VALSE ANCIENNE
Et je vois l'antique piano, Le monsieur qui tournait les pages; J'entends le bruit de vos anneaux, Les soupirs et les bavardages
Du monsieur qui tournait les pages.
Jouez ! Cet air que vos doigts blancs Exhument du passé tremblant, C'est l'amas des choses anciennes Étalé sur un chiffonnier.
Et qu'éveille dans le grenier L'or tamisé par les persiennes.
Jouez toujours, jouez maman !
Jouez pour que mon cœur s'émeuve Et que je sente, infiniment.
Le don de ma jeunesse neuve !. .
Jouez pour que mon cœur s'émeuve.
Jouez cet air sentimental.
Il me fait une âme en cristal,
Ce vieil air où vos lèvres burent. . .
Moi qui n'ai pas encor vingt ans,
J'ai besoin de votre printemps
Pour être bon comme une eau pure.
Maman ! lorsque je suis lassé, Il me faut, pour que je renaisse.
Me rafraîchir dans ton passé Et m'abreuver à ta jeunesse. . .
Maman !... lorsque je suis lassé.
Le Souvenir
Vous l'avez dit, c'est vrai, je ne vous aime plus, Vous que j'aimais pourtant. Certes vous m'avez plu. Je l'avoue, autrefois. Mais quoi ! c'est votre enfance. Avec sa robe blanche et son cœur sans défense, Avec ses cheveux blonds et son petit jardin, Avec ses rires fous qui jaillissaient soudain. Avec son gazon vert et ses quatre poupées. Avec sa joie, avec ses mines occupées.
Avec la Barbe Bleue et le Prince Charmant, C'est votre enfance qui jouait à la maman,
C'est elle que j'aimais. J'avais fait la promesse, A sept ans, il est vrai, de mener à la messe Votre âme chaste, un jour naïf, frêle et tremblant, Où vous auriez, sur vos cheveux, un voile blanc. Et je vous ai, depuis, gardé dans ma mémoire. J'ai mis, comme on mettrait un drap dans une armoire. Votre image en mon souvenir. Et je l'aimais Cette image d'enfant blonde et morose. Mais Nos heures de gaîtés et de jeux sont passées Et, bien que vous soyez la même en ma pensée, Je vous revois, quand votre enfance va finir, Et ne reconnais pas en vous mon souvenir.
Le Couvent
De l'autre côté de la rue, Montant l'escalier du couvent, Une jeune fille, devant Nos yeux charmés, est apparue.
La petite, d'un air railleur, Nous toise une minute et sonne.
Et tandis qu'elle attend, personne Ne songe à regarder ailleurs.
Tous les yeux sont fixés sur elle. , O jeune fille, tu souris !
Merci, tu mets sur nos murs gris Une clarté surnaturelle !
Nous avons beaucoup travaillé, Beaucoup peiné, pendant la classe.
Mais de te voir là, ça délasse.
Et ça nous fait tout oublier !
Nos poètes vont nous écrire, En cachette du professeur.
Des ballades sur ta douceur Et des sonnets sur ton soiu"ire !.
D'un joli geste de la main Nous faisant la faveur insigne, La jeune fille nous fait signe Qu'elle reparaîtra demain.