MADAME LEROY (URBAIN
e voudrais indiquer d'un trait net
\J et résolu une des figures qui se sont imposées à l'attention pendant que se déroulait la Tragédie étonnante et sinistre qui a suivi l'horrible poëme de la guerre, et celle-ci ne me semble pas manquer des conditions particulières de beauté qui doivent tenter le regard curieux de l'artiste. Madame Leroy est une blonde énergique, c'est-à-dire qu'elle se rapporte à l'un des types les plus compliqués et les plus inattendus de la race humaine. Son visage attire par une remarquable expression de
force calme. Le front est large, presque carré; l'œil est brun avec une pupille très-dilatée ; le sourcil suit l'arcade sourcilière et protège cet œil intrépide. Le nez un peu large à sa naissance, s'enfonce entre les deux yeux pour ressortir, je dirais violemment, s'il n'avait l'esprit de s'arrondir, comme un nez de caractère ferme, mais pas méchant* La bouche, bien arquée et belle, est très-sérieuse, car la lèvre supérieure, par un plan qui s'ombre nettement, domine un peu la lèvre inférieure. Le menton arrêté affecte pourtant de la rondeur et une certaine bonhomie; mais les pommettes saillantes et les joues larges de Madame Leroy viennent montrer que cette femme, fidèle à son dessein, est dévorée de toutes les soifs et armée de toutes les volontés. Aussi devait-elle jouer un rôle pendant le moment^ affreux comme tout un siècle, où l'Histoire a ressemblé à une horloge dont Je grand ressort est cassé, et qui court vers rien du tout avec une rapidité vertigineuse !
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FRANÇOIS COPPEE
Ce poète a un profil digne d'être gravé sur une médaille, car avant qu'il ait atteint sa trentième année, la Pensée, qui visiblement habite son front large et bien construit, et la bonne déesse Pauvreté qui fut sa première nourrice, lui ont donné des traits arrêtés à un âge oti on n'en a pas encore. Il est d'ailleurs en bronze florentin, comme le Chanteur sculpté qu'il lui a plu d'animer dans Le Pas-
sant , et ce teint brun avive le gris bleu de ses yeux résolus et caressants , bien encadrés par l'arcade des sourcils. Le même hâle couvrait le maigre visage du Premier Consul, à qui Goppée aurait ressemblé, s'il l'avait voulu ; mais avec la délicatesse d'un lyrique dont l'âme répugne à toute allusion trop attendue, il a résolûment coupé ses longs cheveux droits, pour éviter ce lieu commun. Le nez un peu fort, aux arêtes accentuées, aurait occupé Grandville, qui, à toute force, voulait trouver dans chaque homme la ressemblance d'un animal, car il aurait évoqué dans son cerveau l'idée d'un svelte et fringant cheval arabe. Le visage de François Coppée est vraiment ovale, ce qui est plus rare qu'on ne pense, et sa bouche bien dessinée et charmante est tout à fait celle du jeune homme qui parle une langue harmonieuse. Sa tête presque toujours inclinée en avant, a en général une expression triste, que parfois éclaire et déchire, en dépit de tout, le confiant sourire de la jeunesse, et pour dernier trait, j'ajouterais, si ce
n'était abuser même des privilèges excessifs de l'hypothèse, qu'en le regardant silencieux , je songe irrésistiblement aux quatrains adressés en 1829 à Ulric G. par Alfred de Musset:
Toi si plein, front pâli, etc., et pour trancher le mot, il a, en 1873 ! quoique avec la simplicité et la tenue élégante d'un parfait gentleman, quelque chose de foncièrement romantique !