‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 122 sur 128 · IÎ · texte numérisé non relu

IÎ

ce beau et triste buveur (f absinthe qu'on voyait dans Les Fous, de PIouvier, pâle sous sa longue moustache dorée, cela ne serait encore rien, car le don de la transfonnatiorî. Lesueur l a reçu à ce point que, lui parlant, à midi, sous le soleil, dans la rue. en jour qu'il s'était exprés déguisé en vieux mendiant, sa propre m ère ne la pas reconnu et lui a donné un sou !

Mais à la ville, sans le secours des perruques et des coloriages, il est à son gré cent personnages divers, nés de sa propre fantaisie, et il joue à lui seul toute La Comédie Humaine. Tantôt ridé, grisonnant, il nous montre un œil éteint, un nez qui avance en pied de marmite, une bouche découragée qui n'a plus de forme, un menton pauvre, et alors on pense au père Gigonnet ; d'autres fois, sur son beau et large front sa riche et épaisse chevelure foisonne; le nez s'est redressé; l'œil, qui n'est plus du même bleu ! s'est avivé et rallumé, et sur la bouche souriante du comédien et sur son menton s'effilent d'élégantes moustaches et une barbiche

de dandy qui le font ressembler aux amants triés sur le volet de madame d'Espard et de madame de Maufrigneuse. Cette barbe n'est pas fausse, bien certainement ; mais quand a-t-elle poussé? J'aime à croire que Lesueur n'a aucun péché mortel sur la conscience ; mais s'il en avait, et s'il voulait néanmoins se faire ouvrir par ruse la porte du paradis , il n'aurait qu'à se présenter, parfaitement grimé en élu, devant le bon saint Pierre, et alors qui serait bien embarrassé ?...

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