‹ Les caisses d'épargne de la Suisse considérées en ellesmêmes et comparées avee celles d'autres pays...Ouvrage présenté à la Société Suisse d'Utilité Publique, siégeant à Genève le zo aoùt 1837Chapitre 22 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

COMPARAISON DE JUA SUISSE AVEC D^ AUTRES PATS SOUS LE RAPPORT DE LA SltUATIOX DES CAISSES. D^ÉPAlfiNB •

n n^est pas sans intérêt de comparer la situation des Caisses d^épargne encaisse, en Angleterre ( *) et en France ( *), à la même époque, c'est-à-dire à la fin de 1835, mais il faut que la comparaison soîl aussi complète que possible pour qu'elle soit équitable. Elle doit porter en effet sur divers points, dont le principal , d'après les motifs énoncés plus haut, est le chiffre des déposants relativement à la population.

(1) Dumoîirsdansle Royaoïne-Unî, moins TÉcosse »ur laquelfe ou ne publie pas de documenls, quoique les Caisses dVpargne j soient anciennes et nombreuses. Les chiffres concernant l*Angleierre, le Pays-dc-GalIc et Dr lande , sont tirés du Companionto thehrUisk alnianwih, année 1857, d*après les comptes- rendus officiels. On j trouve, pour le 30 novembre 1855, le nombre des de'posants (557,517), \^ somme tt>tale déposée (16,456,104 L. st.) et divers renseignements dignes d*iotérêt; mais il manque te nombi'e des Caisses (Pépargne / L^Quvrage de J. Tidd Pratl, intitulé ^ElsCo/*^' ofsat^ings iranks, le porte, pour la fin de 1829 , à 487, pour les mêmes divisions du Royaume-Uni, ce qui suppose qii*dn en n établi environ 36 par an depuis Pacte du Parlement de 1817. J*co ai supposé 700 pour la fin de I 855. J*ai aussi supposé 22 millions dépopulation , et une surface de 1 1,400 lieuts carrées.

(2) Les chiiFi*es relatifs à la France sont tirés des /Vrchivca statistiques du ministère du commerce, p. 274 et suivantes, oii Ton trouve des délaits importants sur Us Caisses dV'pargné. Il y avait au 31 décembre 1855, 159 Caisses d'épargne, 121,527 déposants , et 62,185,676 francs déposés. J'ai supposé 55 millions dMiabitanls^ et 26,714 lieues carrées.

Si

Angleterre .

iSvisse. Pajs-de-GalIe. Fraoce.

et Irlande.

Date de là fondation de la première Caisse d'épargne 1787 1708 1818

Nombre des Caisses d'épargne relatirement à la population. Une sur 21795hab. 31428 hab. 207547 bab.

Nombre des Caisses d'épargne relativement à la surface. Une sur. ..... 19 lieues c. 16 l.c. 105 l.c.

Nombre des créanciers relativement à la population.

Un déposant sur. ..... 36 habitants 40 bab. 271 bab.

Somme déposée, par habitant du pays ( exprimée en francs dé France ), d'après le solde à la fin de Tannée . 7f.66c. 18f.85c. If. 88c.

Valeur moyenne de chaque dépdty effectué par un individu. - 277 f. 97 c. 775f.89c. 511 f. 70 c.

Il ne faut pas oublier que le maximum admis de chaque déposant est, en Angleterre, de 200 liv. si. (environ 5000 fr.), en France de 3,000 fr., et qrfen Suisse il est ordinairement de 1000 à 1500 fr.

On voit que Pancienneté des Caisses dVpargne est la circonstance qui influe le plus sur le degré de développement qu^elles ont atteint aujourd'hui dans les trois pays.

