‹ Les caillouxChapitre 9 sur 15 · SAGESSE · texte numérisé non relu

SAGESSE

Je veux jouer de la musette Ou m'enfermer comme un ascète Jusqu'au jour où, Lise, Lisette, Oui, ma Lison,

J'aurai trouvé quelle recette Peut faire croître une frisette A ma lèvre, Lise, Lisette. . .

Adieu, Lison !

La Pré

resence

Je sens autour de moi l'invisible présence De ton âme lointaine, ô toi qui paraîtras Le jour où, délaissé par mon adolescence, J'irai vers le refuge accueillant de tes bras !

Je sais que tu me suis, lorsque je m'aventure Dans les palpitements du Rêve et de l'Effort. Et le bonheur d'avoir ta présence future Me pénètre et me fait plus ardent et plus fort.

Je vois ton œil doux et profond. Tu me regardes. Et je suis sans tristesse et sans ennui, j'attends. Sous ma lampe à veiller, toi seule, tu me gardes, O toi qui paraîtras, lorsque j'aurai vingt ans !

A celle qui viendra

Je veux aller vers toi, lorsque tu paraîtras, Et ne veux pas avoir le pénible embarras Du mal qu'on dissimule et du passé qu'on cache. Je veux te posséder, confiante et sans tache, Et ne veux pas avoir de boue à mes souliers. Je ne veux pas, le cœur encor mal essuyé. Me refléter dans le miroir de tes prunelles.

Oh ! je sais que la Ville est brutale et charnelle

Et qu'elle a des trottoirs et qu'elle a des passants. . , Je le sais, je l'ai vu, mais je t'aime et je sens Que je ne pourrais boire au ruisseau de tes phrases, Avec la bouche encor toute grise de vase.

LtS ÇP^ILLOUXû'OR.

Que le m J suis baïAi^e

L*Heure des Fées

Le fol essaim des voix connues Court tout le long des corridors, Escalade les marches nues Et remplit la chambre où je dors.

Je ne dors pas, mais je somnole.

C'est le chien qui croit que je dors.

Au bord du réel, je m'envole Vers l'irréel des rêves d'or.

La voix de mon père tournoie, Monte et s'accroche au pied du lit, Et la voix de maman se noie Dans le livre bleu qu'elle lit.

Comme ma sœur a la voix douce !

Elle chante : do, si, la, do !

Ce n'est pas elle. Sur la mousse, C'est un elfe, c'est un bruit d'eau.

La servante ferme une porte. . .

Non? Je commence à m'alarmer :

C'est le placard des femmes mortes Que Barbe Bleue a refermé !

Les voix se sont presque étouffées.

Un brouillard lumineux se fond.

Je suis dans le pays des fées Où les enchantements se font.

l'heure des FEES 77

Je crois que c'est un jour de fête.

Comme c'est rose par ici !

O pays charmant de la Bête Et de la Belle, te voici !

Te voilà, cocasse binette De Merlin, le vieil enchanteur, Avec tes énormes lunettes Et ton bonnet d'instituteur !

Mais quels sont ces petits bonshommes Qui me regardent de trop près ?

Ils murmurent : — C'est nous qui sommes Les habitants de la forêt !

— Vous êtes les lutins qui logent Dans des immenses palais d'or?

— Que dis-tu ? tu nous interroges ?

Tais-toi, petit, tu dors, tu dors !

Chiens à vendre

TristemeDt couchés, le nez dans la paille, Les pauvres roquets, gros comme le poing, Dans l'espoir secret de quelque ripaille, Guettent l'acheteur qui ne paraît point.

Leurs yeux clignotants et doux s'intimident. Au moindre regard du moindre passant. Le feutre rosé de leur langue humide Lèche à très longs coups leur nez frémissant.

Mais leur cage s'ouvre ! Ils se précipitent, Te voyant déjà, maître souhaité !

Et leur cœur de chien fortement palpite : Ils se voient rendus à la liberté.

O chagrin profond ! déception cruelle ! Espoir terminé lamentablement !

Ce n'est pas l'élu, mais c'est l'écuelle Que n'a pu ravir le sort inclément.

Et sachant très bien que messieurs les hommes Ont toujours le droit de garder captifs Des chiens pour lesquels ils payent des sommes A quelque gamin très expéditif,

De cet acte vil de la destinée Les pauvres roquets prenant leur parti, Se gavent du peu qu'ils ont pour dînée Et noient leurs sanglots dans un clapotis.

LaT

rêve

Le crépuscule de carmin

Teint le ciel d'un clair maquillage

Et fait sur le lac un sillage

Où l'on voudrait tremper la main.

Rougissant un peu le feuillage Dont l'ombre bleuit le chemin, Le crépuscule de carmin Teint le ciel d'un clair maquillage.

Délaissons tout labeur humain Et, rêveurs par enfantillage, Goûtons, sans penser à demain, Goûtons cette trêve au Voyage :

Le crépuscule de carmin.

Brume en juillet

Sur fond gris s'estompe une grange blanche.

Il fait presque nuit.

J'entends s'égoutter, dans l'ombre, les branches,

A tout petit bruit.

Et dans la maison, la fermière allume

La lampe d'étain Dont s'éclaire un peu le tissu de brume

Ëpais du matin.

Je crois qu'un cheval s'en vient sur la route,

Au bruit de son pas; Je n'en suis pas sûr, j'hésite, je doute :

On ne le voit pas.

Un rideau se lève, on voit apparaître Un grand champ de blé.

Un érable luit et le tronc d'un hêtre A l'air étoile.

Un second rideau soudain s'évapore,

Humide et neigeux :

Un arbre verdit, un champ gris se dore,

L'étang devient bleu.

On a vu monter, comme dans un conte.

Deux vagues rideaux.

Il en reste encore. . . Un troisième monte.

Avec un bruit d'eau. . .

BRUME EN Juillet 85

La campagne vibre et l'air s'enchaleure,

Devant le soleil.

Il fait encor gris et, juste à sept heures,

Il fera vermeil.

Matin d'octobre

Le soleil se mire, argentin, Dans mon âme hier inquiète Et le ciel est bleu ce matin Comme le rêve d'un poète.

L'air sent l'automne et les fruits mûrs. Des canards passent la rivière.

Un rayon tombe du vieux mur Comme une neige de lumière.

La route court éperdument.

L'air est sillonné d'ailes rouges.

J'entends en moi des bruissements, Comme une effeuillaison qui bouge.

C'est un jour doux, chaste et vainqueur. La brise chante au seuil des portes.

Les ennuis gisent dans mon cœur Comme un amas de feuilles mortes.

La Pluie

Il pleut !.. Le ciel, désespérant De tons mornes, de lourdeurs grises, Et d'une alanguissante crise Souffrant,

Verse dans les bois en alarmes, Dans les taillis et dans les champs.

Verse, en un lamentable chant, Des larme».

Il pleut ! il pleut !.. La terre boit La tristesse que le ciel verse, Longuement, longuement, à verse.

Les bois,

Malgré leur vert emblématique, Courbant leurs branchages trempés, Paraissent — du grand mal frappés Phtisiques.

Seule, en ce triste matin gris, Verte, reluisante, superbe, Sous l'eau qui la fait briller, l'herbe Sourit;

Elle sourit, claire et divine, Elle tremble et, dans le matin, Elle reluit comme un satin De Chine !

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