SI
aux conjectures. Il devient évident que la foi des mariniers aura place jadis sous l'invocation de la Sainte- Vierge, le plus élevé de ces pics, haut d'environ quatre cent mètres. Cette explication est d'autant plus vraisemblable que la navigation offrait en cet endroit, de grandes difficultés attestées sans doute par plus d'un accident. On a dû remédier de nos jours à ce dangereux état de choses, par l'établissement d'un canal dont les lignes froides et symétriques ne laissent pas de nuire à l'expression du paysage.
Il était d'usage autrelois de se taire conduire en bateau de Dcville aux « Dames de Meuse », ou bien l'on suivait i\ pied la route qui longe le fleuve. On apercevait sur la rive gauche la fonderie Mairu ; l'on passait devant les forges de la grande commune appartenant à M. Jacob, et de la petite commune à MM. l'aure de Kevin et l'on arrivait il Laifour avec un appétit qui heureusement trouvait toujours largement à se satisfaire chez M""-" Rousseau, dont l'auberge est située sur la rive droite de la Meuse, en face du pays groupe sur l'autre bord. La fête n'eut pas été complète en effet si l'on n'avait mangé une excellente matelotte dans cette maison avenante et proprette où les sociétés en partie fine étaient toujours sûres de trouver bon accueil, linge blanc, et bouteilles cachetées. Je ne sais si M""' Rousseau préside en:orc .\ la direction de ses four-
neaux ; mais il est à croire, en tout cas, que les bonnes traditions de la maison se sont fidèlement conservées.
Tout près de l'auberge, dans la montagne même à laquelle elle est adossée, on voit sourdre une abondante source d'eau ferrugineuse à laquelle on arrive facilement, grâce au chemin pratiqué, à travers la roche et les broussailles, par les soins de l'administration forestière.
Ces eaux ont quelqu'analogie avec celles de Spa ; mais la déperdition qu'elles subiraient en bouteille et par le voyage a jusqu'ici empêché qu'on les exploitât. Je ne sais si leurs vertus curatives sont de nature à tenter un jour quelque hardi spéculateur; mais ce ne sont pas les séductions du pays qui manquent, et peu de stations thermales sont plus avantagées sous ce rapport.
Dix minutes de vapeur et nous voici à Revin. Le train nous dépose en plein quartier industriel, un quartier neuf encoie, quoique tout noir, dont la proximité de la gare explique le rapide développement. Toute la vie commerciale s'est concentrée la, et il s'y est formé comme un pays nouveau qui a son nom particulier « la Bouverie ». Quand le voyageur, assourdi par le bruit des machines, a traversé le Revin industriel, il passe un pont suspendu d'un jet hardi et arrive au vieux Revin par une rampe d'où l'on jouit d'un spectacle inoubliable. Cette rampe aboutit au point d'intersection des deux rues principales de Revin,
l'une, la rue haute, qui longe le sommet du coteau parallèlement au cours de la Meuse, l'autre qui coupe transversalement la ville et descend jusqu'au pont du bas-llevin, rencontrant, à mi-côte, la mairie et les deux ou trois grosses maisons des plus anciennes et plus importantes familles du pays. Par cette artère a lieu le transit, bien minime aujourd'hui, que le chemin de fer a laissé au roulage à destination de Fumay et au-delà. Revin n'a donc d'accès et d'issue que par ses deux ponts, et figure une presqu'île dont la forme est exactement celle d'un jambon. Cette petite ville compte 3000 iiabitants. Elle dépend de l'arrondissement de Rocroy, — ce qu'elle admet sans conteste, — et du canton de Fumay — ce h quoi elle se résigne moins volontiers ; car il existe entre les deux pays une rivalité qu'explique le chiffre à peu près égal de leur population. Il y a encore entre eux un autre motif de jalousie : c'est que Fumay doit à l'exploitation de plus en plus active de ses ardoisières une prospérité croissante , tandis que Revin, dont le port a eu autrefois de beaux jours, a perdu toute son importance. Voici la raison de cette déchéance.
