‹ Les Camées ParisiensChapitre 18 sur 54 · DELPHINE DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

DELPHINE DE GIRARDIN

Elle eut la majesté d'une reine.

Et, en réalité, elle fut reine du royaume le plus difficile à conquérir, le plus périlleux à gouverner, le plus impossible à conserver : reine de ce Paris épique, magnanime, railleur, excellent, qui fabrique la poésie de notre siècle et tout ce qui se nomme Esprit dans le monde entier. L'esprit ! ne semblait-il pas qu'elle l'avait inventé, qu'elle en était la souveraine maîtresse et que, par pure bonté d'âme, elle en dispensait

à ses amis la part qu'elle voulait bien leur laisser, sans toutefois appauvrir son rare et fabuleux trésor ? Oh ! lorsque si blanche, si brillante sous sa chevelure d'un blond cendré, véritable couronne dominatrice, dont les longues boucles soyeuses paraissaient être en effet le complément d'un riche diadème, elle donnait ses ordres, son génie, sa pensée à ses ministres, qui n'étaient rien moins que Méry, Théophile Gautier, Arsène Houssaye, Gérard de Nerval et le grand, l'immortel Balzac, comme il étincelait, ce féerique et éblouissant esprit, sur son large front de muse, dans ses grands yeux transparents et doux comme les lacs d'Italie, sur ce nez long, gracieux et si idéale* ment aristocratique, sur les belles lèvres arquées de cette bouche si bonne aux coins malicieux, sur ce menton délicat, sur ces épaules magnifiques, sur cqs bras si splendides qu'on ne pouvait se les représenter autrement que nus, sur ces mains longues, fines et véritablement royales!

Page 1