‹ Les calvaires bretonsChapitre 2 sur 5 · Appellation conniuuif du Démon · texte numérisé non relu

Appellation conniuuif du Démon

2. L'église de Ploudaliiu'zedii iFiiiistèrei. où nous les avons vus, jîossède encore des tableaux de ce genre, fort curieux, qui se roulent et se déroulent, et servent à l'éducation religieuse et morale <les enfants de la paroisse. Les prêtres les emportent avec eux diu-ant les toiu-nées de catéchisme qu ils t'ont dans des villages environnants.

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SCS grâces. Tout le monde clans léglisc riait aux éclats. M&is bientôt survenait ]3elzébutli, qui s emparait de sa proie. Catell se débattait en vain ; elle tombait en Enfer avec des rugissements si atTreu.v que les auditeurs, glacés deffroi, s échappaient par toutes les portes, croyant avoir le Diable à leurs trousses. »

Telles devaient être exactement les prédications qui se faisaient sur la petite plate forme du Calvaire de Guimiliau, où Ion monte par un escalier de quelques marches, pratiqué entre deux des contreforts. Le prêtre, circulant sur la plateforme, désignait avec une baguette les personnages ayant trait aux divers sujets qu'il commentait.

Une grande Croix Ornée s élève du milieu de cette plateforme, figurant à son sommet la Croix du Christ et audessous, sur deux autres bras, les Saintes Femmes. Le fût de la Croix Ornée, au lieu d'être lisse, est « épineux », comme un tronc d arbre non écoté et qui a gardé l'amorce de ses branches. Or. la tradition conserve le nom de Croix de Peste [Kroazion ar-Yosscnn) à toutes les croix épineuses qui furent érigées, principalement clans le Léon, à la fin du xvi** et au début du xvn'^ siècle.

« La peste hhtnche est partie d ElUanl ;

Elle a emporté sept mille et cent victimes.

Cruel eût été le ca'iir de celui qui ncùt pas pleuré

En voijanl sept fils, d une même maison.

Allant en terre dans une même charrette 1

La pauvre mère les traînait,

Le père suivait en sifflant ;

Il avait perdu la rcnson .

Sur la place du marché

On trouve partout de l herbe à faïu-hcr.

L'église est pleine jusqu'aux seuils.

Et le cimetière jusqu'aux murs.

On enterre tout le monde, grands et petits,

El Von ne trouverait plus un seul garçon

Pour garder les moutons. »

Ce Chant de la Peste, encore populaire dans les villages

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des Montagnes Noires et des Monts d Arrée, montre quel était l'effroi inspiré par la redoutable épidémie, qui se promenait dans toute la contrée, dévastant même Quimper, que révoque et son clergé étaient obligés de déserter. « C.e fut, dit le chanoine Morcau, en punition des péchés des hommes, qui étaient si débordés que l'on ne savait plus prier Dieu. La peste commença par les plus pauvres : mais- enfin elle s attaqua, sans exception de personne, aussi bien aux riches, nonobstant que c'était, disaient-ils, la maladie des gueux, et il en mourut des plus huppés. »

Il est donc permis de supposer que c est à loccasion d un de ces fléaux, et pour en obtenir du ciel la cessation, que fut élevé le Calvaire de Guimiliau. D autant que l'on sait, dune façon formelle, que c est dans une circonstance analogue que fut exécuté, vingt et un ans plus tard, le proche Calvaire de Plougastel. Deux autres Croix, aujourd hui détruites, celles des Larrons, accompagnaient sans doute la grande Croix, et deux autres bras de celle-ci, disparus dans quelque destruction, portaient vraisemblablement les deux Cardes à cheval que nous retrouvons posés sur la porte d entrée du Cimetière. La pierre employée est le granit dit de <i Kersanton ». le plus fin et le plus serré de grain des granits armoricains, {|ui s extrait des carrières de Logoiuia Daoulas, au Ibnd d une des anses profondes de la Rade de Hrest. Toute la série supérieure de ces sculptures est, répétons-le, œuvre de premier ordre, qui ne déparerait aucune de nos plus belles cathédrales. Et le voyageur s'étonne de trouver tant d'art et de charme dans ce coin perdu de Bretagne, où bien peu s'arrêtaient encore, il j- a seulement vingt ans.

L Eglise qui, dans le (Cimetière, accompagne le Calvaire, appartient au gothique flamboyant et à la Henaissance (fin du XVI'- siècle et première moitié du xvii''), L'Ossuaire où, à mesure que s'emplissait le (cimetière, s'empilaient crânes et ossements, exhumés du sol, est accolé au côté gauche du porche. Une Chapelle Eunéraire, datée de 1G48 et du style de la Henaissance, avec chaire extérieure en pierre, pratiquée dans une fenêtre, entre deux colonnes, borde le Cimetière et complète l'ensemble architectural de Guimiliau.

