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LES DOLEANCES DES VICAIRES EXCLUS

Les vicaires des Trois-Evèchés, obligés de demeurer dans les paroisses tandis que leurs curés allaient aux assemblées électorales, suivirent l'exemple que ceux-ci leur avaient donné. Ils se réunirent sans permission, formèrent corps,, firent rédiger par des syndics « d'humbles doléances » et les adressèrent directement au roi (I).

« Il n'y aura point de vicaire aux Étals généraux, s'écriaient-ils. Tel est le sort du faible : gémir est sa tâche, se taire est son devoir ». Qui parlerait pour eux à l'Assemblée nationale? Les grands-vicaires épiscopaux? Ils sont à leur égard « pleinement despotes et peuvent, comme et quand ils veulent, les faire voltiger... toujours à leurs frais! » Les évèques? « La sublime élévation de leur dignité et de leur opulence » les place trop loin de « l'abjection » des vicaires pour s'en occuper. Les curés enfin ? « Malgré toute la confiance que nous inspirent leurs vues bienfaisantes et éclairées, nos intérêts, quoique nous soyons un même corps, sont trop différents! »

Voulant mettre, dans l'exposé de leurs plaintes et de leurs vœux, toute « la clarté nécessaire pour en montrer la justice », ils font observer à Sa Majesté qu'il y a dans ses

(1) Arch Pari. HT- p. M5-7M.

Lk SERMENT Dli JEU Dl: l'Ai MK 313

vastes États deux sortes de vicaires : les uns à résidence, les autres commensaux.

[.es vicaires à résidence sont des ecclésiastiques placés dans une de ces paroisses que l'on nomme annexe ou succursale, pour y remplir toutes les fonctions du sacerdoce, pasteurs en sous-ordre, à la disposition des curés primitifs, obligés de tenir maison, de vivre et s'entretenir, tout cela sous la seule rétribution de 350 livres. Les vicaires commensaux sont ceux qui vivent chez les curés et aux dépens des curés, dans les paroisses desquels ils travaillent avec la même rétribution que les premiers.

Les •ucaires demandent d'abord que le sort des résidants soit changé et « l'amovibilité remplacée par l'inamo\ibilité. »

Leur seconde pétition tend à ce que le sort des vicaires en général soit amélioré. Ils soumettent à Sa Majesté un calcul prouvant qu'il leur est impossible de vivre avec les 350 livres, que la bienfaisance royale leur a accordées en

Lesvicaircs commensaux, expliquent-ils, ont, sans doute, « l'avantage d'être nourris, logés, chez MM. les curés, mais leur sort n'en est pas plus satisfaisant. Plusieurs de MM. les curés estiment la table et le logement qu'ils accordent à leurs vicaires valoir leur pension de 350 livres et ne leur donnent aucune rétribution. En quoi leur condition est tout-à-fait déplaisante, pire même que celle des domestiques de MM. les curés, lis sont toujours nourris, logés, quelquefois même habillés, ces domestiques ; tandis qu'un malheureux vicaire n'a rien absolument que son logement et sa nourriture; il est vrai qu'il a l'honneur de manger avec M. le curé, mais cet honneur s'achète un peu cher, puisqu'il faut y mettre tout ce que nous pourrions économiser pour vêtements, événements imprévus, maladie, etc. »

3li I.feS CAHIERS Dtls CliaÉS

Les vicaires des Trois-Evèchés ne sauraient compter pour améliorer leur sort sur les possesseurs des grands biens d'Église, sur « ces monastères riches, qui enlèvent la toison des brebis confiées aux desservants des paroisses »; qui n'acquittent les portions congrues qu'avec regret et souvent difficulté. Ils indiquent au roi, comme la source où puiser pour eux le nécessaire : « ces commendes, ces bénéfices simples, que l'on nomme prieurés et chapelles. . . lesquels ne font le bonheur que de quelques-uns qui l'ont déjà suffisamment établi. »

Les vicaires du diocèse de Chàlon-sur-Saonc font imprimer et adressent au garde des sceaux, au ministre ayant le département du clergé, au directeur général des finances, aux députés du bailliage des « Observations à présenter aux États généraux sur le sort des vicaires de France. » (1).

