LES CLOWNS PRICE
Coiffés de toupets rouge feu et bleu faïence, tachetés de chrome et d'écarlate, vêtus de maillots où tantôt flambent Orion et Sirius, où d'autres fois brille une Lyre absurde, ils s'envolent dans les airs, se prennent^ se mêlent, retombent sur le front l'un de l'autre, deviennent un monstre à deux têtes, jouent du violon au milieu de tout cela, s'effacent comme des fantômes, reparaissent étincelants de paillet-
tes et d'astres ; puis, de nouveau, sont lancés, flèches vivantes, par je ne sais quel Arc invisible; et ces adolescents aux visages de Deburau-Apollon flânent violemment dans l'éther, comme des oiseaux, avec le sérieux d'une satisfaction enfantine. Parfois, — nous l'avons tous vu, — ils jouent et se désarticulent le même soir à Paris et à Marseille; j'imagine qu'ils sautent de l'une à l'autre de ces villes, grâce à leurs bonds prodigieux. Des réalistes expliquent cette ubiquité des Price en prétendant qu'ils sont quatre au lieu de deux; mais je hais ces transformations bourgeoises des faits surnaturels t Ajoutez que nos deux clowns sont peintres, musiciens, gentlemen accomplis, et qu'ils lisent dans son propre idiome... qui? le poète des poètes, Homère!