‹ Les caméléonsChapitre 11 sur 29 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

EUGENE , Madame DE SAINT-ANGE.

Mad. de saint ange à la Cantonnade.

Aglaée , passez chez mon amie Mad. de Nelfort : dites- lui que je suis très-affligée du malheur qu'elle éprouve; et que, sans le bal où je suis obligée de paroître ce soir , j'aurois été la consoler.

EUGENE

Quoi ! madame^ vous auriez quelque chagrin ?

Mad. de saint-ange de même.

L'Orange ira me chercher le Duc de la Capriciosa Coretta.

Air : De la Pf^alse.

Ali ! fuyons la mélancolie , Rendte a la fois belle et jolie.

Est un secret fie la folie j La gaieté Sied a la lieauté.

Combien ce Dorsan m'enchante î Il rit, da-ose et chante , Son humeur tranchante Est du meilleur ton.

Railleur politique Il parle musique De l'air d''ua Caton.

Mieux qu'un sage de la Grèce, Dorsan , par tendresse.

Dicte a ma jeunesse D'aimahles leçons.

Il joint avec grâce L'adresse a l'audace L'amour aax chansons.

Ah .' fuyons la mélancolie , etc. , etc. EUGENE.

S'il pouvoit entendre l'éloge que vous faites de lui, l'heureux Dorsan

MAD DE SAINT-ANGE

Convenez que c'est un homme charmant.

Je n'oserois pas avoir un autre avis que le vôtre; mais je croyois vous avoir entendu dire qu'il ne jouissoit pas d'une bonne réputation.

T.IAD. DE SAINT- ANGE

C'est possible : mais je lui ai toujours rendu JusticB sur ses qualités aimables ; sur sa tournure , son goût , sa grâce ; et vous avouerez avec moi que c'est un homme essentiel. 11 a choisi la calèche dont mon oncle m'a lait présent.

Air : Prenons d'abord l'air bien rnéchanf.

Je ne la dois qu'à son îjon goût j 11 décida sa forme eïquise, Que semblant m'euvier partout Et la Duchesse et la Marquise.

Enfin , je Aois) quand nous, sortons, Ma calèche, des niieuT vercius , Epouvanter tous les piétons J (bis).

Et désespérer mes amies.

EUGENE

Je n'aurois jamais cru.que de semblables frivolités...

MAD. DE SAINT-ANGE

Ah. vous voilà encore, avec votre morale

EUGENE

Excusez ma franchise, madame ; mais, j'ai peine à comprendre comment vous souffrez les assiduités d'un homme

MAD. DE SAINT- ANGE

Puis-je l'empêcher de m'aimer? et dois-je le chasser de ma présence ! à ce que je puis voir, mon cher Eugène^ vous êtes un peu jaloux ?

EUGENE

Il ne m'est pas permis de l'être.

MAD. DE SAINT-ANGE

Le dépit avec lequel vous parlez de Dorsan....

EUGÈNE

Air : De Thorigny.

Dans sa piquante étourderie ,

Répétant ce que chacun dit,

Il vous trouve aimable et jolie;

Il s'étonne de votre esprit.

Son cœur, dit-il, attend du vôtre

Un aveu qui doit le fixer ;

Mais tout ce qu'il vous dit , tin autre

Met son bonheur "a le penser.

MAD. DE SAINT-ANGE

La déclaration est adroite 5 et je consens à ne m'en

point fâcher.

EUGENE

Que de bontés !

( 17) MAD. DE SAINT-ANGE

Mais, surtout, plus de morale, je vous en conjurei J'ai ma loge ce soir aux boulFons ; vous me donnerez la main. Je vais faire une visite à la petite Comtesse; ma voiture m'attend au pied du grand escalier j mais, je veux , avant tout , embrasser mon oncle.

Air : Vaudeville de Haine aux hommes.

Je vois trop que , malin censenr ,

Vous m'accusez d'être un peu folle.

Mou oncle juge mieux mon cœur : .,■■

Il ne nie croit pas si frivole.

Cette femme , qui dans Paris ,

Aux modes se montre fidèle,

N'a pas encore adopté celle

D'oublier ses meilleurs amis.

Elle sort,

EUGÈNE seul.

Elle m'a regardé serois-je assez heureux! non;

je ne suis point aimé et sa frivolité. ...m'annonce trop.... mais voici déjà nos solliciteurs.

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