‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 93 sur 128 · PHILOXÈNE BOYER · texte numérisé non relu

PHILOXÈNE BOYER

Un de ses portraits, par un rare bonheur, nous le rend dans une attitude qui fut bien la sienne, et avec son expression la plus vraie. La pose est celle d'un voyant, d'un inspiré ! le haut de la tête, où vivent la Pensée et l'Enthousiasme, est tout entier dans la lumière, et la bouche triste et indignée que ne peut cacher la longue moustache transparente, le menton indécis qui montre combien ce poète fut peu destiné à l'action, se baignent dans l'ombre, ainsi qu'une partie de la joue, un peu creusée déjà, mais d'un contour si

jeune. Le nez droit, court, arrondi, est l'intelligence même; mais voyez, toute la tête, c'est ce large front lumineux plein de pensées, que semble éclairer la vision des choses éternelles; c'est cet œil d'un gris bleu, si brillant toutefois et si désespérément levé vers le ciel; c'est cette longue chevelure appauvrie, mais si fine, si sensitive, et exprimant par son mouvement une vie si intense ; c'est ce regard qui, énergiquement rassemblé, prend quelqu'un à témoin et dit: Vous savez si j'aime le vrai, le juste, la splendeur du Génie, la Beauté éterneUement calomniée ! — Sois tranquille, nous aussi, nous le savons, et nous savons aussi comme la fièvre de l'admiration a desséché ta vie en sa fleur. O jeune homme dont les premiers chants furent pénétrés d'une tendresse si émue, victime que l'Etude avait choisie pour montrer comme elle est une maîtresse jalouse, ô poète, cœur brisé, ô prunelle avide et curieuse, ô subtil esprit en éveil, ô mon frère en* dormi, chère âme!

Page 1