination, comme suppléant, d'un vicaire général du diocèse de Chartres.

Les curés de Melun et Morct (3), insistant sur l'utilité des synodes et conciles « pour réformer les mœurs, arrêter la corruption et l'impiété, » ajoutent: « Cette communication fréquente des premiers pasteurs (les évoques) et des seconds pasteurs (les curés) ne pourraitqu'entreteniiTunion entre eux, et ces assemblées légales et canoniques ranimeraient l'émulation, feraient germer les lumières et ressortir le mérite. »

Les curés, est-il dit à la fin du cahier très modéré du clergé de Nemours (4), étant les pasteurs les plus utiles de

{{) Arch. pari. Vf, 37-42.

(2) Arch. pari. III, 242-244.

(3) Arch. pari. 111,736.

(4) Arch. pari. IV. 106-108.

la hiérarchie ecclésiastique après les évèques, pourquoi ne pourraient-ils pas espérer toutes les dignités de l'Église ?»

Les aspirations véritables des curés delà banlieue immédiate de Paris n'auraient pu s'exprimer dans l'assemblée officielle de Paris hors les murs, tenue dans la capitale, sous la présidence de l'archevêque et en présence des chefs des principales congrégations. On ne les trouve au vrai et au vif que dans les cahiers primitifs des villages.

Beaucoup de ces cahiers ruraux, dont la précieuse collection rempli, les tomes IV et V des Archives parlementaires ont pour premier signataire le curé. Souvent il y est mentionné que la rédaction s'est opérée dans l'église, h l'issue delà messe paroissiale ou des vêpres. Quelquefois, comme à Echarcon, le procès-verbal a été clos « en la maison presbytériale, » le curé étant le syndic élu ! (I)

La députation ecclésiastique de Paris hors les murs ne compte sur six membres que les deux curés d'Argenteuil et de Marly ; le cahier a été délibéré sous la présidence de l'archevêque, avec le concours du député de l'abbaye de St-Gcrmain-des-Prés et d'un chapelain lazariste, professeur au collège Louis-le-Grand ; plus le curé de Sèvres, docteur en Sorbonne. Si les demandes des pasteurs et des paroisses sont, au point de vue matériel, à demi accueillies, elles sont, au point de vue moral et politique, repoussées, réprouvées. Le haut clergé écrit, au nom du premier Ordre entier: « Qu'il soit avisé aux moyens de remettre la discipline en vigueur, ainsi que d'assurer la subordination qui en est l'âme, conformément aux lois canoniques (2). »

Au cahier duclergé de Paris, arrêté seulement le 18 mai, et remis à dix représentants, dont deux ou trois curés à peine, il n'y a, en faveur du clergé inférieur, que ce qu'il

(1) Arch. pari t. IV, p. 498.

(2) Arch. ) a t. V 263-267.

29*2 Li:s cwilkns bfcs <:liu.s

est impossible de refuser, la majorité lui élant acquise dans les cahiers déjà déposés des provinces. Tandis que la paroisse de St-Paul, en ses doléances particulières (1), plaide énergiquement la cause « des curés et du corps des prêtres employés dans les paroisses, » le très noble chapitre de Notre-Dame, tout à fait réactionnaire, lance l'anathèmc aux curés « insurgés. »

Mais, d'autre part, le tiers-état de Paris hors les murs (2) a repris dans son Cahier général la majeure partie des demandes présentées par les électeurs ruraux.

Signé par Target, Bailly, Guillotin et Camus, — alors avocat du Clergé de France, — le Cahier du tiers-état de Paris contient un chapitre en 37 articles sur la Religion (3). Ce chapitre est le complet résumé des vœux du clergé inférieur agréés par la majorité nationale dans le but de faire de l'Eglise réformée un élément utile de la société démocratique. Le plan de la future Constitution civile y est indiqué en détail et la pensée de ses principaux auteurs ainsi exprimée, au nom du peuple de la capitale :

Art. 1. — «La religion, néeessaireà l'homme, linstruitdans son enfance, réprime ses passions dans tous les âges de la vie, le soutient dans l'adversité, le console dans la vieillesse. Elle doit être considérée dans ses rapports avec le gouvernement qui l'a reçue et avec la personne qui la professe. Ses ministres, comme membres de l'État sont sujets aux lois; comme possesseurs de biens, sont tenus de partager toutes lescharges publiques ; comme attachés spécialement au culte divin doivent donner l'exemple et la leçon de toutes les vertus.

