‹ Les Caisses de Secours & de Retraites: Des Ouvriers MineursChapitre 41 sur 85 · GIG G6T 068" 0G · texte numérisé non relu

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Il résulte de là que le capital représentatif de la valeur des engagements calculée mathématiquement, d'après le tarif de la Caisse nationale des retraites, s'élevait dans le premier cas à 12.674.000 francs et dans le second à 19.327.565 francs, tandis que les réserves effectives étaient respectivement de 3.337.000 francs et de 4.965.000 francs, ce qui accuse des déficits de 9.337.000 francs ! et de 14.363.000 francs.

Il ne s’est agi que des secours et retraites acquis ; si l’on tient compte en plus des retraites en cours d’acquisition, on constate, finalement, un manque complet de réserves dans l’ensemble des institutions.

Le tableau que, dans tout ce chapitre, nous avons cherché à faire des Caisses de secours et de retraites des ouvriers mineurs, telles qu'elles fonctionnaient avant 1894, est à présent complet. Nous avons essayé, à la fois, de retracer les évolutions successives de ces Sociétés et d’en faire voir le mécanisme ; étude de toute importance pour la suite, d'autant plus intéressante qu’elle permet de suivre l’histoire et le développement d’une institution patronale : créée librement, sans être imposée par aucune loi, fille de l'initiative privée et de

1 Ce chiffre ne constitue pas, à proprement parler, un déficit, parce que les pensions fournies par les exploitants seuls peuvent être envisagées comme appartenant aux frais généraux des entreprises, et, ainsi que nous l'avons dit au texte, se trouver suffisamment garanties par le

crédit même des établissements.

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la liberté, elle n’est pas arrivée sans peine à une organisation satisfaisante.

Le mineur, alors que l’art des mines est dans l'enfance, se trouve journellement exposé à mille accidents; des populations nombreuses groupées autour des exploitations réunissent, dans un spectacle saisissant, avec les efforts des hommes valides, les infortunes des hommes souffrants. La fraternité, sous une forme compatible avec les éléments en présence, trouve donc là une place naturelle : la Caisse de secours prend naissance. Aucun règlement n’est d’abord rédigé; le patron et l’ouvrier se rencontrent seulement pour convenir des parties essentielles de la nouvelle organisation: retenue modique sur le salaire du mineur, subvention de l’exploitant, secours à accorder aux malades, aux vieillards et aux veuves ; l'usage, la coutume' et la jurisprudence fixent le reste. Parfois, l’ouvrier, surpris de la nouveauté de l'institution, l’accueille avec défiance; mais, atteint le premier par ses bienfaits, il finit par la considérer comme l’accessoire obligé de la mine. La Caisse est intimement liée à la Compagnie exploitante ; les fonds sont communs et le directeur, qui administre toute chose, les gère ensemble : autorité et bienveillance, voilà ses principes. C’est ce qu’on a appelé le € patronage patriarcal ».

1 En 1869, les statuts de Firminy et de Roche-la-Molière n'étaient pas encore rédigés.

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Mais, voici qu'’insensiblement la Caisse prend conscience d'elle-même : des statuts viennent préciser les conventions et fixer les droits ; en même temps, l’expérience acquise et les nécessités pratiques engagent à modifier les usages. L'institution ne tarde pas alors à sentir le besoin d’avoir sa vie propre, unie sans doute à celle de la mine où elle est née, mais distincte : elle désire voler de ses propres ailes, elle s’émancipe. Une comptabilité spéciale devient nécessaire; un Conseil d'administration nouveau doit entrer en fonction. Revendications ouvrières et protection discrète du patron, tels sont les caractères de cette seconde phase. C'est le € patronage libéral ».

Mais, à mesure qu'elle grandit, la Société de secours, lien si puissant, autrefois, entre le patron et l’ouvrier, devient une cause de discorde ; des réclamations s’élèvent à son sujet, à cause d’elle de nombreux procès sont intentés, des grèves naissent dont elle est le prétexte ! : la Caisse de prévoyance semble ne plus satisfaire les parties en présence; une évolution nouvelle se produit et la Caisse de bienfaisance ou mieux d'assistance apparaît. D'ailleurs, celle-ci contient, en elle-même, des principes mauvais, elle végète et ne se développe pas. Domination souveraine du patron, c’est le fait saillant de ce nouveau régime. C'est le «patronage seigneurlal ».

1 On peut citer notamment : Loire 1846, 1866; Aubin, Saint-Etienne,

la Ricamarie 1869 ; Creusot 1870 ; etc.

Partout, en tout cas, on vient en aide à l’ouvrier malade ; par contre, on ne secourt pas toujours l’ouvrier âgé. Au début, dans un bon mouvement, on accorde des « secours de vieillesse » ; mais bientôt, l’insuffisance des fonds arrête cet élan et le vieillard n’est plus assuré d'aucune aide. — L'injustice, pourtant, est trop criante : un effort est tenté, effort généreux sans doute, mais, à la fois, imprévoyant et insuffisant à satisfaire les réclamations.

C’est ainsi que, à côté de l’art des mines qui se métamorphosait à grands pas, les Caisses de secours et de retraites, franchissant une série d'étapes, par une lente évolution, progressaient elles aussi, bien que d’une marche nécessairement moins rapide. Mais une organisation parfaite est chose rare ; il n'existe, sans doute, pas de système idéal duquel on puisse dire qu'il répond à toutes les exigences de la pratique et l'institution qui nous occupe, tout en s'étant beaucoup améliorée, n'échappe pas à cette loi générale.

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