LE COUVENT
Puis une sœur ouvre la porte Et la petite disparaît, En emportant tous nos regrets, Sans songer qu'elle les emporte.
Et que — tant nous semblons déçus — Le surveillant qui connaît l'homme Et sa fragilité fait comme S'il ne s'était pas aperçu.
L'Aveu
Restons ainsi. Tais-toi. Ne romps pas le silence De cette douce nuit de juillet où s'élance Le concert lumineux des grenouilles du parc. Reste ainsi. Taisons-nous. Car l'Amour tend son arc Et le son de nos voix le rendrait mal à l'aise, Puisque j'ai dix-sept ans et que tu en as seize.
Comme ta robe est blanche et mon rêve, douillet ! Il semble qu'on ait fait cette nuit de juillet
Pour mon rêve bleuâtre et pour ta robe blanc'^e. Ton visage, perdu dans l'ombre d'une branche, Reparaît, quand se meut la berceuse sans bruit, Éclairant le tissu ruisselant de la nuit. Peau d'Ane t'a donné ce soir sa belle robe Couleur de lune. Et ton soulier, qui se dérobe Dans l'ombre où se blottit la berceuse, en bougeant, Semble, dès qu'il paraît, être un soulier d'argent.
La nuit met devant nous son éternel mirage. Et nous fait mieux goûter la fraîcheur de notre âge Et la douceur d'avoir, pour la première fois, Peur d'effrayer l'Amour par le son de nos voix.
Thé dansant
Une jeune fille pianote Un air quelconque, d'une main, Et, de l'autre, elle attrape maint Petit gâteau qu'elle grignote.
Une élève de pensionnat, Sous-graduée à l'œil languide.
Avoue à son voisin timide Qu'Edmond Rostand la passionna.
Un jeune homme très bien remonte Le phonographe d'acajou Et semble apprécier beaucoup Ce qu'une fillette lui conte.
Seul et grave comme un aïeul,
Un innocent cite Virgile,
Sans voir qu'un autre, plus habile,
Ne cite rien, mais n'est pas seul.
Un collégien qu'embarrasse Le thé trop chaud qu'on lui donna Se dit en lui-même qu'on a Moins de souci pendant la classe.
Car il a peur de laisser choir
La tasse avec peine tenue
Et sera mis en retenue
Pour n'avoir pas fait son devoir.
Sagesse
Ton œil moqueur et ta risette Ont pris mon cœur, ô ma Lisette !
Et tu t'en fais une amusette, Lise, Lison.
Je t'aimai toute une saison Et ne sais pour quelle raison Tu fuis le seuil de ma maison, Lise, Lisette.
Certes, si j'étais un grison, J'accepterais la trahison Qui noircit tout mon horizon, Lise, Lisette.
Mais je suis jeune et bon garçon, Je cours encor par les buissons.
Et n'ai pas l'air d'un hérisson.
Lise, Lisette !. .
Quoi ! sur ma lèvre, nul soupçon De crin, de poil ou de gazon !
Je ne suis rien qu'un nourrisson, Dis-tu, Lisette !
C'est pour cela que ma chanson Te déplaît, petite Lison !
Souhaite donc ma guérison !
Adieu, Lisette !