GENÈVE
Les tentatives de Caisses d'épargne faites à Genève ont été multipliées. On voit que ce genre d'établîsse*ment est conforme à Tesprit du pays.
Nous savons, par une espèce de tradition, qu^it existait, vers 1T89 , une Caisse d'épargne administrée par des particuliers, et dont le but était de faire valoir des sommes supérieures à 60 liv. de Genève (97 fr. 17 c.). M. de CandoUe-Eoissier en parle à la fin de sa proposition pour la création de la nouvelle Caisse d'épargne (*); mais, alors même (en 1811), il n'avait pas pu constater l'origine , la nature précise et la durée de cet établissement , dans lequel TEtat n'intervenait pas du tout.
En 1793 , un membre de TAssemblée nationale, dont le nom n'est pas indiqué dans les journaux ,
(1) Projet d*un ëtablUsement public dans le canton cle Genèfe, sous le nom âe Caisse dVpargne, pr^nté au Conseil Kepr^Dtati£ le iO d<$cembre ISiil. Brocb. in«6, p. 6 et 27.
proposa dinstiluer une Caisse d^épargne qni serait en même temps un lAont-de-Piélé.
Une commission nommée rapporta le 8 juin. On voit dans son rapport , qui a été iinprimé , qu^elle se faisait une idée juste de Tinstitution des Caisses d'épargne ; car elle proposait de recevoir toute somme au-dessus de 2 florins, et d'en bonifier 3 pour 100 d^ntérét, lorsque le capital se serait élevé à 100 flo* rins. L'£tat devait surveiller une administration formée par tes dépositaires, {.'idée fut reprise en décembre 1T94. Le comité législatif proposa rinstilution d^uno Caisse A' escompte j d'épargne et de dépôt , qpi fut adoptée ^ Conseil général, le 25 janvier 1795, par 1114 yoix contre 389. Le règlement organique se trouve à la suite de Pédition de la Constitution genevoise , imprimée en 1798 , à la page 294. L'Etat fournissait un capital de 918,000 fl. La Caisse payait aux déposants 3 pour 100 d'intérêts. Elle recevait toute somme comprise entre une demi-genevoise ( 6 fl. 4 s. 6 d. ) et 6375 fl.
Un aussi bas intérêt et les malheurs du temps empêchèrent rinstitution de prospérer. En 1 796, elle n'avait reçu que L. G. 2865 8 s. 6 d. (^). Dans la suite les comptes rendus n'en font plus mention. La Caisse était
(1) Compte de la gestion du Conseil administratif du «trril 1796, p. 50.
devenue simplement upe Caisse de coûsignations et d^escompte, dont le capital soiyit le sort de ceax de l'aDcîenne ftëpaUiqoe, lorsqu'elle perdît son indép^dance.
Au Hiomest où elle eat le bonheur de la recouvrer , une des premières idées qui fixèrent Tattention publique fut rétablissement d'une Caisse d'épargne, bien constituée. M. de CandoUe-Boissier , qui avait réuni beaucoup de documents sur celles de Neucbàtel, de Zurich et autres villes de Suisse , en fit la proposition au Conseil Représentatif le 10 décembre 1814. Il y naettaii un si vif intérêt, que les démarches et les travaux nécessaires pour constituer lelablissement eurent un effet fâcheux sur sa santé , et contribuèrent à sa mort , qui suivit de peu de mois l'ouverture de la Caisse. I^ générosité de Tun.de nos pins respec^ tables magistrats, M. C. Tronchin, contribua beaucoup à décider ceux qui s'effrayaient des difficultés de rinstUttti<m. Il consacra 60,000 fl. (environ SO^OOOifr. de France ) à servir , pendant 16 ans , de garantie à la Caisse, sous forme d'une inscription hypothécaire prise sur une de ses propriétés ; il étendit plus tard le terme jusqu'à l'année 18i2. £n outre, il fit don^ cba* que année, pendant 16 ans, des intérêts de celte som> me. Il aurait même continué ce secours généreux. Si la prospérité de l'iustiiution ne l'avait rendu superflu*
Grâce à la sécurité inspirée par ces dofis et à Texcellente geslîon des sommes déposées, rétabli^ement n'a pas cessé de prospérer d'une manière étonnante. Il a réalisé la plupart des avantages annoncés par l'auteur de la proposition, à un point qai rend assez piquante la lecture de son écrit.
BALB.