A la richesse de l'Église ils opposent la misère des prêtres les plus laborieux, dotés légalement de 3o0 livres, qui ne leur sont pas partout payées, puisque, dans certains diocèses, « ils ne reçoivent que cent écus de la générosité de leurs curés et souvent rien, avec peu d'espoir d'avancement, car il y a des vicaires qui le sont depuis vingt ou trente ans.... Incapables de soulager les malheureux, les vicaires sont à la charge d'une famille qui s'est déjà épuisée

pour leur éducation Beaucoup sont forcés de manquer

aux bienséances de leur état, de se livrer à des occupations étrangères; ils perdent ainsi le respect et la confiance du peuple. »

Ils insistent sur l'utilité dont les vicaires deviendraient si, en portant la portion congrue des curés à 1,500 livres, par exemple, on élevait la leur à 1,000; si leur recrutement était mieux assuré, grâce à la multiplication des bourses et demi-bourses dans les séminaires améliorés; si l'avance-

1 lii pagïsin-8, Bilil. révolution, dn Louvre, carton 124.

ment leur était ouvert, les cures étant mises au concours et la retraite assurée à tous les ecclésiastiques « ayant blanchi dans le ministère. »

Les « vicaires et prêtres habitués de Notre-Dame-dés Accoules » font annexer au cahier du clergé de Marseille (1) des doléances particulières. « Si toutes les classes plébéiennes, » écrit leur secrétaire fondé, « vont voir tomber ces fers antiques et durs, dont le despotisme féodal, digne enfant de l'oppression et de l'ignorance gothiques, les avait chargés... quel Ordre français peut prétendre plus justement à la bienfaisance et à la justice du monarque, que cet ordre respectable que j'ai l'honneur de représenter ?... Si ce corps est si utile à la religion ou à l'État, pourquoi le laisser gémir dans cet oubli avilissant où l'avait originairement jeté le despotisme des premiers chefs de la hiérarchie ecclésiastique ?

1 « Pourquoi ne pas l'encourager par des améliorations alimentaires et par des perspectives intéressantes? Si sa dégradation tut l'odieux ouvrage de l'égoïsme, sa résurrection civile doit être celui du souverain et delà France ! »

Les plaintes des vicaires furent recueillies dans la plupart des cahiers des curés, qui généralement demandaient pour eux un traitement égal à la moitié du leur.

Il en est — ceux du petit bailliage de Boulay en Lorraine, par exemple, — qui se disent « hors d'état de remplir leurs fonctions et dans l'impossibilité de payer les vicaires ». — « Les besoins personnels des vicaires étant les mêmes que ceux des curés », lisons-nous dans le cahier de Montreuilsur-Mer, « leurs pensions doivent excéder la moitié des portions curiales ».

Le tiers-état soutient de tout son cœur les trop justes plaintes des pi us misérables del'Église.Sur un seul point, la

(1) Arch. pari. III, p. 690.

majorité leur donne tort. On veut bien les protéger contre l'arbitraire épiscopal, leur procurer, comme citoyens, toutes les garanties de la liberté individuelle, mais on leur refuse « L'inamovibilité ». On désire leur faciliter l'avancement par la mise au concours — ou à l'élection — des places ecclésiastiques ; mais on reconnaît que « le secondaire » d'un curé doit être choisi par le curé et ne saurait lui être imposé. D'ailleurs on réduit de beaucoup le nombre des vicariats en proposant l'érection en cures de toutes les succursales et annexes ayant une population suffisante pour former des paroisses indépendantes.

LE CAHIER TYPE DES CURES DE LOl'UL'N

S'il est un cahier général qui mérite d'être analysé à part et qui puisse servir de type pour représenter l'ensemble des aspirations des curés de 1789, c'est assurément le cahier du clergé du bailliage de Loudun. (i).

Confié au curé de Ncuil-sur-Dive, l'abbé Marsay, il a été rédigé par des curés seuls, à qui leur éloignement du cheflieu du diocèse a permis de se soustraire à toute influence épiscopale ou abbatiale. 11 est conçu avec méthode, écrit avec une logique sans haine, d'un: orthodoxie sans fanatisme, simple, cordial et du patriotisme le plus ardent.

