‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 94 sur 128 · LA POÉSIE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE

Oui, elle a été une Parisienne, j'en atteste l'esprit du divin Musset, la sanglante raillerie du grand Heine et la forte et saine tristesse de Baudelaire.

Elle a été et elle sera, car c'est sa destinée de renaître sans cesse et toujours plus belle et plus glorieuse; mais pour le moment, hélas ! il est bien vrai que son grand cœur semble avoir cessé de battre. J'ai contemplé de mes yeux cette morte héroïque, dont le front était

souillé de boue ; et sa chevelure traînait autour d'elle, emmêlée dans les larges feuilles de laurier. Si horrible à voir près de la pourpre cruellement éclatante, sa pauvre lèvre entr'ouverte était devenue plus blanche qu'un lys, et à travers ses mains se jouait la lumière rose.

Cependant le tragique dominateur de ce grand siècle, le célèbre Monsieur Prudhomme, dont l'œil est celui d'un hibou et dont le nez décrit exactement un quart de cercle, Prudhomme, dont le chapeau est comme une tourd'ébène, dont le faux-col escalade les cieux et dont les lunettes vertes ressemblent à la vaste mer, était penché sur sa victime avec l'expression d'une joie féroce. Du bout de son parapluie rouge il lui crevait l'œil, et il lui défonçait le front à grands coups de talons de bottes, tandis que, pareilles à l'écharpe d'Hamlet, les basques de son habit noir s'envolaient désordonnées, furieuses et fougueusement tordues par le vent du nord !

Mesdames, Cy finist la première douzaine des derniers Camées Pari-

siens, par V image de cette morte que j'ose adorer encore, à l'heure même où les Philistins ont fait connaître que la maison est à eux, et où la rieuse Julia Baron, coiffée d'une perruque aux anneaux de soie blonde, comme les poupées de Huret, chante La Polonaise et l'Hirondelle, avec sa flèche en diamant qui lui sort de l'œil !

Janvier 1868.

DEUXIÈME DOUZAINE

^Mesdames

e continue, avec une humilité dont vous me saure\ gré sans doute; car, pour pouvoir achever en effet avec la simplicité et la perfection des choses durables cette galerie de portraits parisiens quil aura du moins Vhonneur d avoir entreprise, il faudrait que l'humble artiste fervent qui vous offre ici son ouvrage eût à son service la flamme même de l'inspiration et le flot vivant de la lumière,

dont il embraserait et ferait rayonner la gemme rebelle! Mais, cette fois encore, j'espère que votre bonté magique, très-puissante et mère de tous les miracles, suppléera à V insuffisance de V ouvrier, et qu'en touchant seulement ces cailloux mal égratignés par mon outil, vos petites mains transparentes et vos doigts de fées en feront des pierres véritablement précieuses!

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