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Le Calvaire de Ploiujaslel fut érigé de 1602 à 1CU4, à loccasion d'une peste qui sévit en 1598. Plougastel-Daoulas, situé sur les hauteurs pittoresques qui dominent la vallée de lElorn, ou Rivière de Landerneau, qui forme entre Landerneau et Brest un vaste estuaire où remonte la marée, est également célèbre par la curieuse physionomie de ses habitants, industrieux et riches, moitié cultivateurs et moitié marins, qui ont gardé leur ancien costume aux couleurs violentes, bleues, jaunes, rouges et vertes chez les femmes. Les hommes portent des vestes bleues, à boutons dor, et des culottes blanches ; quelques vieux ont conservé le bonnet rouge.

Le Calvaire est, dans une allure plus froide, du même type que celui de (aiimiliau, dont il s'inspire visiblement. La disposition générale est identique : socle évidé d'arcades, avec un petit Autel entre colonnes, sur l'une de ses faces ; une ligne de hauts-reliefs; les statuettes sur la plate-forme. Les personnages sont moins prime-sautiers, plus réguliers d'allure, plus hiératiques. Nous retrouvons les mêmes scènes de la Vie du Christ et de la Passion et, en partie, les mêmes costumes. Sur l'un des motifs, 1 Entrée de Jésus à Jérusalem, ce sont des paj'sans bretons, en costume national, qui précèdent le Christ, en jouant du biniou et delà musette. L'opération de la Circoncision est pratic[uée par un évéque mitre, face au public. Les trois grandes Croix de la plate-forme ont été conservées : une Croix Ornée au centre, à fût épineux, portant sur deux bras superposés deux Gardes à cheval et les Saintes Femmes ; deux Croix plus courtes, en tau, avec les deux Larrons.

Le Cimetière, qui entourait le Calvaire, ainsi que 1 Ossuaire et la Chapelle Funéraire qui s 3' élevaient, n ont pas survécu. LEglise a été reconstruite de nos jours, en style pseudo-gothique. L'ensemble, sur ce point, est donc beaucoup moins parfait qu'à Guimiliau. Le Calvaire a été restauré en 1870.

Avec un Calvaire secondaire, c'est au contraire un ensemble

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des plus remar(iiial)les, supérieur même à celui de (uiimiliau, que nous rencontrons à Sdiiit-TIicgonnec, petit bourg situé entre Cmimiliau et Morlaix. La Porte Triomphale qui sert d'entrée au (cimetière est un délicieux et parlait édicule de 1587, orné de clochetons à boules. Ornementation que nous, retrouvons aux toitures de la belle Chapelle Funéraire, qui est voisine, que flanquent des fines colonnes corinthiennes, et qui date de 1581. L Eglise, plusieurs fois reconstruite, est un imposant monument, avec sa haute tour carrée de 1605, que coilTe un dôme à lanterne de pierre et à galerie ajourée. Le Calvaire, de 1610, se compose, comme les vieux (Calvaires, d'un simple socle rectangulaire, en pierre nue. portant sur sa table divers groupes d un travail naïf, rappelant celui des artistes du moyen âge. On voit le Christ tombé à terre, sous le poids de la croix, et l'un de ses conducteurs le frappant d'un bâton, tandis qu'un autre monte à califourchon sur le bois de la croix, pour achever d'écraser sa victime. Les bourreaux, c[ui s apprêtent à llagelbr le Sauveur a\ec leurs martinets, sont pris sur le vif, avec leurs mines de brutes féroces et leur courte culotte. D'autres personnages portent les manches et les bottes plissées. la moustache retroussée et la barbe en éventail, à la Henri IV. Dans une petite niche pratiquée dans le socle du Calvaire, au-dessus d'une table à offrandes, un groupe minuscule, très fruste, représente saint Thégonnec, que l'on invoque en faveur des bestiaux, et le bœuf, attelé à une charrette, qui aurait, selon la tradition, voiture les matériaux de léglise.

Tout l'elfort décoratif s'est ici porté sur la Croix Ornée que supporte le Calvaire, et qui le domine de toute sa hauteur, en un merveilleux équilibre. Entre les deux Croix lisses des Larrons, sveltes obélisques de granit, elle dresse son fût, cette fois encore épineux, et sur deux bras superposés porte les Gardes à cheval et les Saintes Femmes, en grands personnages Au fût. le Christ crucifié et deux Anges, qui recueillent dans des ciboires le sang de ses mains et de son flanc. C'est, à Iheure du crépuscule, au-dessus des tombes blêmissantes qui commencent à s'estomper dans la nuit, un spectacle féerique que celui de cette Croix, détachant, parmi les clochetons

Les Ca ha ires bretons 17

à boule qui rcntourcnt, ses fines découpures, sur le ciel (|ui rosit, se dore ou s em])our|)re.

