SCÈNE VIII
EUGENE , Madame GUILLEMAIN, ANGÉLIQUFî
EMILIE, ADOLPHE, TROTTErWlLLE et
PRUDENT
MAD. GUILLEMAiN.
{Saluant), Monsieur , je suis votre servante. Je vois que nous ne serons pas beaucoup de monde : tant mieux. Ca n'est pas comme chez le Duc de Belval. Je sors de son hôtel , il y a une foule ! Je m'étois fait inscrire depuis huit jours ; eh bien ! je n'ai pas pu lui parler.
(' Trottenville et Prudent arrivent en courant.) TROTTENYILLE s'essuyant le Jront.
Ah! respirons un peu. Quelle fatigue! depuis six lieures du matin , je cours dans les rues de Paris, sans pouvoir rencontrer les personnes à qui je voulois parler.
MAD. GUILLEMAIN Cl paît.
Encore monsieur Trottenville!
PRUDENT
Moi , je viens de la barrière des Vertus chez la maîtresse d'un chef de divisioi» , tjui m'avoit fait espérer un» l.ES CA.MÎ:LjtONS. 2
recommandation ; mais la femme de chambre m'a dit
que Madame n'étolt pas visible pour le moment et
comme je neveux pas me rendre importun
MA©. GUILLEMAIIV ., à part.
Je reconnois bien là M. Prudent.
EMILIE j et J5«g-ene Est-ce ici. Monsieur, que le Comte de Saint- Phar va nous donner audience ?
EUGÈNE
Oui j Bladame.- 11 est occupé à lire une dépêche, qu'il vient de recevoir, et qui paroit très-importante ; au surplus, je vais le prévenir de votre arrivée.
TROTTENViLLE ,pTenant Eugène àpart.
Je me recommande à votre protection. PRUDENT, de même.
• Ma demande est juste 5 et je crois qne , sans vous compromettre /vous pouvez
M AD. GUiLLEMAiN , à Eugène , qui est prêt d entrer chez
le Comte. __
Monsieur, vous qui êtes si oTjTigeant , qui avez tant de belles qualités . si vous. -vouliez seulement dire deux mots en ma faveur à M. le Comte
* ... EUGÈNE
Air : Du Verre.
De ceux (jui veulent parvenir Je sais que vous êtes l'élite :
J'esptîi'e vous faire obtenir Ce que chacun de vous mérite.
Je vais vous servir tour-à-tour :
Fit , pour peu i[ue je'réussisse , .' ' , Le Cowte , avant la fin du jour, -'.; > .')'li'iO?.(fl "illi^lTous aura bien rendu justice
' .jsiijjq iu'. "^o^^v 1 •
, . Le Comte, avant la fan duiour,
( .^r,:vu--'.'.
. ■ Vous f . , . , . .
•IttO''. < Aura Lien rendu justice.
Il Nous C
luqeb ! 30 c ■ ^ t. 1 r .
' Cl r.- hus:tne entre chez Le Comte.
LES 31 Ê MES, excepté EUGEINE.
MAD. GUILLEMAIN
• Il me semble que j'ai déjà eu l'honneur devoir ces ijiessieùrs quelque part ?
TROTTENVILLE.
iVe seroit-ce pas à l'audience du Comte de Renneviller
M AD. GUILLEMAIN
Précisément ! ( à part.) Comme ces gens là ont de l'amtiou ! Toujours dans les antichambres!
PRUDENT à Mad. Guillemain.
Je crois aussi avoir eu l'avantage de rencontrer Mad. ins les bureaux.
IVIAD. GUILLEIVIAIN.
Monsieur y j'y vais souvi'nt. 11 y tant de personnes li se recommandent à moi ! et j'ai tant de plaisir à (liger !
Air : Le Briquet frappe la pierre.
Je vais , pour les gens que j'aime , Porter des jiétitions Et des réclamations j Certes mon lele est extrême.
Malgré mes soins , jusqu'ici , Je n'ai pas trop réussi. ( bit J, Enfin, pour l'Académie Dans mon ridicule j'ai Le placet d'un protégé :
Je cherchois un grand génie Pour l'appuyer,, l'approuver; Je n'ai pas yn le trouver j Non , je n'ai pas pu le trouver.
ADOLPHE
Cela ne m'étonne pas.
MAD. GUILLEMAIN à Adolphe et à Emilie. Quant à monsieur et à madame, je crois que c'est première fois
ADOLPHE
Que nous venons ici.
MAD. GUILLEMAIN à part.
Encore une intrigante ! {haut ) et sans doute madame ent demander }....
EMILIE
Une place pour l'ami le plus intime de mon mari.
Atr ; Vaudeville de CatinaC.