Art. 2. — « La religion est reçue librement dans l'État,

(1) Arch. pari. V. 269.

(2) Arch. pari. Y. p. 230 à 23o.

(3) Arch. rail. t. v. 2<2-290.

sans porter aucune atteinte à sa constitution. Elle s'établit par la persuasion, jamais par la contrainte.

Art. 3. — « La religion chrétienne ordonne la tolérance civile. Tout citoyen doit jouir de la liberté particulière de sa conscience; Tordre public ne souffre qu'une religion dominante.

Art. i. — « La religion catholique est la religion dominante des Français; elle n'a été reçue que suivant la pureté de ses maximes primitives ; c'est le fondement des libertés de l'Église gallicane.

Art. 5. — « Afin de prévenir toute altération de ces libertés, qu'il ne soit permis à aucun ecclésiastique français d'accepter les dignités et bénéfices dans des Églises ou des rouis étrangères; ni aux ecclésiastiques étrangers d'en posséder en France.

Art. G.— « Que l'article 2 de l'Ordonnance d'Orléans, qui défend t-mt transport de deniers à Rom^, sous couleurs dTann des, vacants ou autrement, soit exécuté selon sa forme et teneur.

Art. 7. — « Que les dispenses ne soient accordées que par les ordinaires, en connaissance de cause et gratuitement.

Art, 8. — « La juridiction ecclésiastique ne s'étend, en aucune manière, sur le temporel ; son exercice extérieur est réglé par les lois de l'État.

Art. 9. — « Nos pères ayant toujours désiré le maintien ou le rétablissement des élections aux prélatures comme le plus sûr moyen d'avoir des ministres saints et vertueux, il sera pris des mesures pour faire revivre cette discipline primitive de l'Église. •

*29i LES CAHIERS DES CURÉS

BRETAGNE ET BEARN

En 1788, le Béarn et la Bretagne s'étaient soulevés en même temps que le Dauphiné. Des négociations avaient été ouvertes entre les trois provinces en vue d'une ligue qui devait successivement réunir les diverses parties du royaume disposées à résister au « despotisme ministériel. » Le projet n'aboutit pas, parce que l'aristocratie béarnaise et bretonne voulait pousser l'opposition presqu'à « la séparation », tandis que le tiers-état, la noblesse et le clergé dauphinois n'entendaient user des libertés provinciales conquises que pour la conquête de la liberté nationale.

Le Dauphiné triomphant avait forcé le gouvernement royal à légaliser son « insurrection pacifique. » Il avait profité de la constitution de ses États particuliers à Bomans, pour presser la convocation des États généraux promis. Aussitôt la forme de ceux-ci et la proportion des représentants des trois Ordres fixées par le « Bésultat du conseil du roi » du 27 décembre 1788, il avait, en son assemblée provinciale, formé une députation à l'Assemblée nationale par moitié de membres du tiers-état, par quart de membres de la noblesse et du clergé.

Le ministère Necker agréa, par exception unique, cette élection anticipée, d'ailleurs faite par le concours unanime des trois Ordres. H lui était impossible d'accorder la même faveur au Béarn et à la Bretagne, où la lutte la plus violente avait éclaté entre les anciens États aristocratiques, restaurés révolutionnairement, et la bourgeoisie, le peuple, le bas clergé lui-même.

LA LUTTE ECCLÉSIASTIQUE :>9o

Cependant certaines concessions de forme durent être fuites afin de rendre applicable le Règlement général du 2 i janvier 1789, contre lequel avaient protesté les États de ces provinces.