La renonciation du premier Ordre à ses exemptions et privilèges pécuniaires y est motivée en ces termes: « Considérant que nous étions sujets de l'État avant d'être ministres de la religion et que notre consécration au service

(1) Arch. Pari. III, p. 590-594.

des autels ne nous dépouille pas de notre qualité de citoyens ; considérant, en outre, que nos droits, franchises, immunités sont, de la part du souverain et de la nation, des concessions libres, qui méritent notre amour et notre reconnaissance ; pénétrés de ce double sentiment, loin de voir, dans nos prérogatives, des titres pour nous soustraire aux charges publiques, nous n'y voyons, au contraire, que le devoir impérieux decourir, avec nos concitoyens de toutes les classes, au secours pressant de l'État, menacé depuis longtemps d'un orage qui ne peut être écarté que par le concours heureux de la sagesse du monarque et des efforts de son peuple. »

Us s'élèvent contre « le pouvoir arbitraire, — le dédale ténébreux des lois civiles et criminelles, — le désordre désastreux de l'administration des finances ». Ils soutiennent toutes les grandes réformes proposées par les philosophes et par les économistes. « Vivement persuadés que les fléaux qui oppriment la France sont nés et naissent de la forme \icieuse du régime actuel, ils croient qu'il est indispensable de lui en substituer une autre qui puisse à jamais tarir cl fermer la source de nos malheurs. » Les moyens les plus propres à opérer cette heureuse révolution seraient, d'après eux, de confier aux provinces le pouvoir de se gouverner et de se régir elles-mêmes, en se formant en États provinciaux, auxquels seraient subordonnés des États particuliers dans chaque district et à ceux-ci des assemblées municipales dans chaque paroisse : les membres de ces administrations pris dans les trois Ordres de l'État, élus au scrutin et tous les trois ans renouvelés par tiers.

Du désordre des finances du royaume passant à celui des finances du clergé, les curés de Loudun exigent la destruction de la caisse des Économats, « gouffre insatiable où s'engloutissent des biens immenses qui deviennent nuls [tour le but sacré » de leur institution.

Participant à L'impôt général, le clergé trouverait-il clans ses revenus annuels des ressources pour acquitter les intérêts de ses dettes, pourrait-il en rembourser les capitaux? « Cette portion du clergé surtout qui a la plus grande pari, aux travaux de l'Église, la plus petite à ses richesses, ne pourrait en aucune manière, malgré son désir et ses eflbrts, contribuera cet acquittement... Que le roi, de son autorité et de concert avec la nation assemblée, ordonne la suppression et même l'aliénation de plusieurs maisons religieuses; de tous les bénéfices simples à la nomination des réguliers; de quelques riches abbayes et même de quelques évèchés, qui, dans plus d'un pays, sont beaucoup trop multipliés ; et que le produit en provenant soit employé à payer les intérêts et successivement à rembourser les capitaux. Si le haut clergé prétend que ce serait porter une main sacrilège à l'encensoir, qu'il se charge de nos dettes et qu'il les acquitte! Il est assez riche et il doit êlre assez juste pour ne pas nous demander des secours. »

Autre moyeu « encore meilleur », ajoutent les curés loudunois, pour faire rentrer les ecclésiastiques dans la classe des autres citoyens : « confondre la dette du clergé avec celle de la nation et établir dans chaque province une caisse particulière confiée à l'administration des États qui emploieraient les suppressions et aliénations à des fondations d'hôpitaux et autres établissements utiles à la province ».

Arrivant à leur question propre, ils disent :

« Les curés, cette portion du clergé la plus utile à la religion et peut-être même à l'État, étant la plus chargée et la moins rétribuée, nous invitons la nation à solliciter pour eux une augmentation de revenu qui puisse les mettre, en état de vivre dans l'aisance et la dignité qui conviennent à leur place.

« Nous présentons la même supplique en laveur des

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vicaires, dont nous demandons un nombre suffisant dans chaque paroisse, à raison de l'étendue et de la population. Si lesdits vicaires étaient rétribués de manière à ne pas attendre une partie de leur vie et de leur entrelien de la libéralité de leurs paroissiens, on verrait sans doute rejaillir sur leur personne une plus grande mesure de la considération que l'on ne peut refuser à leur emploi. Mais l'élévation de l'âme étant quelquefois étouffée par les besoins pressants du nécessaire, il arrive ou peut arriver qu'une place honorable cesse d'être honorée à cause de l'indigent qui l'occupe.

