SCÈNE XXI
DORSAN , MAD. DE SAINT-ANGE
WAD. DE SAINT-ANGE
Elle sort en riant de l'appartement du Comte sans voir
Dors an.
Ah! ah! le tour est charmant , ( apercevant Dorsan) , Voici Dorsan de la prudence. ( Haut) Éh! bien, monsieur ^ qne faites-vous donc là ?
DORSAN
Madame j'allois ( à part ).Quel embarras ? que lui
dire ?
MAD. DE SAINT-ANGE
Ne m'ofFrirez-vous pas la main ce soir au bal d.^ la Baronne !
DORSAN, à part.
Bon : elle ignore la disgrâce du Comte.
MAD, SAINT-ANGE, à part.
Seroit-il dupe aussi de la ruse d'Eugène ?
DORSAN
Je croyois qu'un mortel plus heureux que monsieur
de Franval
MAD. DE SAINT-ANGE
Vous savez bien le contraire.
DORSAN , à paît.
Je ne pourrai jamais rompre avec cette lemme^là.
MAD. DE SAINT-ANGE
Vous paraissez inquiet , triste.
DORSAN
Ah ! madame , n'en accusez que vous. L'indifférence avec laquelle vous m'avez traité tantôt , ne m'a que trop prouvé
MAD DE SAINT-ANGE
Que vous a-t- elle prouvé, monsieur?
DORSAN
La témérité de mes vœux.
MAD. DE SAINT-ANGE
Est-ce que vous devenez modeste ?
DORSAN
Ce sera votre ouvrage.
MAD. DE SAL\T-ANGE
Dites plutôt que cet amour , dont vous me parliez sans cesse ^ n'était qu'une ruse adroite....
DORSAN
Une ruse! Quand vos mépris Ah! ne m'accablez
pas. Jugez plutôt , madame , jusqu'où va votre empire. Si le plus grand sacrifice peut vous prouver l'excès de mon amour^ connoissez-moî.
Air : // m'en souvient long-temps ce jour. ( D'une Ilenrc de Mariage)
Quand du plus tendre sentiment Ma Louche trahit le mystère , Sensible aux soins d'un antre amant , Vos yeui m^ordonnoient de me taire.
De suLir cet arrêt fatal Aujourd'hui j'aurai le courage :
Et je vous cède mon rival.
Peut-on vous aimer davantage ?
MAD. DE SAINT- ANGE j à parf.
Il sait tout j amusons-nous à ses dépens^
Air : J'ai vu le pâmasse des dames.
Pensez-vous (jue d'un tel outrage Je ne puisse pas me venger ?
DORSAN
J'ai ^clques vertus en partage ; Vous n'avez pas su me juger.
Mais , les gens les plus estimables Sont écoutés bien rarement;
Et ne sont pas les plus aimables
MAD. DE SAINT-ANGE
Vous êtes un homme charmant.
DORSAN
Cette ironie cruelle
MAû. DE SAINT-ANGE, avec dignité.
Ne vous y exposez plus , Monsieur
Air ; Quand Vénus sortit de l'Onde. Je fus légère, élounlie, Long-temps chez moi la folie IV'a trouvé que trop d'accès.
Dorénavant je promets De n'accueillir la visite.
Tant mon esprit est changé , Que des hommes de mérite
DORSAN , à part.
Bon ! j'ai reçu mon congé !
Madame de Saint- Ange sort.