‹ Les Camées ParisiensChapitre 42 sur 54 · LA COMTESSE DE PARIS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE PARIS

Cette Princesse, dont la tête trèsjeune est aimable, ingénue et comme hésitante , a de beaux cheveux blonds à reflets d'or, qui sont disposés de façon à ce qu'on voie leurs racines, et par derrière forment de belles tresses épaisses et serrées. Elle a le front haut, lisse et un peu fuyant, les yeux bruns, grands et beaux, un peu étonnés. Et si tout le monde est nécessairement un peu étonné au milieu des cataclysmes

effrayants et bizarres que nous traversons, qui a le droit de l'être plus que les princes, qui déménagent de châteaux en châteaux, emportés comme dans un scénario arbitraire de Labiche, qui ont toujours à ouvrir la main pour prendre ou pour lâcher le sceptre, et sur lesquels plane toujours , tantôt envolée et irritée dans la nue , tantôt debout et menaçante derrière un trône, l'ombre silencieuse de l'Exil ? Un nez busqué, une jolie petite bouche aux deux coins retombants, un menton mignon qui ne s'accuse pas encore, peuvent au premier abord faire croire à quelque chose de dédaigneux dans la physionomie de la Comtesse de Paris, tandis qu'en réalité cet air un peu contraint est simplement l'expression de l'incertitude chez une personne qui , pour regarder avec maturité le drame et les acteurs de la Vie, attend que le Destin ait un peu ralenti ses vertigineux tours de roue et prenne une attitude moins paradoxale.

Sur le fond où se détache l'imagé de la jeune Princesse, on doit voir, à côté de ses propres armoiries, celle de la noble

Ville impérissable dont elle porte le nom, ce vaisseau d'argent qui se dessine sur un ciel constellé de lys et qui flotte toujours sans que jamais le flot le puisse engloutir ; et certes il faut qu'il ait été ajusté par un bon constructeur de nefs, pour que tant de boulets aigus n'aient pas pu entamer sa coque nette et luisante, qui brille joyeusement au soleil, comme les boucliers étincelants des argyraspidesl

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