« On objectera peut-être que, dans plusieurs diocèses, l'on trouve à peine le nombre suffisant de curés, et que, par conséquent, il n'est pas possible d'y multiplier les vicaires. Mais que, sans distinction de titre, on assujettisse à servir l'Eglise tous les oisifs qui vivent à ses dépens, on augmentera beaucoup le nombre des ministres nécessaires.

« Qu'on assure à tous une rétribution honnête, durant le temps de leurs services, et une retraite avantageuse après leurs longs travaux, on verra infailliblement augmenter le nombre des prêtres. »

Les curés de Loudun proposent la multiplication des séminaires et collèges « tenus par les réguliers qu'on en jugerait les plus capables ", mais « sous l'inspection des officiers municipaux ». lis demandent un hôpital dans chaque ville, un bureau de charité dans chaque district. Mais, se hàtent-ils d'expliquer, ces établissements « seraient insuffisants pour prévenir les ravages que la mort l'ait en nos campagnes. Que de malheureux, victimes de leurs travaux, ne nous enlève-t-elle pas, parce qu'ils sont ou trop pauvres ou trop éloignés pour se procurer les remèdes ou autres secours ! Nous réclamons donc, en faveur de ces membres précieux de la société, un petit hospice en chaque paroisse de la campagne, gouverné par deux ou plusieurs

religieuses hospitalières et administré par les officiers municipaux. L'intérêt le plus cher à la nation est de conserver les hras destinés à l'agriculture. »

Un hospice spécial est réclamé dans chaque ville, sinon pour prévenir la débauche, au moins pour en réparer « l'atrocité », ainsi qu'un « lieu de force pour ces créatures, dont l'infâme métier est de corrompre la jeunesse et de lui transmettre un poison meurtrier, dont le germe se perpétue de génération en génération. » Quant aux « fruits innocents du libertinage, désavoués de leurs auteurs, ils appartiennent en commun à toute la société, et ils pourraient lui devenir utiles si elle veillait plus attentivement à leurs jours et à leur éducation ; mais, confiés à dos mains mercenaires et quelquefois homicides, rarement arrivent-ils au lieu destiné à leur conservation. » (\)

Ainsi les curés du Loudunois présentaient, il y a près d'un siècle, sur la protection de l'enfance, sur les hôpitaux de district ou de canton et même sur la médecine publique dans les villages, des idées d'humanité pratique qui n'ont pu commencer à être réalisées que sous la troisième République!

Ils ne se dissimulaient pas combien les réformes et les institutions de bienfaisance dont ils indiquaient le plan trouveraient d'obstacles dans un moment critique, où les ressources manquaient cà l'État. Cependant, écrivaient-ils en leur touchant cahier, nous comptons bien sur « l'entremise du crédit et de l'autorité de nos seigneurs les évèques pour la réunion, suppression ou destruction d'une multitude de bénéfices qui ne servent qu'à entretenir l'oisiveté ou à nourrir le faste de ceux qui les possèdent. Les fonds qui en proviendraient seraient peut-être suffisants

(i) Voir plus loin, oc partie, ch. 3, ce que disent eur ces mêmes questions de bienfaisance publique les Dauphinois, daus le dernier cahier des curés.

pour l'augmentation des revenus des curés et des vicaires et pour la dotation des nouveaux établissements. S'ils ne suffisaient pas, pour la fondation surtout des hôpitaux, on pourrait trouver une ressource naturelle et abondante dans une portion de l'ordre de Malte... Il pourrait être ordonné à ceux des ordres religieux de l'un et de l'autre sexe qui, rapportant tout à soi, ne s'occupent que de leur propre salut, de l'aire place aux âmes généreuses qui se dévoueraient à l'instruction de la jeunesse et au soulagement de l'humanité. »

,Ces curés qui sacrifiaient les biens de l'Eglise à l'amélioration du sort du plus grand nombre étaient profondément patriotes et du gallicanisme le plus ombrageux :

