PICARD, DORSAN
PICARD j arrangeant des papiers.
Classons ces papiers : que tout soit bien en ordre.
DORSAN , arrivant par la porte du fond. Ah ! ah ! coquin ! te voilà déjà à ton devoir !
PICARD
Je n'avois pas l'honneur d'apercevoir M. Dorsan.
DORSAN
Quand tu étois à mon service tu n'avois garde d'être si exact.
PICARD
Le premier jour qu'on remplit un emploi
DORSAN
Eh ! bien ! es-tu content de ta nouvelle place ?
PICARD
Enchanté , Monsieur 5 et plus que jamais pénétré d© reconnoissance pour vos bons offices. Me voilà , grâce à vos soins, sorti de la classe obscure de.s domestiques, et lancé , en qualité d'huissier , dans les bureaux de M. le comte de Saint-Phar. Quelle différence dans mes attributions !
Aie : Une Jî lie est un oiseau.
J'ai de bons appointemens.
Au lieu Je inoilcsles gages j
Je ne vois yilus les visages
De créaiicirrs assonians.
Duc , banquier , l'emn\e tilr^e , i
Chacun ici paie enli''e ,
Je ne cours plus en livrée
Porter ou lettre ou poulet.
En noir je donne audience.
DORSAN
EnOn , liormis l'insolence , Tu d'»s plus rleu dVn valet.
PICABD.
Tenez , mon cher maître, depuis que j'ai eu l'honneur de vous servir, le démon de l'ambition s'est emparé de moi : et si vous avez toujours la bonté de me protéger, je crois que je ferai mon chemin.
DORSAN
Continue à m'instruire exactement de tout ce qui se passe dans l'hôtel du comte; et je ferai quelque chose de toi , mon enfant.
AlH : Voulant par tes œuvre: complètes.
En t'enrictissant, j'aime a croire Que , malgré la comniune loi , Tu ne perdras pas la mémoire De ce que lu lus près de moi.
PICARD
En douter , c'est me niéconnoître j Je serois , dans cinq ou six ans ,
Un des plus rusés courtisans
Que vous seriez toujours mon maître.
DORSAN
C'est bien : que j'épouse madame de Saint-Ange , et je t'assure... .
PICARD
Cette jolie veuve ? la nièce de M. le comte de Saint- Phar ?
DORS.iN.
Précisément.
PICARD
Excusez ma réflexion; mais ne vous êtes-'^t)us pas aperçu que le secrétaire de M. le comte, Eugène de Franval
DORSAN
Eh ! bien !
PICARD
N'étoit pas indifférent à madame de Saint-Ange ?
DORSAN
Quelle idée !
PICARD
Monsieur le Comte l'honore de sa confiance : il a même beaucoup d'amitié pour lui. L'aimable secrétaire est de toutes les fêtes.
DORSAN
Allons', tu n'es qu'un sot Eugène ne porteroit pas
si haut ses prétentions. Que m'importe , après tout ? tu dois me connoître atsez pour savoir que je ne suis pas
amoureux de la nièce du Comte ; et que le désir de parvenir à un emploi brillant est le seul motit' qui me fasse rechercher sa main. Son oncle vient d'être nommé à une place éminente; elle est jolie; un peu coquette; et mon mariage avec elle doit me mener atout. Voila comme sont les femmes, mon cher; ou elles font faire des lolies à leurs amans , ou elles les conduisent à la fortune çt aux honneurs. A vingt ans nous faisons des extravagances pour elles ; plus tard, nous leur en faisons faire.
PICARD
Si cela est, épousez donc bien vite madame de Saint- Ange.
DORS.iN.
Cela ne tardera pas.
PICARD
Surtout , Monsieur , ôtez tout espoir à ce petit Eugène.
DORSAN
Laisse moi faire : il n'est pas dangereux.
Air : Traitant l'amour sans pitié.
Ce petit monsieur, -vraiment , Dont la réserve m'irrite , Waccorde rien qu'au mérite j Il refuse "a tout moment.
A le flatter on s'applique :
Le sot, a. cha(jue supplique Répond , en style gothique , I/équité , voila ma loi \
Aux vertus je rends service
Ce petit caion novice
N'a jamais rien fait pour raoi.
Aussi , je le déteste de tout mon cœur,
PICARD
Monsieur , le voici.