‹ Les cailloux [microforme]Chapitre 2 sur 16 · MONTRÉAL IMPRIMÉ AU DEVOIR · texte numérisé non relu

MONTRÉAL IMPRIMÉ AU DEVOIR

A ceux qui n'ont pas encore vingl ans et à ceux qui n'ont plus vingt ans, mais qui se souviennent d'avoir élé

jeunes, j'offre cette poignée de cailloux.

Le Petit Poucet

J'ai semé des petits cailloux

Pour revenir à mon enfance.

— Papa, maman, j'ai peur du loup!

Entrez ma belle dans la danse ! — J'ai semé des petits cailloux.

Voici les cailloux de mon rêve,

Les cailloux bleus, les cailloux d’or.

— Depuis cent ans tu dors sans trêve, O Belle au Bois Dormant, tu dors ! — Voici les cailloux de mon rêve.

J'ai buté sur un caillou gris

Et je me suis fait mal à l'âme.

— Oh! ne vous moquez pas, madame, Je suis tout pâle et tout meurtri ! — J'ai buté sur un caillou gris.

Voici les petits cailloux roses

Qui sont mes trois premiers amours.

— Vous aimez la lune et les roses, Et les chansons des troubadours ! — Voici les petits cailloux roses.

Et puis voici les cailloux blancs,

Les cailloux blancs dans la rosée.

— Sur tous les brins d'herbe tremblants Des gouttes d’eau se sont posées ! —

Et puis voici les cailloux blancs.

Et puis mon enfance est atteinte.

Voilà sa petite maison !

— Papa, maman ! la lampe éteinte, Le soleil mort à l'horizon ! —

Et puis... mon enfance est éteinte.

Le Nouveau

S’étant perdu tout à l’heure Dans le corridor obscur,

Les deux mains contre le mur, Un petit bonhomme pleure.

L'aile du malheur futur

D'un choc imprévu l’effleure; Être loin de sa demeure, Quand on a huit ans, c’est dur.

Depuis toute une semaine, Il ne rit plus, dort à peine, Et mange sans appétit.

C'est une affreuse injustice Qu'il faille que l’on grandisse.

On devrait rester petit !

Les Mamans

Les mots de toutes les mamans Sont du Livre de la Sagesse,

Ces mots clairs qui, de leur caresse, Voilent tant de purs dévouements.

Ils font planer sur la jeunesse D'’extatiques enchantements, Les mots de toutes les mamans Pris au Livre de la Sagesse.

me

La vie aride et ses moments

De désespoir et de tristesse,

Sans votre douceur, que serait-ce O mots simples, Ô mots charmants, O mots de toutes les mamans |

La cloche qu’une main balance, A la même heure, tous les jours, Est joyeuse, quand elle lance Ses appels, à la fin des cours.

Mais comme on hait sa vigilance, Lorsqu'on s'amuse dans la cour, La cloche qu’une main balance, A la même heure, tous les jours.

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