La Suisse, comparée au Royaume-Uni ( moins TEcosse), est un peu plus avancée quant au chiffre proportionnel des créanciers, chiffre qui est moins af-

feclé que lous les aulres par les règlements des diverses Caisses d'épargne , par la valeur comparative de Targent ei des salaires dans les deux pays. Neur cantons ou demi-cantons sur 25 ont une plus forte proportion de déposants aux Caisses d'épargne que la moyenne de l'Angleterre , du Pays de Galle et de l'Irlande ; cinq ont une moyenne plus forte que celle de l'Angleterre seule, dont aucun des comtés ne présente une proportion aussi considérable que les cantons de Genève et Bâle- Ville. Middiesex , qui renferme la plus grande partie de la métropole , avait, à la fin de 1835, 1, créancier sur li habitants. Devonshire, qui en approche le plus à cause des branches nombreuses de la Caisse d'Exeter, en avait 1 sur 15. Dans les cantons de Genève et Bâle-Yillé , la proportion de 1 sur 8 ne cesse pas encore de s'accroi(re. Le capital déposé dans le Royaume-Uni (moins l'Ecosse) s'élève à peu près au tiers du revenu public des trois royaumes. Dans le canton de Genève , il est presque triple du revenu de l'Etat.

La France , après cinquante ans de progrès des Caisses d'épargne , c'est-à-dire en 1868, se sera sans doute rapprochée notablement des chiffres actuels de la Suisse. Les petits capitalistes français comprendront alors , qu'il vaut mieux placer leur argent à 3 ou 4 pour 100 dans les Caisses d'épargne, et réserver leurs

bras pour des métiers plus ou moins lucraiiTs, qiîe de consacrer tout leur avoir et toute leur existence à ob^ tenir 2 ou 3 pour 100 d'un terrain extrêmement cb^r. La création des peiits capitaux, en dehors de l'^agrî-»culture , arrête le morcellement indéfini du sol ; ce morcellement qui peut aller jusqu^à empêcher toute bonne agriculture , en remplaçant les Vaches ou les chevaux par des chèvres ou des porcs, le froment par des pommes de terre , et la charrue par la bêche. Il ^st reniarquaMe que les parties de la Suisse où Ton se plaint de «es tristes effets d'une subdivision excessive des propriétés , par exemple les vallées de TOberland bernois (*) et du Valais , sont précisément du petit nombre des localités dépourvues de Caisses d'épargue. La (tireur d^acquérir du terrain, à tout pi^it, résulte beaucoup de Fabsence de tout autre moyen assuré de placer de petites sommes. Sous ce point de vue, les Caisses d'épargne sont plus importantes sur le conti->lient qu'en Angleterre (*).

(1) Il y a près de Tliun des Tillages où le sol est tellement subdivisa , qa*on en est Tenu , faute de pouvoir continuer le partage, à laisser des arbres fruitiers indivis entre plusieurs branches ^'une famille. J*ai ouï parler d*un noyer qui appartient à SO dtt 40 individus, non propriétaires du sol où il croit!

(2) On trouve des réflexions intéressantes sur le nrorceltement «les petites propriétés en France, dans ks notes de M. Chemin- Dupontës qui accompagnent sa traduction de Porter, Progrès dû la Grande-Bretagne y etc.,»^/. i]Paris, 1837. L*auteur, qui se dit partisan de la petite propriété et des lois françaises sur l'héritage, en déplore les abus. Il prétend que la purge hypothécaire

Je ne pariage pas ropinion que les poputotions agricoles négiigerool toujours les Caisses d'épargne. Elles en profilent peu maintenant, parce qu'elles ne sont pas assez éclairées sur leurs Véritables intérêts, qu'elles sont trop pauvres, ou que les bureaux des Caisses d'épargne ne sont pas mis assez à leur portée. Supposez une population plus instruite que celle des campagnes de France , et un bureau dans chaque commune, ainsi qu'on le voit dans les cantons de Neuchâtél ou de Claris, et vous verrez arriver beaucoup de dépôts, d'abord ceux des domestiques des campagnes, puis des ouvriers divers établis dans les villages, des laboureurs à la journée , enfin des propriétaires euxmêmes. Ils placeront à la Caisse d'épargne en attendant une occasion d'acheler des bestiaux , on en vue d'une acquisition future de terrain , de l'établissement d'un de leurs enfants , de la construction d'une maison, du paiement d'un fermage, etc. Ils

d^une parcellf de terrain , en France, coûte pour le moioi 80 fr., ind<fpeDdainnient dea droits de sucression. Or, on achète une multitude de parcelles qui ne Talent que 60 , 40 ou même 20 franci, car elles ne sont imposas qu*à 5 centimes. Beaucoup de ces acquéreurs ne feraient-ils pas mieux de placer leurs 80 francs , et encore la valeur des droits et du terrain , dans une Caisse dVpargne ? L*anteur, qui se plaint de circonstances aussi fâcheuses , aurait dû, ce me semble, e'metire le voeu de l'extension des Caisses d'épargne , au lieu de demander une diminution dans les «frais hypothécaires, qui sont précisément un frein mis à Tacquisition des petites parcelles.

