LES MEMES , EUGENE
EUGENE
Eh bien ! Messieurs , vous devez être moin* affligés que moi. Vous ne perdez que vos espérances : moi , je perds mom emploi.
TROTTENVILLE.
Nous ne perdons rien , monsieur. Si vous nous avez vus quelquefois ici , c'est que nous avons cru monsieur de Saint-Phar digne de notre estime.
MAD. GUILLEMALN.
Des espérances ! Dieu merci ! nous n'en avions aucunes. Quant à moi , je déclare que je n'aurois jamais rien voulu accepter de lui.
TROTTENVILLE.
Je n'ai pas de reproches à me faire. J'ai eu le courage de lui dire la vérité en lace.
EUGENE
Sa disgrâce est méritée ; on ne peut en disconvenir. Je ne sais si vous êtes informés que son successeur est déjà installé ? Vous voyez que , lorsqu'il s'agit d'occuper une place éminente , on ne perd pas de temps.
EMILIE
Eh î bien! espérez -vous qu'il vous gardera près de lui ?
EUGENE
Me garder avec lui ! Cela ne se fait jamais ainsi sur la route de la fortune.
Air : Tout ça passe.
Si quelqu'un , en parcourant
Cette épineuse carrière ,
S'élève dans un haut rang ,
Chacun le suit par derrière.
Tombe-t-il du ministère,
Ses laquais, ses courtisans ,
Son cocher , son secrétaire,
Tout ca tombe ( Ois ) en même temps.
Figurez-vous que le successeur du Comte est son ennemi le plus cruel ; il ne pourroit pas même supporter la vue d'une personne qui auroit eu des relations indirectes avec lui ; jugez d'après cela.
PRUDENT
Cette haine est inconcevable.
EUGENE
Cependant , je viens d'apprendre qu'il alloit donner audience: et qu'il écouteroit les réclamations de chacun.
EMILIE
Est-ce un jeune homme i^
EUGENE
Vingt-cinq ans, à-peu-près.
EMILIE
Tant mieux 5 il y a toujours delà ressource avec les
jeunes gens.
iyL\.D. GUILLEMAIN.
Est-il aimable ?
EUGENE
Très- aimable ; et d'une gaieté charmante. Tout-àl'heure, j'interrogeois un de ses valets, qui m'adonne quelques renseignemens sur son caractère. 11 n'aime que les personnes gaies : un homme d'une humeur triste le feroit fuir aussitôt. Il a des manies originales. Quand ses gens l'abordent , il faut toujours qu'ils rient ou qu'ils chantent. Dernièrement , il a cha.-sé son valet-dechambre , pour, avoir pleuré la mort de sa fe.mme. Du reste , hon)me de tête j grand travailleur ; entendant parfaitement les détails d'une administration.
LES CA.Mi'.I.LONS. 3
EMILIE
Mon Dieu! le vilain homme que votre Saint-Phar! dans quel embarras il nous jette !
JMAD. GiriLLEMAIN.
C'est bien fait. \'oi'à le prix de notre complaisance.
ADOLPHE
Voilà ce que nous avons gagné en prenant ce costume lugubre.
EOTLIE.
Ayez donc du chagrin après cela !
TROTTEAYILLE.
Que cela nous serve de leçon. J'espère qu'aucun de nous ne sera plus tenté de se prêter aux caprices des grands; et quand nous parlerons tout-à-l'heure au successeur du Comte 5 que ce soit avec l'indépendance des gens qui se respectent.
PRUDENT
M. Trcttenvilie a raison ; il ne faut jamais flatter personne.
TROTTENVILLE.
Air : Contredanse de la Gentille.
Plus de crainte , De contrainte , Agissons sans crainte, Et ssns feinte , Que cliaciin l'orénavant I\e suive ici mie son penchant.
ADOLPHE
Plus de lâche complaisance.
EUGE.\E.
Si vous changez si proniptement , j
C'est que le plaisir en France IVaqiiil , (lit-on, du changement.1
TOCS.
Plus de crainte , etc.
Ils sortent.
EUCEIVE.
Je les tiens. Mais j'aperçois Dorsan ; laissons-le prendre au même piège. // rentre chez le comte.