‹ Les Camées ParisiensChapitre 49 sur 54 · MOUNET-SULLY · texte numérisé non relu

MOUNET-SULLY

LÀ Nature, qui se plaît toujours à prouver que les objets de luxe sont indispensables, (et pour voir qu'elle* raisonne ainsi, il n'y a qu'à regarder ses floraisons^ ses troncs morte couronnés de feuillages et ses folles verdures dans les bois,) la Nature a façonné avec le plus grand soin et avec un amour d'artiste, dans cette époque utilitaire!

un jeune homme plus beau qiie Tàlma et qui; sans rienxhanger à son visage,

peut être Hamlet, ou Roméo, ou Oreste, ou Rodrigue. Mounet-Sully est-il un Argien des temps héroïques, ou un seigneur italien du seizième siècle ? C'est comme on veut; il appartient à toutes les époques où les artistes ont su trouver un idéal dans le visage" humain, et 'il fournirait même à Balzac son Lucien de Rubempré en chair et en os, si le grand Inventeur revenait pour faire monter sur la scène la plus chérie d'entre les créatures auxquelles il a donné l'être. Mounet-Sully a un grand front de poète et de penseur, qui serait trop lourd à porter pour les amants de Shakspere ; mais il peut si bien le cacher sous sa noire et débordante chevelure, sombre, soyeuse, superbe, et qui est d'un héros! De très-grands yeux dont le noir est une flamme, dont le blanc est chaud et lumineux, et qu'ombragent de très-près des sourcils d'une ligne presque droite ; un nez osseux, un peu serré, aux narines relevées, mais que l'inspiration ou la passion dilatent; des joues d'une pâleur fauve, aux plans droits qui naturellement s'éclairent;

une bouche de pourpre dont les lèvres sont charnues sans être épaisses, et qui, en s'ouvrant, laisse voir des dents régulières, d'une éclatante blancheur de neige et d'ivoire, sont adoucis par une rare expression de patience et de bonté. Mais un simple froncement de sourcils fait de ce visage volontaire le masque terrible du personnage tragique, dont les yeux alors lancent de sauvages éclairs enflammés, parce que tout a été combiné pour cela. Mounet-Sully porte toute sa barbe, une barbe brune, longue, soyeuse, merveilleusement bien plantée; car, ainsi que le disait Roqueplan, ce n'est rien d'être beau si on ne l'est pas à la mode de son temps, et il fallait que cette pttre médaille syracusaine portât le millésime : 18731

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