L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE
La tête bienveillante et pensive de l'Impératrice Eugénie est merveilleusement parée d'une superbe chevelure blonde aux reflets rouges, et les deux boucles tombantes qui complètent la coiffure sont disposées comme celle de Marie-Antoinette. D'ailleurs, dans le port gracieux et noble de l'Impératrice, quelque chose en effet rappelle la démarche de la Reine, et avec l'amère volupté qu'on ressent à accueillir les
pressentiments effrayants, elle se plaisait à accentuer par des détails de costume cette vague ressemblance qui existe seulement dans les attitudes, car F Impératrice a l'air mélancolique et brisé d'une femme qui souffre et que tout désabuse, tandis que Marie-Antoinette était presque roide de majesté et de fermeté. Le front de l'Impératrice paraît plus haut que large. Elle a les yeux d'un brun rouge, très-rapprochés du nez et bridés vers les tempes , ce qui donne au regard quelque chose de fatal.
Ses sourcils épais, mais beaux et droits, se rejoignent. Elle a le nez long du penseur, l'oreille belle et de forme allongée, la bouche d'un beau dessin, presque grande et très-gracieuse, avec un sourire contraint qui toujours accuse de douloureuses pensées. Les joues admirables naguère, maintenant tombent un peu, et le menton, alors trop peu saillant, s'est accentué, de même que la Volonté, qu'il représente, a dû, en des crises imprévues, grandir et se développer soudainement comme une fleur hâtive. Au théâtre ou dans les fêtes,
l'Impératrice adoptant la seule simplicité qui lui fût permise, portait presque toujours un joyau unique, le plus souvent un collier de diamants, dont nul n'a jamais songé à voir même la fastueuse richesse, tant les froides splendeurs des pierreries étaient naturellement effacées par la femme qui les portait, car le juge suprême de la Beauté idéale et vivante, Théophile Gautier!
comparait avec raison aux harmonies des plus belles statues grecques la magnifique ligne de son cou et de ses épaules.
Mesdames, Cy finist la Troisième Douzaine des derniers Camées Parisiens. Les autres ont été faits sous V Empire, et je cisèle ceuxrci sous la République, dont volontiers j'eusse donné ici V image brillante de force, de jeunesse et de joie, que j eusse à mon gré coiffée du laurier invincible, ou de la blonde couronne d'épis, ou du casque d'airain de la guerrière Ântiope, si je n'eusse craint qu'une lettre de M. Bar-
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thélemy Saznt-Hilaire ne vînt me désavouer, et que le Président de la République n'annulât brusquement la décision que f aurais prise, comme il a fait souvent pour celles des conseils municipaux. Et de sa fier e lèvre écarlate, pareille à celle de la déesse Athèna, elle eût semblé dire : « France!
ne désespère jamais, puisque tu es le pays de la cithare et de répée; puisque tues la terre de ceux qui savent travailler industrieusement , et qui tous, pour que tu ne meures jamais, veulent bien verser à flots leur rouge sang, et mourir! »
Novembre 1872.