AMÉD1NE LUTHER
Un or si doux, jaune, vivant, frissonnant, d'une couleur qu'on ne retrouvera plus jamais, encadrait et ornait son riant visage tout éclairé des plus belles joies enfantines. Oui, elle était l'enfant, la fillette, le baby que la pensée du rêveur Musset caresse en ses comédies poétiques.
Et c'était cette beauté délicieuse et tendre dont on sait gré à celles qui la possèdent, comme d'un bienfait qu'elles vous accordent. Tout cela, — blanches neiges,' roses fleuries, — était d'une nature éthérée :
pourtant, que ce petit nez hardi et droit, que ces yeux brillants sous les sourcils droiis bien fournis et plus foncés que les cheveux, que la petite bouche aux lèvres bien dessinées et d'un rose exalté disaient bien
une âme d'héroïne ! — Elle était séparée en simples bandeaux plats sur le petit front large et puissant, et, dans cette simple allure, était plus touffue et plus éclatante que les coiffures compliquées des femmes d'à présent, — l'adorable, la blonde, la soyeuse, épaisse et jaune et fine chevelure de cette regrettée, de cette radieuse petite Belle aux Cheveux d'Or, Amédine Luther !
CANUCHE
Cet infatigable et ingénieux, — mais honnête, — Sbrigani est bien connu des bourgeois et des littérateurs qui fréquentent le café du théâtre des Variétés.
Possesseur d'une des têtes les plus étranges qui soient, tortillée, torturée, tordue en tire bouchon, n'en finissant pas de longueur, fine pourtant, singulière, farouche ' et égayée par je ne sais quelle ironie cachée, Canuche semble avoir été modelé par un statuaire qui avait la goutte, ou
qui s'était trop impatienté à attendre une femme qui ne venait pas. Petits yeux enfoncés et enragés. Barbe et cheveux plantés à la diable par un jardinier ivre. Ces temps derniers, quand Canuche, à cause de la chaleur, voulut se raser, Paris s'aperçut avec stupéfaction que, sous la barbe, son visage était blanc comme une serviette !