‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 78 sur 128 · MARCELINE DESBORDES- VALMORE · texte numérisé non relu

MARCELINE DESBORDES- VALMORE

e me demandez pas comment,

L y née à une époque où la Poésie s'était faite romance et chantait les hussards vêtus d'azur, — où les robes étaient, comme dans Marie, des a robes de bergère , » cette Muse , cette femme amoureuse et désolée, n'a pu être entachée par le ridicule environnant : ceci prouve seulement que le Génie est une flamme pure, inextinguible, qui redonne à tout la splendeur native! Oui, dans le premier et célè-

bre portrait, malgré la robe du moyen âge de pendule, malgré la coiffure à la Ninon, malgré la lyre venue de chez le luthier, la grande Marceline, avec ses beaux yeux enflammés et humides, avec ce front droit et ces sourcils fièrement tracés, avec ce nez si caractérisé, aux bosses hardies et spirituelles, avec ce menton pointu, finement pensif, ces lèvres épaisses et si arquées, ce col énergique, attire, charme et retient le regard qui se sent en face d'une pensée et d'une âme. Et plus tard, dans le célèbre médaillon de David, vue de profil, — avec les mêmes traits, mais devenus si sérieux et si calmes, avec la grande paupière baissée, avec cette chevelure toujours courte qui s'arrange en masses, dignes de la statuaire, — comme à ce moment-là elle est épique et vraiment imposante ! Alors elle a laissé échapper tous les sanglots, toutes les larmes de son cœur déchiré, et pâle, austère, silencieuse, elle se repose un instant d'avoir loyalement exhalé vers les cieux tant de cris immortels, tant de plaintes désespérées !

io9 —

Page 1