La Meuse, après avoir enroulé la ville de son clair ruban, revient toucher presque son point de départ, au pied de la montagne de Malgré-tout, de la Faligeotte, une des plus élevées et des plus imposantes de cette chaîne qui nait .\ Charleville pour s'infléchir ;\ Vireux et mourir ;\ Givet. Au moyen d'un canal souterrain, long de 550 mètres, qui coupe cette étroite langue de terre, on évite ;\ la batellerie le circuit énorme (cinq kilomètres) qu'elle était obligée de faire pour doubler la presqu'île de Revin ; mais en même temps on a fait de Revin une île véritable isolée du mouvement de la marine, et l'on a ruiné son port devenu le refuge des bateaux au radoub. Le bas Revin n'a plus cette animation que lui donnait autrefois la mouvante flottille amarrée à ses quais. Heureusement les bienfaits de la voie ferrée ont compensé en partie ces mécomptes en appelant sur un autre point la vie industrielle du pays. Les forges, les chantiers de la Bouverie sont venues employer
£iux travaux métallurgiques tous les bras inoccupés. Les rivages du bas-Revin, solitaires et silencieux désormais , n'ont plus de charme que pour les amoureux et les rêveurs. La Meuse y coule, dans sa limpidité fraîche, avec une paresse lente qui berce voluptueusement le regard et la pensée.
Les origines de Revin sont des plus anciennes , une charte de Pépin-le-Bref, datée du 13 août 763, constate son existence à cette époque : « Nous confirmons à l'abbaye de Prum, dit le Roi dans le corps de l'acte, la possession et jouissance d'une troisième Celle (chapelle, prieuré) avec tous Ses revenus et dépendances, laquelle se nomme Ruvinio et a été construite en Thonneur de Sainte Marie » (i).
Comment se fait-il que ce petit coin du pays de Lomence, caché au fond d'un amphithéâtre de montagnes, ait occupé ainsi les pensées du Roi des Francs ? Ici, la légende reparaît, et voici ce que M. l'abbé Dunaime, ancien curé de Revin, actuellement archiprêtre de Sedan, a raconté d'après la tradition conservée dans le pays (2).
Un fils naturel de Pépin serait venu passer ses jours à
(1) Confirmamus igitur et tertiam Cellam ad ipsum sanctissimum locum, quae dicitur Ruvinio, in pago Lomense, super fluvium Mosœ, qu» est constructa in honore sanctas marias, Cum omni merito et appendiciis suis.
(2) Revin et le père Billuart, par l'abbé S. Dunaime, curé de Revin. Paris, Périsse frères, 1858.
Revin dans la solitude et la prière, sous le nom de Prince Colimé. Il habitait un château, situé au bas du versant septentrional de la colline, le château de la Close où le prince avait dérobé le mystère de son origine. Ardemment pieux, il avait fait construire une route qui conduisait en droite ligne au prieuré de Notre-Dame où il aimait à aller prier. Cette route existe encore, mais à l'état de sentier fort étroit, la ruelle Colimé.
A quel endroit précis se trouvait cette antique chapelle de Notre-Dame? il est facile de l'établir, car la ruelle Colimé aboutit directement à l'ancienne égUse paroissiale dont la sacristie seule subsiste encore, au milieu du cimetière. C'est donc sur l'emplacement de cette éghse qu'était la Celle àc Ruvinio. L'on s'explique alors pourquoi, malgré la difficulté de son accès, les habitants, par un respect pieux pour le berceau du pays, ont maintenu là l'église paroissiale jusqu'en 179 1, année où la commune prit possession de l'église du couvent des Dominicains expulsés par le décret de l'Assemblée Constituante, et pourquoi, aujourd'hui encore, malgré une montée assez rapide et une distance de cinq cents mètres, on y conduit, comme autrefois, les dépouilles des morts.
Revin comme Fumay, dont il a toujours suivi les destinées, a successivement appartenu aux comtes de Hainaut, au duc de Bourgogne, Piiilippe-le-Bon (1433), au comte de Porcien, aux ducs d'Arschot, au prince de Chimay (1600). Ce fut en 1675 que Louis XIV s'en empara lorsqu'il conquit Dinant, Huy et Limbourg.
