LA DUCHESSE DE MORNY
Entre les grandes dames de France, madame la duchesse de Morny, — une femme de Balzac ! — est assurément, quoique née en Russie, la plus Parisienne de toutes par l'infinie et inépuisable variété des formes que revêt en elle la Grâce toujours mouvante et diverse, comme la vie ondoyante de cette mer d'Ionie où le poète voyait naître et s'enfuir de délicieuses lignes féminines. Les petits traits si nobles,
d'une si délicate finesse aristocratique, imposent l'admiration, sans doute, mais une admiration charmée, naïve ; car ils ont, comme les allures du corps luimême, cette mobilité enfantine, heureuse, jamais lassée, qui n'exclut pas le sérieux et qui est comme la floraison de la bonté ineffable. Madame la duchesse de Morny n'est pas grande et paraît l'être, tant le bel ensemble de sa personne, où toutes les lignes sont arrondies, donne cependant une expression de mignonne et fière sveltesse. La bouche, aimable et bienveillante et d'une distinction suprême, est assez parfaite pour que l'œil de l'artiste soit heureux de ne pas la voir trop petite ; l'œil étincelle et brille sans dureté ; sur le front, où réside une intelligence souveraine, les cheveux châtains s'éclairent d'une lumière blonde, et d'euxmêmes s'arrangent en diadème. Et, modèle désespérant et idéal, dont la façon d'être change sans cesse et se transforme, et qui ne quitte une pose que pour en prendre une plus belle, cette admirable femme, qui eût été reine
dans La Comédie Humaine, s'arrête souvent, par une lutte inconsciente qui pour elle est un triomphe, à l'attitude irrésistible de la Polymnie appuyant sur sa petite main éclairée de rose sa tête jeune et charmante.
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