‹ Les caméléonsChapitre 18 sur 29 · LES MEMES , EUGENE · texte numérisé non relu

LES MEMES , EUGENE

EUGENE

Eh bien ! Messieurs , vous devez être moin* affligés que moi. Vous ne perdez que vos espérances : moi , je perds mom emploi.

TROTTENVILLE.

Nous ne perdons rien , monsieur. Si vous nous avez vus quelquefois ici , c'est que nous avons cru monsieur de Saint-Phar digne de notre estime.

MAD. GUILLEMALN.

Des espérances ! Dieu merci ! nous n'en avions aucunes. Quant à moi , je déclare que je n'aurois jamais rien voulu accepter de lui.

TROTTENVILLE.

Je n'ai pas de reproches à me faire. J'ai eu le courage de lui dire la vérité en lace.

EUGENE

Sa disgrâce est méritée ; on ne peut en disconvenir. Je ne sais si vous êtes informés que son successeur est déjà installé ? Vous voyez que , lorsqu'il s'agit d'occuper une place éminente , on ne perd pas de temps.

EMILIE

Eh î bien! espérez -vous qu'il vous gardera près de lui ?

EUGENE

Me garder avec lui ! Cela ne se fait jamais ainsi sur la route de la fortune.

Air : Tout ça passe.

Si quelqu'un , en parcourant

Cette épineuse carrière ,

S'élève dans un haut rang ,

Chacun le suit par derrière.

Tombe-t-il du ministère,

Ses laquais, ses courtisans ,

Son cocher , son secrétaire,

Tout ca tombe ( Ois ) en même temps.

Figurez-vous que le successeur du Comte est son ennemi le plus cruel ; il ne pourroit pas même supporter la vue d'une personne qui auroit eu des relations indirectes avec lui ; jugez d'après cela.

PRUDENT

Cette haine est inconcevable.

EUGENE

Cependant , je viens d'apprendre qu'il alloit donner audience: et qu'il écouteroit les réclamations de chacun.

EMILIE

Est-ce un jeune homme i^

EUGENE

Vingt-cinq ans, à-peu-près.

EMILIE

Tant mieux 5 il y a toujours delà ressource avec les

jeunes gens.

iyL\.D. GUILLEMAIN.

Est-il aimable ?

EUGENE

Très- aimable ; et d'une gaieté charmante. Tout-àl'heure, j'interrogeois un de ses valets, qui m'adonne quelques renseignemens sur son caractère. 11 n'aime que les personnes gaies : un homme d'une humeur triste le feroit fuir aussitôt. Il a des manies originales. Quand ses gens l'abordent , il faut toujours qu'ils rient ou qu'ils chantent. Dernièrement , il a cha.-sé son valet-dechambre , pour, avoir pleuré la mort de sa fe.mme. Du reste , hon)me de tête j grand travailleur ; entendant parfaitement les détails d'une administration.

LES CA.Mi'.I.LONS. 3

EMILIE

Mon Dieu! le vilain homme que votre Saint-Phar! dans quel embarras il nous jette !

JMAD. GiriLLEMAIN.

C'est bien fait. \'oi'à le prix de notre complaisance.

ADOLPHE

Voilà ce que nous avons gagné en prenant ce costume lugubre.

EOTLIE.

Ayez donc du chagrin après cela !

TROTTEAYILLE.

Que cela nous serve de leçon. J'espère qu'aucun de nous ne sera plus tenté de se prêter aux caprices des grands; et quand nous parlerons tout-à-l'heure au successeur du Comte 5 que ce soit avec l'indépendance des gens qui se respectent.

PRUDENT

M. Trcttenvilie a raison ; il ne faut jamais flatter personne.

TROTTENVILLE.

Air : Contredanse de la Gentille.

Plus de crainte , De contrainte , Agissons sans crainte, Et ssns feinte , Que cliaciin l'orénavant I\e suive ici mie son penchant.

ADOLPHE

Plus de lâche complaisance.

EUGE.\E.

Si vous changez si proniptement , j

C'est que le plaisir en France IVaqiiil , (lit-on, du changement.1

TOCS.

Plus de crainte , etc.

Ils sortent.

EUCEIVE.

Je les tiens. Mais j'aperçois Dorsan ; laissons-le prendre au même piège. // rentre chez le comte.

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