Le 19 février, deux Règlements spéciaux furent expédiés pour la Navarre et le Béarn (i). Le roi refusait de reconnaître la faculté électorale aux États « parce que les deux premiers Ordres y étaient confondus et n'étaient composés que de membres nés et nécessaires, les seuls possesseurs de fiefs, de quelque condition qu'ils fussent, étant admis pour représenter l'Ordre de la noblesse. » Quant au clergé, il n'y était représenté que par l'épiscopat et les gros bénéfices, à l'exclusion de la classe paroissiale. Les sénéchaux ou leurs lieutenants devaient convoquera Pau, pour les cinq sénéchaussées de Béarn, et à Saint-Palais, pour les chàtellenies, alcadies et bailliages de Navarre, « tous ceux des trois-États », afin d'y procéder, selon les formes du Règlement général, à l'élection de huit députés dans la première province, et de quatre, dans la seconde, dont moitié du Tiers, le quart de la noblesse et le quart du clergé.

Vis-à-vis de la rébellion déclarée des États de Bretagne, appuyée par le parlement de Rennes, et de l'organisation révolutionnaire que prenait, au milieu des troubles « le peuple » breton, le gouvernement hésita jusqu'au 16 mars. Il publia alors un Règlement spécial, en vertu duquel le tiers-état était appelé à choisir ses députés aux chefs-lieux des sénéchaussées principales, et le clergé inférieur à nommer ses représentants en assemblées tenues aux sièges des neuf diocèses, du 2 au 20 avril. En outre, le 16 avril devait avoir lieu, à Saint-Brieuc, une réunion du hautclergé et de la noblesse, afin de former la députation du second Ordre et de compléter celle du premier, si, obéis-

(1) Arch. parlent. I, 636, 654.

saut aux suprêmes injonctions du roi, ils se décidaient enfin à abandonner leur revendication obstinée du privilège de leur province de ne députer aux États généraux que par l'intermédiaire de ses États particuliers.

Les élections primaires, secondaires et définitives des sénéchaussées de Bretagne se passèrent, pour le tiersétat, avec autant d'ordre que d'enthousiasme. On protesta partout contre' la conduite des Ordres privilégiés et du Parlement, exploitant le patriotisme provincial pour maintenir les abus dont ils profilaient et empêcher l'affranchissement de la grande patrie française.

Quant aux assemblées diocésaines, se purent-elles tenir toutes aux dates et dans les formes prescrites?

Elles devaient, d'après le Règlement (1), avoir lieu, une première fois, le 2 avril, afin de préparer leurs doléances, avis et représentations et se réduire à un certain nombre d'électeurs, variable selon l'importance du diocèse, — 40, par exemple, à Rennes et à Nantes, 20 à Saint-Brieuc, à Dol, etc. ; puis, ces électeurs devaient se retrouver le 20 du même mois et choisir tel nombre de députés aux États généraux, qu'indiquerait le représentant de Sa Majesté.

La collection générale manuscrite des Actes relatifs aux élections de 1789 (2) ne donne que les procès-verbaux des assemblées du bas clergé tenues du 20 au 23 avril à Nantes, à Rennes, à Saint-Malo et à Quimper. La première série des Archives parlementaires ne contient aucun des cahiers ecclésiastiques bretons. Les Archives de l'Ouest reproduisent seules (3) et le procès-verbal et le cahier de la première assemblée diocésaine de Nantes, en date des 2 et 3 avril (4) .

(1) Art. 12, 13, IL Archives parlementaires, i™ série, t.Ip. 642-643.

(2) Arch. nat. Bill.

(3) Série A, S» 3. p. 188-195.

(4) Ou n'en trouvait antérieurement que le résumé dans la Commune de Nantes, ] ar C. Meliinêt,t. V, p. 3i et suiv.

La lutte ecclésiastique "2U7

La présidence avait été décernée au curé fie Saint-Simili.'ii. la plus ancienne paroisse nantaise. Après une messe dans l'Église des Jacobins, l'appel nominal fut fait. On constata présents ou représentés 290 reetcurs-curés, bénéfiiicrs, délégués des communautés séculières et régulières. Une dépu talion fut envoyée vers l'évèque » pour lui présenter ses tnmmages et lui témoigner la peine qu'on ressentait de ne pas le voir à la tète du clergé. >» Dans deux autres séances, on nomma, après de vifs débals, les quarante électeurs : 24 pour les cu:és, 10 pour les bénéficiers, (5 pour les communautés. Enfin on arrêta les trente-cinq articles du cahier de demandes et remontrances.