placeront pour se donner le temps de réfléchir et de faire un bon emploi définitif de leur argent. Sans doute les agriculteurs sont toujours tentés d^augmenter leurs propriétés, d'^aclieter des instruments d^agriculture ou de&bestiaux, mais ils ne le sont pas plus, ou ne doivent pas Tétre plus, que les habitants desi^llles, d^établir un ma^sin , de commencer ou d^étendre une industrie. Si ces derniers savent réserver un capital et le placer à la Caisse d^épargne, au lieu de le verser toujours et immédiatement dans Un commerce actif, c'est qu^ils comprennent bien leurs intérêts. Pourquoi les agriculteurs ne seraient-ils pas aussi prudents? N'ont-ils pas à prévoir des mauvaises récoltes , des réparations majeures , des dépenses variées, aussi bien que les habitants des villes? Et dans tons les cas ne vaut-il pas mieux faire des économies et les placer à la Caisse d'épargne, que d'être forcé d^emprunter par défaut de prévoyance , ou d'enfouir habituellement de Targent dans des cachettes, comme le font encore les paysans dans beaucoup de départements de la France?

Je pourrais citer bien des communes rurales en Suisse où les Caisses d'épargne ont été vivement appréciées. Si Ton doute d'ailleurs de l'influence de cette institution, au milieu des populations agricoles, quand on veut bien la faire descendre jusqu'à elles , qu'on

compare les cantons les moins iodostriels de la Suisse avec la France. Il est évident que le canton de Berne, par exetnple , avec ses iOO^OOO habitants , presque oomplèiement vonés à l'agriculture, et oit les paysans sont propriétaires pour la plupart, ressemble à beaucoup de départements français. Or , il possède 21 Caisses d'épargne, et 1 habitant sur 34 fait usage de ces- précieuses institutions. Plusieurs districts en manquent encore, mais ils ne tarderont peut-être pas à en avoir, et il est certain que la proportion des déposants n'est pas arrivée à son terme.

Une circonstance qui a fiavorisé , en Suisse, le développement des Caisses d'épargne , c'est la difficulté de placer autremei^t les capitaux qui se forment. En France, et surtout en Angleterre, les fonds publics présentent un placement avantageux qui est en définitive le même, quant à la sûreté, que celui fait par les Caisses d'épargne. Plusieurs personnes achètent directement des renies , au lieu de remettre leur argent à une administration spéciale qui en achète également. En Angleterre, on a la ressource des actions de beaucoup de compagnies extrêmement solides. I! y a aussi un genre de prévoyance qui ne s'est pas généralisé sur le continent, c'est de placer sur sa tête pour assurer une somme payable à sa mort. Les compagnies françaises n'ont pas trouvé faveur dans ce genre d'af-

faires. On leur demande plutôc des rentes viagères , qui sont précisément Topposé. Les capitalistes suisses ont acheté une forte partie des fonds publics de divers Etats, mais ce genre de placement n& convient qu'à ceux qui peuvent en courir les chances. Les Français ont encore de Tavantage à rechercher dans plusieurs départements les placements agricoles, mais cette convenance a cessé d'exister dans d'autres parties du territoire , surtout pour les petits capitalistes.

J'aurais vouhi pouvoir comparer de cette manière la Suisse avec d'autres pays , mais les documents me manquent. J'ai appris cependant que dans le royaume Lombarde- Vénitien les Caisses d'épargne datent de 1823, et qu'au 31 décembre 1836, elles compre» naient une somme égale à 2 fr. 95 c^ par habitant.

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