‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 31 sur 128 · COQUELIN · texte numérisé non relu

COQUELIN

Un jour que le bon Dieu était trèspressé et qu'il venait d'achever une fournée de mortels, il s'aperçut qu'il avait oublié de faire un comédien. Pour ne pas perdre le temps, il recopia vite, vite la tête de Molière : le même œil enfoncé , vif, curieux, observateur, perçant les âmes, les mêmes sourcils trop appuyés, les mêmes lèvres charnues et charmées, les mêmes narines largement ouvertes pour aspirer les pensées; seulement il était si, si pressé, il fit le bout de ce large nez..

facétieux et /o/, et ne s'en aperçut pas.

Même il ne trouva pas dans sa mémoire d'autre nom que celui de Poquelin, et se borna à changer le P en C, disant qu'en somme cela irait bien ainsi. Sous sa chevelure châtain foncé, épaisse et violente, Coquelin a une face qui pétille d'esprit et une jeunesse indicible. On lit sur ses lèvres qu'il a un appétit à tout dévorer : les fleurs de la terre et les étoiles du ciel, l'art, l'amour, tous les travaux, tous les rôles !

Un joli teint C'est la tête d'un enfant hardi qui joue trois pièces tous les soirs, et qui se repose en étudiant, ivre d'amour pour la muse couronnée de raisins; et, comme dit Corot, une parcelle d'amour en plus, le cœur se briserait!

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