‹ Les caméléonsChapitre 5 sur 29 · PICARD, DORSAN · texte numérisé non relu

PICARD, DORSAN

PICARD j arrangeant des papiers.

Classons ces papiers : que tout soit bien en ordre.

DORSAN , arrivant par la porte du fond. Ah ! ah ! coquin ! te voilà déjà à ton devoir !

PICARD

Je n'avois pas l'honneur d'apercevoir M. Dorsan.

DORSAN

Quand tu étois à mon service tu n'avois garde d'être si exact.

PICARD

Le premier jour qu'on remplit un emploi

DORSAN

Eh ! bien ! es-tu content de ta nouvelle place ?

PICARD

Enchanté , Monsieur 5 et plus que jamais pénétré d© reconnoissance pour vos bons offices. Me voilà , grâce à vos soins, sorti de la classe obscure de.s domestiques, et lancé , en qualité d'huissier , dans les bureaux de M. le comte de Saint-Phar. Quelle différence dans mes attributions !

Aie : Une Jî lie est un oiseau.

J'ai de bons appointemens.

Au lieu Je inoilcsles gages j

Je ne vois yilus les visages

De créaiicirrs assonians.

Duc , banquier , l'emn\e tilr^e , i

Chacun ici paie enli''e ,

Je ne cours plus en livrée

Porter ou lettre ou poulet.

En noir je donne audience.

DORSAN

EnOn , liormis l'insolence , Tu d'»s plus rleu dVn valet.

PICABD.

Tenez , mon cher maître, depuis que j'ai eu l'honneur de vous servir, le démon de l'ambition s'est emparé de moi : et si vous avez toujours la bonté de me protéger, je crois que je ferai mon chemin.

DORSAN

Continue à m'instruire exactement de tout ce qui se passe dans l'hôtel du comte; et je ferai quelque chose de toi , mon enfant.

AlH : Voulant par tes œuvre: complètes.

En t'enrictissant, j'aime a croire Que , malgré la comniune loi , Tu ne perdras pas la mémoire De ce que lu lus près de moi.

PICARD

En douter , c'est me niéconnoître j Je serois , dans cinq ou six ans ,

Un des plus rusés courtisans

Que vous seriez toujours mon maître.

DORSAN

C'est bien : que j'épouse madame de Saint-Ange , et je t'assure... .

PICARD

Cette jolie veuve ? la nièce de M. le comte de Saint- Phar ?

DORS.iN.

Précisément.

PICARD

Excusez ma réflexion; mais ne vous êtes-'^t)us pas aperçu que le secrétaire de M. le comte, Eugène de Franval

DORSAN

Eh ! bien !

PICARD

N'étoit pas indifférent à madame de Saint-Ange ?

DORSAN

Quelle idée !

PICARD

Monsieur le Comte l'honore de sa confiance : il a même beaucoup d'amitié pour lui. L'aimable secrétaire est de toutes les fêtes.

DORSAN

Allons', tu n'es qu'un sot Eugène ne porteroit pas

si haut ses prétentions. Que m'importe , après tout ? tu dois me connoître atsez pour savoir que je ne suis pas

amoureux de la nièce du Comte ; et que le désir de parvenir à un emploi brillant est le seul motit' qui me fasse rechercher sa main. Son oncle vient d'être nommé à une place éminente; elle est jolie; un peu coquette; et mon mariage avec elle doit me mener atout. Voila comme sont les femmes, mon cher; ou elles font faire des lolies à leurs amans , ou elles les conduisent à la fortune çt aux honneurs. A vingt ans nous faisons des extravagances pour elles ; plus tard, nous leur en faisons faire.

PICARD

Si cela est, épousez donc bien vite madame de Saint- Ange.

DORS.iN.

Cela ne tardera pas.

PICARD

Surtout , Monsieur , ôtez tout espoir à ce petit Eugène.

DORSAN

Laisse moi faire : il n'est pas dangereux.

Air : Traitant l'amour sans pitié.

Ce petit monsieur, -vraiment , Dont la réserve m'irrite , Waccorde rien qu'au mérite j Il refuse "a tout moment.

A le flatter on s'applique :

Le sot, a. cha(jue supplique Répond , en style gothique , I/équité , voila ma loi \

Aux vertus je rends service

Ce petit caion novice

N'a jamais rien fait pour raoi.

Aussi , je le déteste de tout mon cœur,

PICARD

Monsieur , le voici.

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