‹ Les cailloux [microforme]Chapitre 11 sur 16 · L'HEURE DES FEES · texte numérisé non relu

L'HEURE DES FEES

Je crois que c’est un jour de fête.

Comme c’est rose par ici !

O pays charmant de la Bête

Et de la Belle, te voici !

Te voilà, cocasse binette

De Merlin, le vieil enchanteur, Avec tes énormes lunettes

Et ton bonnet d'instituteur !

Mais quels sont ces 11: t‘onshommes Qui me regardent de tre:: :7:5 :

Ils murmurent : — C’est nous qui sommes Les habitants de la forêt !

— Vous êtes les lutins qui logent Dans des immenses palais d’or ?

— Que dis-tu? tu nous interroges ?

Tais-toi, petit, tu dors, tu dors !

Chiens à vendre

Tristement couchés, le nez dans la paille, Les pauvres roquets, gros comme le poing, Dans l'espoir secret de quelque ripaille, Guettent l’acheteur qui ne paraît point.

Leurs yeux clignotants et doux s’intimident, Au moindre regard du moindre passant.

Le feutre rosé de leur langue humide

Lèche à très longs coups leur nez frémissant.

Mais leur cage s’ouvre ! Ils se précipitent, Te voyant déjà, naître souhaité !

Et leur cœur de chien forte:ent palpite :

Ils se voient rendus à la liberté.

O chagrin profond ! déception cruelle !

Espoir terminé lamentablement !

Ce n’est pas l’élu, mais c’est l’écuelle Que n’a pu ravir le sort inclément.

Et sachant très bien que messieurs les hommes Ont toujours le droit de garder captifs

Des chiens pour lesquels ils payent des sommes À quelque gamin très expéditif,

De cet acte vil de la destinée

Les pauvres roquets prenant leur parti, Se gavent du peu qu'ils ont pour dînée Et noient leurs sanglots dans un clapotis.

La Trêve

Le crépuscule de carmin

Teint le ciel d’un clair maquillage Et fait sur le lac un sillage

Où l’on voudrait tremper la main.

Rougissant un peu le feuillage Dont l’ombre bleuit le chemin, Le crépuscule de carmin

Teint le ciel d’un clair maquillage.

Délaissons tout labeur humain Et, rêveurs par enfantillage, Goûtons, sans penser à demain, Goûtons cette trêve au Voyage : Le crépuscule de carmin.

Brume en juillet

Sur fond gris s’estompe une grange blanche.

Il fait presque nuit.

J'entends s’égoutter, dans l’ombre, les branches, A tout petit bruit.

Et dans la maison, la ‘+rmière allume La lampe d’étain

Dont s’éclaire un peu le tissu de brume Épais du matin.

Je crois qu’un cheval s’en vient sur la route, Au bruit de son pas;

Je n’en suis pas sûr, j'hésite, je doute :

On ne le voit pas.

Un rideau se lève, on voit apparaître Un grand champ de blé.

Un érable luit et le tronc d’un hêtre A l'air étoilé.

Un second rideau soudain s’évapore, Humide et neigeux :

Un arbre verdit, un champ gris se dore, L'étang devient bleu.

On a vu monter, comme dans un conte, Deux vagues rideaux.

Il en reste encore. .. Un troisième monte, Avec un bruit d’eau...

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