Ce cabier commence par des remerciements au souverain bienfaisant qui invite tous ses sujets « à concourir avec lui la à régénération de l'État. » On recommande aux députés de « l'Assemblée des Etals généraux le plus grand zèle pour le bien public et la plus grande énergie pour l'opérer. »

Tous les articles sont adoptés à l'unanimité ; ils sont libéraux et d'une orthodoxie incontestable. La timidité des curés nantais, libres de parler, nous autorise à croire que, dans plusieurs des diocèses bretons, le clergé inférieur s'abstint de rédiger des doléances et se contenta de remettre pleins pouvoirs à ses délégués. En tout cas, nous n'avons découvert qu'une assemblée diocésaine, celle de Quimper, qui, dans un cahier réactionnaire (1), proteste contre le Règlement royal et a'ihère à la révolte de l'épiscopal noble.

La soumission pratique eût consisté à refuser de nommer des députés. Les recteurs de Cornouailles ne s'abstinrent pas plus qiu les autres, et mîm3 ils firent deux nominations

1 Cité par Ducliàtelier. Histoire de la Révolution de Bretagne I. 744-147.

radicales. Leurs représentants à l'Assemblée nationale, Leisségues de Rosaven, recteur de Plogonnec, ctLoédon de Kéromen, recteur de Gourdin, devaient êtres des premiers à prêter le serment constitutionnel en 1790.

Cette contradiction s'explique aisément. Le cahier avait été rédigé dans l'assemblée préliminaire du commencement d'avril, sous l'influence de l'évêque et des bénéficiers. L'élection des députés parles 32 délégués s'opéra vingt jours plus tard et sous la pression très énergiquement patriotique du tiers-état.

Les bourgeois et paysans avaient ouvert leur assemblée électorale le 1 6 avril. Leur premier acte avait été de repousser « une protestation des officiers du présidial deQuimper (1), qui déclarait, « illégale, nulle et non avenue » la convocation par sénéchaussée et par diocèse comme contraire aux droits et formes consacrés par la constitution de Bretagne. Ils s'étaient hâtés d'expédier une adresse au roi, dans laquelle ils disaient :

« Nous devons compte de notre mission à quatre-vingtdix mille hommes qui nous ontehoisis pourleurs représentants; et ce serait tromper la confiance qui nous est donnée que de ne pas déférer à votre justice la protestation incendiaire que six juges du présidial ont déposée au greffe de cette sénéchaussée et dont il circule dans le publicplusieurs copies manuscrites.. . . Occupés, depuis deux ans, de leurs querelles particulières, ils ont dès ce moment tenu pour nul l'intérêt de leurs justiciables. ... Us ont encouragé l'esprit de révolte et de rébellion. . . Ils ont soutenu les prétentions et usurpations du parlement de Bretagne... On leur doit un arrêt qui livra les citoyens de Quimper à la plus affreuse inquisition.... Ils portent maintenant l'audace jusqu'à contester à Votre Majesté le droit de convoquer son

(1) Archives nation, mauuscr. B III, 38, fos 842-8o6.

peuple dans les formes qu'elle juge le plus convenables à l'intérêt public... Ils ont encouru, Sire, la peine portée dans votre règlement du 16 mars, et nous ne pouvons plus les regarder que comme les ennemis de la nation et de Votre Majesté... Nous vous supplions de remplacer par d'autres magistrats ceux que nous ne pourrions plus respecter. »

Une autre protestation, non moins véhémente, était formulée et signée de « tous les délégués sachant écrire », contre le compte-rendu publié par la noblesse et parle haut clergé des journées des 26 et 27 janvier, où l'indépendance du tiers-état de l'assemblée provinciale de Bretagne avait été garantie par « le courage et la fermeté des jeunes citoyens bretons. »