Le Calvaire de Pleijhcn, un |)eu plus au sud dans le Finistère, vers Chàteaulin, reprend, en KiôO, la tradition de Guimiliau et de Plougastel, et révolution continue. Au pied dune belle Eglise, mi Renaissance, mi-gotliicpie, et dont la tour-clocher surtout est magnifique, en compagnie d un charmant Ossuaire du xv' siècle, aux fines ogives, il se dresse aujourd'hui, isolé, au milieu dune vaste place qui fut le Cimetière, dont le mur denceinte a seul subsisté. Son socle s'est haussé, ainsi que les arcades, qui maintenant n'en évident plus les contreforts, mais le centre même, et qui donnent nettement à lédifice lallure d un petit Arc de Triomphe antique. Les sculptures se sont faites, en même temps, moins tassées, et les groupes se rangent et s isolent, dans un effort décoratif plus recherché. Seuls les motifs principaux. Nativité. Cène, Portement de Croix, Mise au Tombeau. Descente aux Knfers (ou plus exactement aux Limbes), Résurrection, etc.. ont été représentés. Leur naïveté disparaît, en partie tout au moins, devant plus de science et d étude ; car nous sommes arrivés, ne loublions pas, à l'aube du règne de Louis XIV. Cependant, par un archaïsme voulu, les personnages conservent soit le vieux costume gothique, soit celui des contemporains d Henri III ou d Henri IV, en tradition des (Calvaires précédents. Tandis enfin que nous ignorons le nom des artistes de Guimiliau et de Plougastel. nous trouvons ici la signature de larchitecte : Yves Ozanne, gravée sur la table de la Cène.

Les Calvaires fleurirent surtout en Bretagne au cours des xvi" et xvii'^ siècles. Si nombreux sont-ils qu il serait difficile d en dresser un répertoire complet. Dès le début du xviii'' siècle, leur faveur fit place à celle des « Mises au Tombeau », en bois peint, terre cuite ou pierre peinte, aux personnages de grandeur naturelle, et où révolution de lart est complète, en même temps qu'elles s'abritent des intempéries dans les Chapelles Funéraires ou dans les Cryptes des églises. Quelques Calvaires anciens, dont les personnages avaient été brisés, reçurent, comme celui de Comfort. entre Douarnenez

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et Audierne (F'inistère), sur leurs soubassements gothiques, d'autres figures, dans le style classique. Du xvin' siècle également semble être un petit (>alvaire d autel, en terre cuite, que possède à Rennes, le Musée Céramique, et qui provient de Campénéac ( Morbihan ^ Ses minuscules et délicieuses figurines ont une curieuse allure de terres cuites antiques.

Ajoutons que 1 emploi du bois dans les Calvaires et les Croix, si fréquent dans d'autres pays, est fort rare en Bretagne. On peut citer : la C/o/.r de Lanrivoaré . qui fait face, avec son beau Christ ancien, à la vieille Croix de granit et aux huit Pains dont nous avons parlé tout à 1 heure ; la Croix aux Outils. prés de Paimpol Côtes du-Nord) ; celle de Plouézoc'h (Finistérc\ qui date de 18H() environ et qui est curieuse avec sa grande auréole, sur laquelle se détache le corps du Christ; la Croix (tux Epingles, dans la cour de 1 ancien Couvent des Carmes, à Auray Morbihan), à la base de laquelle les jeunes filles viennent piquer des épingles, pour obtenir un mari.

Gardons un silence prudent sur les (Calvaires modernes qui, par l'initiative du clergé local, continuent à s ériger de temps à autre, aux carrefours des loutes bretonnes.

Mais veillons aux vieux Calvaires que nous a légués le passé. Sous la patine noirâtre du temps, leurs gentils bonshommes ont traversé les siècles et les révolutions, et l'on s'étonne de retrouver encore en place ces petits édifices, à peine mutilés, presque sous la main du passant qui les respecte. Ignorés et perdus dans leur calme bourgade, ils n'avaient rien à craindre. Mais ils voient maintenant défiler devant eux tant de visages nouveaux! Il faudra bientôt, sans doute — car ils sont, les pauvres, si confiants si peu protégés ! — les garder prudemment contre le vandale inconnu ou le voleur, toujours possibles.

Paul Gruykh.

KERDAVKL (Fiiiistèie). — MiiNHiR-AuxEL gallo-romain,

AVEC LIMAGE DE MaRS.

Cliché V. G

ruye^

CARNAG (Morljihan). — Dolmen uexversi:

SURMONTÉ d'une CHOIX DE GRANIT.

BRIGNOGXAN i Finistère). — Le Me\-Marz ou « Pierre du Miracle ».

Clich 'S P. Gruyer

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LANHIVOARE (Finistère). — Citoix sun table d'avtei,. ET LES Huit Pains changés en piKimE par saint Heiîvé.

Cliché P. (riiti/i'i:

ILE DE BREHAT (Càtes-duNoid). — Croix ue giîanit

SUR LA COTE OUEST DE l'iLE.

CHchi- P. Grwjer.

SAINT-JEAN, PRÈS DE Pont-l'Abbé ^F'inistère). Croix avec chaire en plein vent.

Cliché P. Gruijer.

CHATEAULIN (Finistère). — (hioix Diinke, avec petits personxaces

DE STYLE ARCHAÏQUE, PHÈS UE LA ChaPELLE DE NoTRE-DaME.

Cliché P. Gruyer.

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DINAX (Cùtes-du-Xorcli. — • La (hioix uu Saint-Esprit,

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