‹ Les Camées ParisiensChapitre 38 sur 54 · HENRI LITOLFF · texte numérisé non relu

HENRI LITOLFF

Ah ! refus des directeurs, envie des rivaux, haine des imbéciles, travail dans les chambres froides, misère, souffrances de ceux qu'on aime affreusement mêlées à la fièvre de la création, emportements, délires, amours, efforts surhumains, démons acharnés contre le génie de l'homme, malheurs, accidents, ennuis ridicules, crimes du sort! non, impuissants que vous êtes, vous n'êtes pas non plus parvenus à

enlaidir celui-là, et c'est même en vain que vous avez essayé de dénuder son vaste front de poète, sur lequel il y avait une telle chevelure crespelée et farouche que, malgré tout ce que vous en avez arraché, elle est encore inextricable et profonde comme une forêt.

C'est en vain que vous avez plongé dans les joues de Litolff vos doigts furieux comme ceux d'un statuaire romantique; c'est en vain que vous^avez creusé cruellement de vos oqgles ses yeux victorieux, que vous en avez cerclé le dessous et que vous avez voulu rapprocher l'un de l'autre son nez et son menton; en dépit de vous il est beaul Et beau d'une beauté qui n'a rien de trop résigné, car dans ces traits convulsés et calmes habite, cachée en des replis imperceptibles, la rafraîchissante et vengeresse Ironie. Et comment n'y serait-elle pas? car lorsqu'enfin pn eût ouvert à Litolff un petit théâtre, et qu'il y eût fait entrer (comme le cheval de bois dans Ilios) la divine Lyre soigneusement cachée dans l'étui d'un chapeau chinois, il se souvint alors que

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«depuis vingt années, lui fermant obstinément leurs portes , les directeurs ^avaient voulu tuer en lui la virilité de l'art, la puissance créatrice; mais il borna sa vengeance contre eux à composer un chef-d'œuvre de musique bouffe, dont le héros fut la victime de Fulbert, Abélard ! '

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