Le 20, un délégué de la campagne présenta, au nom des paysans, une adresse aux électeurs du corps pastoral, qui ouvraient leur réunion électorale définitive ce jour-là même. « La voix publique nous apprend », disait l'orateur, « qu'à leurs assemblées des 2 et 3 de ce mois, nos pasteurs n'ont pas tous osé suivre la douce inclination qui les porte ordinairement à s'occuper de nos maux. Des hommes ennemis de notre bonheur ont cherché et trouvé le moyen de devenir membres d'une assemblée à laquelle les règlements ne lesavaient point appelés etdonl ils auraient dû s'interdire l'entrée. . .Alors que le peuple est instruit qu'on trahit sa cause, il est naturel qu'il se réveille pour la défendre. »

L'adresse, — que le tiers-état approuva à l'unanimité, commençait en ces termes :

« Les bons et utiles pasteurs, qui s'occupent de près et •< journellement de l'indigence et de l'assistance du peuple, « connaissent plus intimement ses maux et ses appréhen- « sions. (1)

(l) Citation tirée des Lettres rovales de convocation.

« Et c'est pour mieux connaître elle-même les maux de ses peuples que S. M. vous appelle avec nous aux États généraux du Royaume. Peu capables d'indiquer avec la source de nos maux les moyens qui restent pour les adoucir, nous avons besoin que votre justice s'accorde avec l'affection dont vous ne cessez de nous donner des preuves. Nous sommes persuadés qu'en remplissant le plus doux de leurs devoirs, nos généreux pasteurs, qui sont nos vrais amis, se feront avec plaisir notre appui le plus ferme pour nous délivrer de l'humiliante oppression où nous sommes réduits. »

Suit l'énumération détaillée des droits féodaux, des charges fiscales et de la misère qui pesaient sur les habitants des campagnes. L'adresse finit ainsi :

« Le courage qui nous a soutenu au milieu île notre infortune, nous le devons à votre sagesse et à votre exemple. » Elevez la voix en notre faveur et nous aurons bientôt à vous remercier d'être redevenus des hommes libres sous l'empire de bonnes lois. » (1)

Portée par les délégués, cette adresse produisait une impression considérable dans rassemblée diocésaine qui le jour même envoyait à l'assemblée du tiers-état trois recteurs curés et un religieux. Ceux-ci confirmaient, — plutôt par leur attitude émue que parleurs paroles trop mesurées, — la persuasion du président du Tiers » qu'ils répondraient avec honneur à la confiance que le roi leur donnait en les consultant sur les maux et appréhensions des peuples. » (2)

En effet, comme nous l'avons dit, le bas clergé de Cornouailles défaisait ce qu'il avait fait en sa réunion primaire; il laissait de côté le mauvais cahier qui lui avait été dicté et il nommait deux députés patriotes.

Cependant le haut clergé et la noblesse avaient répondu

(1) Arch. parlementaires, V, p. 510-519.

(2) Procès-verbal imprimé de la sénéchaussée de Quimper, Biblioth. Nat. Lb23 161.

à la convocation royale et s'étaient assemblés à Saint- Brieuc. Le il avril, ils avaient rédigé deux « délibérations » (1) : la première, réitérant au roi la demande de la convocation des trois Ordres en Étals de Bretagne pour le choix des députés légaux; la seconde, exprimant la promesse formelle « d'admettre, à la tenue prochaine des Etats de Bretagne, constitutionnellement assemblés, une égale répartition des impositions qui seront consenties par les dits États, lesquelles impositions seront assises sur tous les membres des trois Ordres proportionnellement à leurs facultés, de quelque nature qu'elles soient. » L'Ordre de l'Église ajoutait que, quant a la forme de sa contribution égale, — don gratuit ou rôle commun, — « il se conformerait à ce que consentirait le clergé de France. »

Cette manifestation incomplète ne faisant aucun effet sur les assemblées diocésaines, et le Gouverneur de la Province maintenant le Règlement royal, les Nobles et les Évèques, au lieu de procéder au choix de leurs députés, renouvelaient avec le plus de solennité possible, en deux actes, leur protestation contre les élections (19 avril.)