La première idée d'une Caisse d'épargne à Bâle remonte au philantrope Iselin, fondateur de la Société bâloise d'Utilité publique. Il proposa , en janvier 1792, une Caisse de prêts^ devant payer 3 pour 100 d'intérêts aux domestiques, orphelins et autres personnes peu aisées, sous la garantie de vingt des premières maisons de la ville, qui s'engageaient solidairement, et qui devaient faire valoir une somme de 64,000 1. s. distribuée aux préleurs , sous forme d'actions. Le Grand Conseil approuva cette institution particulière, le 17 juin 1793, et en témoigna sa satisfaction. Iselin mourut en 1794 , et fut remplacé comme directeur par M. Heusler, lequel ne tarda pas lui-même à mourir. En 1800, les vingt maisons furent dégagées de leur solidarité, mais chacune s'engagea à fournir deux cautions solidaires. Après M. Heusler , la gestion fut f confiée à un notaire , qui se rendit coupable de mal-
\ versation. La perle fut supportée par les vingt fon-
dateurs; mais on demanda au Conseil d^Etat de sur- .veiller désormais TinstiUition ; ^ ce corps nomma une commission de trois membres. M. le notaire Streckbotsen ^ra de 1810 à 1812^ et après loi M. Daniel BemoniUi , d«qnel je tiens les renseignements que je viens de donner.
Il proposa plusieurs fois d'étendre Tinstitution au moyen d'une augmentation du capiul reçu par les négociants pour le faire valoir et en être solidairement responsables ; mais on consentît seulement à une augmentation de i4,8ôôl. s. Il établit alors lui-même une Caisse supplémentaire avec des formes assez semblables. Les obligations se transmettent d'un individu à Fautre par rintermédiaire des négociants gérants. On tient note des demandes. Le directeur principal est indemnisé par un tant pour cent.
La Caisse d'épargne proprement dite^ fondée le 23} novembre 18Û9, a été modifiée le 20 janvier 1833.
ZUBIGH.
La ville de Zurich a été une des premières en Europe -à instituer une Caisse d^épargne. Elle le doit à douze citoyens éclairés, entre autres k M. le colonel Schinz, qui fit venir de Hambourg les statuts de la Caisse d'épargne dont j'ai d^à parlé. Il ne connaissait peut être pas alors les Caisses qui existaient
phis près de iat , à Berne et à BAle. MainienaDt il y a deux Caisses^ d^êpargùe à 2kiricb , sans parler de celle de Neumûùster, qui est à la porte de lavMe. La plupart des autres villes du cairton , el en parlicu^ lier les gros boorgs du bord du lac, en okit auçsi éta>bli) à rimitation du cbef-^lien>
ooiius.
VL ^ancien bourgmestre de Tschamer a bien voulu me communiquer les renseignements qui suivent :
/ a II existait dans notre canton , depuis 1804 jas-
qu^en 1812^ une société patriotique, dont le but était de répandre des idées et des notices sur tout ce qui regarde Tutililé publique, tant cantonale que communale. C'était la suite d^ne institution analogue qui avait existé de 1779 à 1797 et qui avait succombé à la destruction que la révolution de 1798 avait portée dans tous les rapports sociaux de notre pays. L'une et Tauire ont fait publier un nombre considérable de volumes sur les objets qui fixèrent leur attention et sur les projets d amélioration dans différentes branches de l^économie rurale , du commerce, etc., qu'elles tàcbateni de faire agréer à leurs compatriotes. » Les régénéraleure et les membres les plus actife de cette nouvelle société étaient MM. Charles Ulysse
de Salis^Marschlins et Jean Ulrich de Salis-Seewis , son beau-frère, maintenant décédés. L'un et l^autre étaient pleins de zèle et d'activité pour le bien public de leur patrie. Un grand nombre de collaborateurs se joignirent à eux , dans différents genres de travaux, soit à Coire , soit dans d'autres parties du canton. Jeune homme alors, animé par de si nobles exemples, et désireux de pouvoir contribuer en quelcpe chose au but louable du bien public, je leur offris mes services au cas que Ton crût applicable dans nos contrées Tinstitulion d'une Caisse d'épargne, semblable à celle qui venait d'être introduite à Zurich ^ par feu M. Schinz. » L'acte de fondation est signé par MM. Jean Ulrich de Salis-Seewis père et fils ; d'Albertini , depuis bourgmestre de Coire, et de Tscbamer, ancien bourgmestre, qui prirent dés engagements perscM^els.
Telle est rhistoire des Caisses d'épargne les plus anciennes de la Suisse. En partent de l'organisation et de la statistique des autres établissements, je rap^ pellerai brièvement leur origine. Le développement de l'institution des Caisses d'épargne, dans les diflié» rems cantons et dans toute la Confédération, se trouve exposé par des chiffres dans la deniière partie consacrée à la statistique.