CONCLUSION
Dans ce livre d'histoire et non de polémique, nous avons exposé au vrai et au complet ce que pensèrent et ce que firent les derniers curés de l'Ancien régime coopérant à la Révolution Française.
La transformation ou l'abolition des relations entre l'Église et l'État se trouvant remises à l'ordre du jour non-seulement de la politique française, mais aussi de la politique universelle, il s'agit de savoir si nos intérêts nationaux, moraux et intellectuels exigent : ou le retour à la Constitution civile mal pratiquée; ou l'application rigoureuse des articles organiques du Concordat de Bonaparte; ou la rentrée franche et complète dans la liberté religieuse, protégée par des lois transitoires de police défensive, telle que l'inaugura la Convention nationale
L'objection capitale à la séparation sans précautions, est toujours celle qu'exprimait M. Jules Simon en IS08 :
Si nous renoncions brusquement au Concordat, si nous prononcions tout à coup l'abolition du budget des cultes, la séparation de l'Église romaine et de l'État Français, « ce serait livrer la France à la domination absolue du catholicisme (1). »
Que les licences usurpées sous le second empire par l'Église restaurée en 1801, et que les privilèges particuliers dont
(1) Liberté de conscience, p, 79.
LA SKI'AIUTIOX ET LA LIBERTÉ o'6'A
l'a dotée l'Assemblée de Versailles, la plus cléricale qui jamais ait existé chez nous et en aucun pays du monde, rendent extrêmement périlleux le retour loyal à l'égalité des cultes et à la liberté pure et simple, religieuse et irréligieuse : nul ne saurait en disconvenir parmi ceux qui jugent que l'égalité et la liberté, rétablies par un coup de théâtre, ne serviraient qu'aux éternels ennemis de l'égalité et de la liberté, développant grâce à elles les moyens de propagande et de domination dont ils sont seuls armés — nationalement et universellement — depuis plus de mille ans !
Il ne faut pas être dupe de la liberté; il ne faut pas non plus en avoir peur. Le problème, pour nous Français de la fin du XIX' siècle, c'est d'achever l'œuvre de la Révolution, en coupant à la contre-Révolution toutes les voies par lesquelles, plusieurs fois, depuis cent ans, elle a pu reprendre pied et compromettre l'existenee même de la patrie.
Que l'on ait usé des engagements souscrits par la papauté elle-même dans le Concordat napoléonien pour réfréner l'invasion des congrégations qui ont leurs chefs à l'étranger et qui refusent de se soumettre aux lois nationales; qu'on supprime radicalement tous les privilèges ressaisis par les gens d'église; qu'on impose le service militaire à tous les jeunes gens sans exception ecclésiastique; qu'on astreigne quiconque veut enseigner à se pourvoir du brevet de capacité ; que par crainte de froisser des habitudes, des préjugés, des convictions populaires, avant que l'obligation de l'instruction primaire laïque ait produit ses effets, on ne supprime pas le budget des cultes et l'on se borne à reconnaître aux communes le choix du maintien ou du retrait des dépenses locales du culte, demeurées obligatoires pour tous : cela parait prudent et peut être efficace.
Deux choses encore, si nos politiques y veulent réfléchir seraient opportunes et fécondes :
Au point de vue général, ne plus réserver la reconnais-,
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sancc officielle et le salaire public à quatre ou cinq cultes exclusifs; protéger, susciter les sectes, ouvrir toutes les voies à l'expansion religieuse et scientifique sous toutes les formes ;
Au point de vue catholique, concordataire et administratif, maintenant que l'Église de France est ou doit être délivrée de la domination corruptrice de la Compagnie de Jésus, à présent que les réguliers, « les étrangers », comme les appelaient les curés de 1789, sont éliminés ou soumis, restituer au clergé des paroisses, livré par les deux empires et par les monarchies intermédiaires à l'absolutisme épiscopal, toutes les franchises et toutes les protections que l'État démocratique lui doit.
L'infaillibilité et le jésuitisme avaient réussi à obtenir une Église silencieuse et serve. N'est-il pas urgent de laisser dire aux curés ce qu'ils voudraient dire s'ils pouvaient parler sans s'exposer à la persécution et au déshonneur ?
Ou ils ont gardé au cœur ce qu'y avaient leurs prédécesseurs dans les glorieux jours de la destruction de l'Ancien régime et à la veille du Concordat, ou le dernier Concile du Vatican, — « les faux dogmes et les avilissements inouïs », comme nous l'écrivait récemment l'un d'eux, — ont extirpé de leurs àmes les principes mêmes du christianisme idéal, de la démocratie et du patriotisme.
Dans le premier cas, la vieille Église gallicane brisera la pierre du tombeau que Rome a cru sceller sur son ombre. Dans le second cas, il sera prouvé que tout est pourri, que tout est mort dans l'ancienne « religion de la grande majorité des Français. »
Ayant manqué la Réforme religieuse du seizième siècle, qui fit la grandeur et la force des nations voisines et rivales, la France fut sauvée des extrêmes conséquences de son inléodation au catholicisme grâce à l'esprit de Rabelais et de Montaigne, de Molière et de Pascal, de Voltaire et de