‹ Les cailloux [microforme]Chapitre 10 sur 16 · SAGESSE · texte numérisé non relu

SAGESSE

Je veux jouer de la musette

Ou m'’enfermer comme un ascète

Jusqu'au jour où, Lise, Lisette, Oui, ma Lison,

J'aurai trouvé quelle recette

Peut faire croître une frisette

A ma lèvre, Lise, Lisette.… Adieu, Lison !

La Présence

Je sens autour de moi l’invisible présence De ton âme lointaine, à toi qui paraîtras Le jour où, délaissé par mon adolescence, J'irai vers le refuge accueillant de tes bras !

Je sais que tu me suis, lorsque je m’aventure Dans les palpitements du Rêve et de l’Effort. Et le bonheur d’avoir ta présence future

Me pénètre et me fait plus ardent et plus fort.

Je vois ton œil doux et profond. Tu me regardes. Et je suis sans tristesse et sans ennui, j'attends. Sous ma lampe à veiller, toi seule, tu me gardes, O toi qui paraîtras, lorsque j'aurai vingt ans !

A celle qui viendra

Je veux aller vers toi, lorsque tu paraîtras,

Et ne veux pas avoir le pénible embarras

Du mal qu’on dissimule et du passé qu’on cache, Je veux te posséder, confiante et sans tache, Et ne veux pas avoir de boue à mes souliers.

Je ne veux pas, le cœur encor mal essuyé,

Me refléter dans le miroir de tes prunelles.

Oh ! je sais que la Ville est brutale et charnelle

Et qu’elle a des trottoirs et qu’elle a des passants... Je le sais, je l’ai vu, mais je t'aime et je sens Que je ne pourrais boire au ruisseau de tes phrases, Avec la bouche encor toute grise de vase.

L'Heure des Fées

Le fol essaim des voix connues Court tout le long des corridors, Escalade les marches nues

Et remplit la chambre où je dors.

Je ne dors pas, mais je somnole.

C'est le chien qui croit que je dors. Au bord du réel, je m’envole

Vers l’irréel des rêves d’or.

La voix de mon père tournoie, Monte et s'accroche au pied du lit, Et la voix de maman se noie Dans le livre bleu qu’elle lit.

Comme ma sœur a la voix douce !

Elle chante : do, si, la, do !

Ce n’est pas elle. Sur la mousse, C’est un elfe, c’est un bruit d’eau.

La servante ferme une porte...

Non? Je commence à m’alarmer :

C’est le placard des femmes mortes Que Barbe Bleue a refermé !

Les voix se sont presque étouffées.

Un brouillard lumineux se fond.

Je suis dans le pays des fées

Où les enchantements se font.

Page 1