Que refuser à son epouz .■*
Le mien a des amiii sans nombre.
Quand il me les fait plarer tous ,
Croiriei-vous qu'il reste dans roaiLlt ?
Comme il n'est point amliilieux.
Et qu'a Ini'indino il les préfère ,
Il laut que je fasse pour eus
Ce que pour lui je dciruis faire.
EMILIE
J'ai l'honneur de connoitre Monsieur le Comte de* puis bien long-temps. Je sais qu'il ne veut dans ses bureaux que des gens de mérite. Le jeune homme, que je lui présente , est un véritable cadeau que je lui fais, M. Adolphe a tout ce qu'il faut pour occuper une place avec distinction ; il monte à cheval avec grâce j chante à ravir; accompagne sur le violon, comme Kreutzer 3 danse le boléro comme Albert. Le Comte de Saint-Phar sera charmé de le posséder.
ADOLPHE
Voilà bien les femmes. Ce sont toujours les qualités frivoles qni les séduisent.
M AD. CUILLEMAIN.
Moi , ce n'est pas pour l'ami de mon époux que j< sollicite une place. Je suis veuve du mien; mais c'est pour le prétendu de ma nièce.
TROTTENVILLE à patt.
Allons : aujourd'hui c'est pour le prétendu de sa nièce l'autre jour c'étoit pour son cousin germain. EMILIE , à M ad. Gaillemain.
Madame , lorsque j'aurai obtenu ce que je demand
pour Monsieur, si je puis vous être utile Le Comt
a de l'amitié pour moi....
MAD. GUILLEMALN.
Comment donc ? Madame , on ne refuse jamais de offres si obligeantes. { A part ). Je ne la croyois pas ^ aimable. { A Angélique ). Saluez donc , ma nièce. ADOLPHE , bas à Emilie.
Y pensez-vous, Emilie ?
EMILIE , de même.
Rassurez-vous : je ne dirai pas un mot.
MAD. GuiLLEMAîN , viwement. !
A montour, Madame, si je pouvois vous être agréable I si i'osois me flatter d'avoir le bonheur de vous posséd« 1 chez moi , ainsi que Monsieur. J'ai des soirées brillante, où je réunis des élèves eu médecine, des étudians i droit ; l'hyver je donne des petits bals , où l'on s'amu beaucoup ; les mamans y viennent avec leurs jeunes pe sonnes ; on joue à des petits jeux innocens ; et quelqi fo's il en résulte des inclinations , qui finissent toujou
par le mariage. Je n'ai encore établi que quatre demoiselles : eh ! bien , elles ont déjà fait avoir des places superbes à leurs maris.
Air : fers le Temple de l'Hymen.
Grâce aux soins d'un protecteur , La première, en femme sage, Après six mois de ménage , Fit son époux auditeur.
La seconde , aussi bien née , Pour l'honneur de l'hymenée , A fait le sien dans Tannée Chef dans les Droits-réunis ; Kt les deux autres , sans peine , Ont , dans les Bois du domaine, Déjà placé leurs maris.
PRUDENT
C'est une jolie charge.
ANGÉLIQUE
Ma tante, puisque Madame connoît M. le Comte, elle pourra vous être utile pour madame Coquelet , chez qui vous avez été ce matin me louer un Cachemire pour venir ici.
MAD. GUILLEMAIN
Que dites-vous donc j Mademoiselle ?
ANGÉLIQUE
Vous savez bien , cette femme qui vous loue de l'argenterie quand vous donnez à dîner à des protecteurs. MAD. GUILLEMAIN , mettant la main sur la bouche de
sa nièce.
Ah! petite sotte! voulez-vous vous taire ? Qui est-ce
Ïui vous a mis dans la tête toutes ces sottises-là ? ixcusez j c'est encore un enfant.
ADOLPHE, à Emilie.
C'est charmant ! le Cachemire de sa nièce n'est pas à elle.
MAD. GUILLEMAIN
Donner à dîner à des protecteurs ! Dieu merci je n'emploie jamais ces moyens- là.
Air : Vive une femme de tête.
D'une influence asses grande Je de'vrois jouir , je crois.
Il est 'vrai que je demande :
Mais ce n'c!>t jamais {K>ur moi.
PRUDENT
En protégeant le mérite , Go b'eit jamait compruuiit.
EMILIE
Si par fois je sollicite , C'est toujours pour mes «mii.
ADOLPHE
Moi , jamais je n'importune • Je crains de perdre mes pas :
La porte de la fortune Pour moi ne s'ouvrira pas.
TROTTEIVVILLE.
J'ai des procédés honnêtes ; Mais, devant un protecteur.
S'il faut faire des courliettes.
Je suis bien son serviteur.
TOUS J'ai des procédés tonnêtes , etc.