Les nobles exposent que, liés « par le droit de leur naissance à la constitution bretonne », ils ne peuvent laisser tomber le droit des États d'être le corps représentatif de la province,... le lien qui unit tous les intérêts. Us rappellent François l,r, la reine Anne, le contrai d'union à la monarchie et le constant usage, en vertu duquel <> les États de Bretagne ont toujours porté auxÉlats généraux du royaume les vœux et les intérêts de la Bretagne par des députés librement choisis dans le sein de hur assemblée. »

Ils accusent le tiers-état votant aux assemblées des sénéchaussées d'abandonner les droits bretons. Ils reprochent au gouvernement d'avoir « mis en opposition les in-

(1) Arch. nat. tuauuscr. B III 37, f°* 832-834.

térêts des Ordres ». Ils dénient d'une manière absolue à quiconque sera élu en dehors des États de Rennes « le titre de représentant de la province. » Ils décident l'impression à dix mille exemplaires de leur protestation, jointe à celle du clergé, pour être distribuée dans les neuf évèchés par leurs commissaires.

Le lendemain, 20 avril, le clergé, sous la présidence de l'évêque de Rennes, expédie au garde des sceaux et aux futurs présidents des trois Ordres dans les États généraux, une Déclaration ainsi conçue :

« L'ordre de l'Église, convoqué par le roi pour nommer ses députés, considérant que ses députés ne peuvent être nommés légalement que dans les États de Bretagne, déclare ne pouvoir procéder à cette nomination dans la présente assemblée, et supplie en conséquence la majorité de convoquer les États de la province afin qu'ils puissent députer aux États généraux suivant les formes anciennes, toujours observées depuis l'union delà Bretagne à la France.

« Ledit Ordre déclare désavouer formellement tous ceux qui, n'ayant pas été nommés par les États de Bretagne, prétendraient représenter aux États généraux la province eu quelqu'un des Ordres qui la composent.

« L'Ordre de l'Église déclare, de plus, protester contre les dispositions du 16 mars dernier, qui opèrent dans le clergé une division sans exemple, aussi funeste à la religion qu'au bien de la province » (1).

Pour Je tiers-état ces protestations des privilégiés n'étaient que ridicules. Mais elles étaient plus graves pour le clergé inférieur : car les supérieurs avec lesquels religieusement il ne pouvait rompre, les évoques, niaient tous sans exception, au point de vue de la foi comme de la politique, la validité des élections qu'il faisait ce jour-là même, 20 avril 1789.

(1) Archives parlementaires, V, p. 626 et suiv.

Néanmoins, aucun des neuf diocèses ne s'abstint. Leurs Vingt-quatre élus, — dont vingt curés et recteurs, les deux principaux des collèges de Nantes et d'Ancenis, un chanoine prémontré et le prieur de l'abbaye de Rebecq, — allèrent siégera Versailles et furent maintenus à l'Assemblée nationale malgré les protestations réitérées de l'aristocratie laïque et cléricale, malgré les remontrances suprêmes, adressées au roi par le Parlement de Bretagne le 12 mai 1789(1).

Non moins ardemment que les aristocrates bretons, ceux de Béarn et Navarre persistèrent jusqu'au bout dans la négation électorale.

Les petits États navarrais se proclamèrent indépendants des États généraux français, les deux royaumes étant, depuis Henri IV, distincts l'un de l'autre selon le traité qui avait uni les deux couronnes sur la même tète, selon le serment que Louis XVI lui-même avait prêté, selon le titre que portaient tous les premiers nés de la dynastie de Bourbon : « rois de France et de Navarre ! » (2) .

Les grands recueils manuscrits et imprimés des Actes relatifs aux élections de 1789 ne contiennent aucune trace des élections de Navarre. On voit seulement, en parcourant la liste des membres de l'Assemblée constituante que le clergé navarrais y fut représenté par Monseigneur Pavée de Villevieille, évèque de Bayonne.

