LA PLUIE
Herbe ! je comprends la leçon
Que tu rythmes au bruit des gouttes;
Ta leçon est une chanson :
J'écoute !
Tu dis, tu dis très doucement,
Et si doucement que j’en pleu ,
Tu dis la joie... et puis, comment, Quand l’Heure
Est triste, il faut rire et chanter; Tu dis que la jeunesse en flamme Doit conserver à la Gatté
Son âme;
Que sur le cœur d’un jouvenceau La tristesse a des sons de lyre; Qu'elle doit côuler en ruisseaux
Ah! je sens la fraîcheur des mois !
Ta chanson fine dans la brise,
Ta chanson ténue est par moi Comprise.
Dans les champs
Tous ont déjà goûté cette minute heureuse, Prince, poète, gueux,
Où le corps fatigué, dans l’herbe qui se creuse, Met ses désirs fougueux,
Ces instants où, couché dans l’herbe qui recule, Sommeillant à demi,
On voit tout le travail du monde minuscule Où vivent les fourmis.
On interroge en vain la science, incertaine Devant cet horizon,
Et l’esprit cherche alors s’il n’avait pas raison, Monsieur de La Fontaine,
Si la fourmi rapace enferme, comme nous, Les cigales au bagne,
Si la bête à Bon Dieu grimpant sur mon genou Se croit sur la montagne...
On ferme un œil, et puis on bâille, et puis on sort De la philosophie.
Comme le vent berceur abrège et simplifie !
On soupire, on s’endort.
Et l’on goûte en dormant cette minute heureuse, Prince, poète, gueux,
Où le corps fatigué, dans l’herbe qui se creuse, Met ses désirs fougueux.
Les Clôtures
Clôtures qui, dans la plaine,
Découpez de larges champs
Où le semeur se promène Et sème en marchant;
Et toi qui longes l’école
Et qui sembles faite exprès
Pour les imerles, qui s’envolent, Dès qu’on est trop près;
Et toi, la clôture en pierre,
Tout autour du grand verger,
Où Marianne, à Jean-Pierre, Promet d’y songer;
Et toi, petite clôture
Qu’on ouvre pour recevoir,
Le dimanche, la voiture, Les vaches, le soir;
Et toi, près du presbytère, : nt laquelle, à pas lents, curé va, solitaire, Sous ses cheveux blancs;
O vous les clôtures, toutes
Les clôtures du pays
Dont vous parcourez les routes Et qu’on envahit :
Soyez-nous une cuirasse
Contre le vil assassin
Qui voudrait voir notre race Un poignard au sein !
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Printemps de guerre
La ville, paresseusement,
Pâle de neige et de névroses, Comme la Belle au Bois Dormant, sous la glace et les portes closes,
S’alanguissait au coin du feu;
Et le prince, un jour, par magie, Beau comme un ciel de matin bieu, Vint secouer sa léthargie.
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La ville écoute le printemps Lui murmurer des mots de rêve; Elle s’anime en l’écoutant
Et lentement elle se lève.
Tout le long des trottoirs mouillés, Avec un bruit léger l’eau coule.
Un soleil neuf et dérouillé
Jette un or nouveau sur la foule.
Les petits vieux aux pas menus, Dont l’âme lourde se déleste, Ont les jolis yeux ingénus
Des petits bambins au pied leste.
Les fillettes vont; leur profil
Dans les vitrines se reflète :
Les fillettes sont en péril,
Et les mamans font des emplettes.