« Entre les usages nuisibles à la nation, quoique autorisés par l'Eglise et par le gouvernement, disaient-ils, il en est un qui semble mériter l'attention particulière des États généraux : c'est le passage sans retour de notre numéraire chez l'étranger et surtout à Rome, d'où nous ne recevons en échange que des bulles, des brefs et des dispenses. Sans rompre le lien sacré qui nous unit au chef de l'Église universelle, ne pourrait-on pas trouver le moyen de lui rendre l'hommage de notre respect filial d'une manière moins préjudiciable à nos finances? C'est un point délicat sur lequel, sans nous permettre aucun avis, nous donnons à notre député pouvoir de délibérer et consentir tout ce qui par le roi et la nation sera jugé nécessaire. »

Dans le cas où subsisterait le régime ecclésiastique contre lequel ils ont protesté, les curés de Loudun demandent qu'au moins les plus criants abus en soient corrigés et que «< pour l'honneur du sacerdoce, il soit provisoirement pourvu au plus juste et plus prompt moyen de soustraire les curés et vicaires à l'avilissement auquel, pour la plupart, ils sont réduits par l'indigence ». — Que les synodes provinciaux soient rétablis, et que, s'il subsiste encore des chambres

ecclésiastiques, votanl des décimes, répartissant des contributions quelconques, les curés « y aient des représentants élus par eux, en nombre égal à tous les autres députés réunis. >

En terminant ce cahier mémorable, les curés du Loudu nois félicitent les nobles du « sacrifice qu'ils viennent de faire volontiers des prérogatives les plus utiles de leur Ordre pour subvenir aux besoins de l'État » ; ilsles appuient dans le maintien des « droits honorifiques, rangs, préséances et dignités que les pères de ces généreux défenseurs de la patrie ont acquis au prix de leur sang ». Nous souhaitons même, s'écrient-ils, « que, par de nouvelles distinctions, on ajoute, s'il est possible, un nouveau degré à la considération qu'ils méritent personnellement par leurs votes civiques. Pour nous, qui ne devons nous glorifier que dans la croix et l'humiliation du Sauveur, nous ne cherchons à nous distinguer que par nos vertus évangéliques et par la ferveur de nos prières pour la prospérité de lanation, et, si l'on daigne augmenter notre trop juste portion de pain, l'emploi que nous en ferons, le plus consolant et le plus cher à notre cœur, sera de le partager avec nos frères indigents et de manger le reste dans la paix et la joie de nos Ames. »

Un publiciste royaliste de l'époque (1), rapporte un traitqui prouve jusqu'où les curés de 1789 poussaient le désintéressement patriotique.

Les trois Ordres du bailliage de Château-Thierry, ayant achevé leurs opérations électorales, étaient rassemblés dans l'Église des Cordeliers pour proclamer en commun leurs députés et leur faire prêter double serment: d'abord d'exécuter fidèlement le mandat qui venait de leur être confié,

(1) Montjoye, Eût. de France en 1788-1789, Paris 1797, in-8°. t. I. i». U»3-W7.

ensuite de n'accepter aucune grâce ni faveur durant la tenue des États généraux et un an après. Comme les privilégiés réitéraient leur renonciation solennelle à toute exemption d'impôts, le curé à portion congrue de Charly, l'abbé Letnaire, s'écria qu'un vote collectif ne suffisait pas et qu'il fallait l'appuyer de sacrifices personnels. Il monta au bureau et y déposa tout ce qu'il possédait: une bourse contenant vingt-cinq louis. L'assistance était émue jusqu'aux larmes. Sur la proposition d'un membre de la noblesse, le fait fut mentionné au procès-verbal «comme un monument éternel de grandeur d'àme et de dévouement au bien public ». A la sortie du TcDeum, un délégué du tiersétat déposa une couronne civique sur le front du vénérable pasteur, porté en triomphe. Dans les trois Ordres, formant un même cortège, — écrit l'ultra-réactionnaire rédacteur de l'Ami du roi, ému lui-même par ce souvenir de l'aurore de la liberté française, — « on n'entendait plus que les noms de frères et d'amis, répétés avec l'attendrissement de la joie et du patriotisme le plus pur ».

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