‹ Les caillouxChapitre 1 sur 15 · DIX-NEUF · texte numérisé non relu

DIX-NEUF

A ceux qui n'ont pas encore vingt ans et à ceux qui n'ont plus vingt ans, mais qui se souviennent d'avoir été jeunes, j'offre cette poignée de caiUoux.

Le "Petit "Poucet

J'ai semé des petits cailloux

Pour revenir à mon enfance.

— Papa, maman, j'ai peur du loup !

Entrez ma belle dans la danse ! —

J'ai semé des petits cailloux.

Voici les cailloux de mon rêve, Les cailloux bleus, les cailloux d'or.

— Depuis cent ans tu dors sans trêve, 0 Belle au Bois Dormant, lu dors ! — Voici les cailloux de mon rêve.

J'ai buté sur un caillou gris Et je me suis fait mal à Vâme.

— Oh ! ne vous moquez pas, madame, Je suis tout pâle et tout meurtri ! — J'ai buté sur un caillou gris.

Voici les petits cailloux roses Qui sont mes trois premiers amours.

— Vous aimez la lune et les roses.

Et les chansons des troubadours ! — • Voici les petits cailloux roses.

Et puis voici les cailloux blancs.

Les cailloux blancs dans la rosée.

— Sur tous les brins d'herbe tremblants

Des gouttes d'eau se sont posées ! —

Et puis voici les cailloux blancs.

Et puis mon enfance est atteinte.

Voilà sa petite maison !

— Paya, maman ! la lampe éteinte, Le soleil mort à l'horizon ! —

Et puis. . . mon enfance est éteinte.

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Le N

ouveau

S'étant perdu tout à l'heure Dans le corridor obscur, Les deux mains contre le mur, Un petit bonhomme pleure.

L'aile du malheur futur D'un choc imprévu l'effleure; Être loin de sa demeure, Quand on a huit ans, c'est dur.

Depuis toute une semaine, Il ne rit plus, dort à peine, Et mange sans appétit.

C'est une affreuse injustice Qu'il faille que l'on grandisse.

On devrait rester petit !

Les Mamans

Les mots de toutes les mamans Sont du Livre de la Sagesse, Ces mots clairs qui, de leur caresse, Voilent tant de purs dévouements.

Ils font planer sur la jeunesse D'extatiques enchantements, Les mots de toutes les mamans Pris au Livre de la Sagesse.

La vie aride et ses moments De désespoir et de tristesse, Sans votre douceur, que serait-ce O mots simples, ô mots charmants, 0 mots de toutes les mamans !

La Cloche

La cloche qu'une main balance, A la même heure, tous les jours, Est joyeuse, quand elle lance Ses appels, à la fin des cours.

Mais comme on hait sa vigilance, Lorsqu'on s'amuse dans la cour, La cloche qu'une main balance, A la même heure, tous les jours.

Et quand elle rompt le silence Du matin froid, par ses discours, C'est en pleurant sa turbulence Qu'on lui dit un premier bonjour, La cloche qu'une main balance.

En cl

asse

Tandis que le maître proclame La nécessité d'avoir l'âme Pure et chaude comme la flamme Du soleil, dans le firmament, Les élèves voudraient bien être Le rayon joyeux qui pénètre.

Par le trou bleu de la fenêtre.

Insolemment.

Tandis qu'il leur jette, à brassées, Les splendeurs des gloires passées. Fleurs que l'Histoire a ramassées; Qu'il leur dit l'empereur romain Et l'Aigle mort à Sainte-Hélène, Chaque élève songe à demain.

Quand on s'ébattra dans la plaine, A perdre haleine.

Tandis qu'il leur fait entrevoir Le bonheur grave du savoir, Les récompenses du devoir Et la beauté du sacrifice.

En soi-même chacun se dit Que, si le temps se refroidit, On s'en ira, demain jeudi.

Là où l'on glisse.

Crépuscule blanc

Les bois ce soir ont le frisson.

La brise, rythmant son haleine, Dit sa dolente cantilène Aux nids désertés des buissons.

Le jour mourant à l'horizon

Du village aux blancheurs de laine

Met des reflets de porcelaine

Sur les toits neigeux des maisons.

Dans le val et sur la colline, Tout s'embrase et tout s'illumine En un vaste scintillement.

Et sur la neige, chaste voile, On dirait que le firmament A laissé tomber ses étoiles.

Dimanche

Il a coulé comme un ruisseau, Ce jour de paix universelle.

Dans le chant pieux des oiseaux, Il a coulé comme un ruisseau.

Tous les cœurs, comme des roseaux Sur qui l'eau s'épanche, étincellent. Il a coulé comme un ruisseau, Ce jour de paix universelle.

Un cierge en extase brûlait, Dans la fraîcheur de la chapelle, Et, dans mon cœur d'enfantelet, Un cierge en extase brûlait, Quand on a dit le chapelet.

Près des ex-votos qu'on épelle, Un cierge en extase brûlait.

Dans la fraîcheur de la chapelle.

Ah ! comment peut-on vivre sans L'ostensoir d'or qui se constelle Et l'odeur chaste de l'encens?

Ah ! comment peut-on vivre sans Le flot clair et rafraîchissant Des paroles sacramentelles ?

Ah ! comment peut-on vivre sans L'ostensoir d'or qui se constelle?

Le Bonheur

Par l'air matinal enivrés, Nerveux, folâtres, délurés, Les bambins aux mollets cuivrés Sautent dans l'herbe.

Habillés de costumes blancs, A l'abri des soucis troublants, Ils foulent les gazons tremblants, D'un air superbe.

Le soleil brille dans leurs yeux Et le rose pâle des cieux Trouve un reflet délicieux Sur leur visage.

Grisés d'espace et d'horizon, Resplendissants dans le gazon, Ils sont la vive floraison Du paysage.

La Rentrée

Quant la brise geint, septembrale, Après les chaudes pastorales

Du clair été; Quand on revient de la campagne Et quand le Val et la Montagne

Sont désertés;

Quand les bourgeois quittent Virgile, Pour venir repeupler la Ville

De citoyens, On voit cheminer par les rues.

Au milieu de la foule accrue,

Les collégiens.

Comme à leurs lèvres se sont tues Les hilarités qu'ils ont eues.

Pendant deux mois, Ils vont, tristes, vers la rentrée Et se disent, l'âme serrée

D'un lourd émoi :

Las ! nous qui reprenons la plume, Collégiens, en juillet nous fûmes

De fiers gaillards !

Mais l'air est pur que l'été donne, Et ce pâle matin d'automne Sent le brouillard.

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