Les États de la Souveraineté de Béarn, illégalement tenus, adressèrent au roi des « griefs, plaintes et doléances » (3). Réserve absolue étant faite des droits tradition-

(1) Voir u° 6 lies Pièces justificatives de Duchâtelier. Voir aussi le Procès des faits auxquels la convocation des États çjénéraux a domié lieu en Bretaç/nn, par le comte de Kersalaun, (Lh** 1624.) ainsi que la Délibération des Ordres de l'Église et de la Noblesse assemblés à Sl-Brieuc le 17 avril 1789, (Lh^ 1543. Bibl nat.)

(2) Cbassiu, le Génie de la Révolution, t. I, p. 112.

(3) Areh. pari. VI, p. 497-503.

3(H LES CJfltERS DES CURÉS

nels de la province, ce cahier admet « que toutes les impositions et contributions pécuniaires soient également réparties entre les citoyens de tous Ordres, sans distinction, ni privilège ; que les lettres de cachet soient abolies, la liberté personnelle et individuelle assurée à tout homme qui se conforme aux lois ; le secret et la sûreté des lettres confiées à la poste, inviolable ; » etc. Pour ce qui regarde, la religion, on demande « une loi irrévocable » assurant la réunion périodique des conciles provinciaux et synodes diocésains, « ces assemblées offrant le seul moyen de maintenir la pureté du dogme, l'observation du culte et la discipline ecclésiastique ; » que la résidence redevienne obligatoire pour chaque bénéficier ; qu'il soit pourvu à l'amélioration du sort des curés « chacun à raison de sa situation locale », etc.

Ni ce cahier, ni les deux soi-disants élus pour le clergé par les États de Béarn ne furent admis. Les lettres royales de convocation aux sénéchaussées secondaires d'Orthcz, Oloron, Morlàas et Sauveterre, et à la sénéchaussée principale de Pau furent réexpédiées. Le bas clergé, qui n'avait pas pris la moindre part aux prétendues élections des États, ouvrit ses séances le 17 juin dans la maison du chirurgienmajor du château du chef-lieu. Le procès-verbal (1) signale l'absence de l'évêque de Lcscar, qui est parti pour Versailles, et de l'évêque d*Oloron, qui s'est abstenu de venir. D'ailleurs, ajoutent les curés, si ces deux prélats et les députés des chapitres n'ont pas comparu, c'est qu' « étant gros décimatcurs, leurs intérêts particuliers se trouvant en opposition avec les nôtres, ils ont adopté l'opinion de la noblesse que le clergé est représenté aux États de la province, et que ce clergé ne peut s'assembler légalement que confondu avec la noblesse dans lesdits États : opinion qui n'est fondée sur aucun document authentique. »

[i)Arck. pari. II, p, 271-273.

o Ne pas députer aux États généraux », — s'écrie le président d'âge, un curé de Mazerolles, délégué de l'archiprêtre d'Aubin, — <> connaissant les intentions du meilleur des rois, manifestées de tant de manières pour le bonheur et la tranquillité de ses peuples, pour la gloire delà monarchie et du nom français, oc serait tromper les vues cl les désirs de ce roi bienfaisant qui, — comme on lit dans les lettres de convocation, — « attend, de tous les bons et « utiles pasteurs qui s'occupent de près et journellement de « l'indigence et de l'assistance du peuple, qu'ils lui feront « connaître ses maux et ses appréhensions. »

Les trois ou quatre cents curés présents ou représentés jugent unanimement qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter aux élections opérées, au nom du clergé entier, par vingt-cinq ecclésiastiques privilégiés, membres des États. Un cahier nouveau est délibéré et, le 22 juin, sont nommés députés à l'Assemblée nationale: un simple prêtre sans titre, Saurine, et, le curé de Pau refusant, le curé d'Arrosez, Julien.

Saurine était un janséniste libéral, qui traversa la Révolution sans faire parler de lui. On le retrouve, en 179o, coopérant avec Grégoire à la fondation de cette « Société de philosophie chrétienne » (t), qui suscita les conciles et synodes de 1 "97 à 1 80 1 , d'où serait sortie, en pleine liberté des cultes, sans ingérence de l'État, cette Église gallicane démocratique, contre laquelle Bonaparte et Pie VII firent le Concordat.

(i) Mémoires de l'abbé Grèyoire t. 1er, p. 110.

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