Le prince de Chimay fonda â Revin, en 1649, aux lieux où s'élevait jadis la résidence du prince Colimé, un couvent de Dominicains qui fut supprimé en 1790. Les bâtiments conventuels servaient encore il y a quelques années, de maison d'école et de presbytère. L'église abbatiale est devenue paroisse de la ville après l'expulsion des religieux. La décoration intérieure consiste en boiseries sculptées d'un beau travail ; la chaire est assez remarquable. On voit au maître-autel une peinture qui n'est pas sans mérite.
Elle représente le martyre de saint Pierre de Vérone et est signée : « André Prœd. (prœdicatorum, Frères prêcheurs) pinxit 17 14 ». On a placé, à l'entrée du chœur, la statue en marbre du R. P. René Billuart, théologien fameux né à Revin, qui passa la plus grande partie de sa vie au couvent des Dominicains et y mourut le 20 janvier 1757, ainsi que l'indique une pierre tumulaire au pied du grand autel. La statue agenouillée du religieux a été inaugurée en 1858. La famille du célèbre Dominicain n'est pas éteinte dans le pays. Les Revinois qui portent encore son nom continuent à l'honorer par leurs sentiments et leurs vertus. Un incendie causé par la foudre a dévoré en 1885 le vieux couvent, les écoles, le presbytère, les voûtes de l'église et le clocher qui n'est pas autrement à regretter, car il était du plus pauvre style et du plus vilain effet. Les dégâts occasionnés par le sinistre sont en partie réparés ; mais le bâtiment en bordure sur la Meuse est resté à l'état de ruine, et le superbe tableau qu'offrait Revin, vu du chemin de Falière, y a beaucoup perdu.
Il y a peu de misère à Revin, relativement à sa population. C'est la commune la plus riche de France. Elle possède 3433 hectares de bois; on vend tous les ans des coupes bien aménagées pour environ 90,000 francs. Longtemps les habitants n'ont subi d'autres impositions que les centimes ordinaires qui pèsent sur toutes les communes de France. Il a fallu le gouvernement à bon marché pour qu'ils fissent connaissance avec les centimes additionnels. On y jouissait de l'instruction gratuite bien avant le vote de la loi de 1882. C'est aux dons de ses anciens seigneurs que Revin devait tous ces avantages. La commune consacre tous les ans de vingt à trente mille francs de bois pour affouage aux habitants ; ce qui fait environ vingt-cinq francs par tête (11 y a environ mille participants), n'est-ce pas un véritable pays de Cocagne ?
Fort attachés à leurs coutumes locales, les habitants de Revin fêtent annuellement le patron du pays par une intempérance de danses et de ripailles dont je n'ai pas été
seulement le témoin oculaire. Toutes les classes de la population se confondent ces jours-là dans la solidarité du plaisir. Est-ce l'effet du voisinage du pays des kermesses ? Est-ce le résultat de l'éloignement de tout centre important qui condamne les populations riveraines de la Meuse, entre Charleville et Givet, à n'avoir d'autres distractions que celles qu'elles savent se créer surplace ? Toujours est-il que Revin se distingue, entre tous les pays voisins, par la durée et l'animation qu'il donne à ce joyeux et bruyant chômage. La Fête de Revin — la Ditcasse, comme on dit dans le Nord, la Dicaiise, comme on prononce en patois, — garde une physionomie aussi originale que piquante.
Les danses, fanfares, banquets, sans parler des chevaux de bois, spectacles forains et jeux divers, se prolongent toute la semaine avec un ordre et un accord que garantit d'ailleurs la bonne organisation de la fête. Deux commissaires choisis par le Maire, parmi les jeunes gens d'une bonne conduite notoire, recueillent les souscriptions de leurs camarades. La cotisation est fixée h cinq francs. Moyennant ce modeste déboursé, la jeunesse des deux sexes est défrayée de musique et de bals jusqu'à épuisement de toute énergie chorégraphique. On danse dès l'aprèsmidi ; on redanse le soir ; et quatre fois dans la journée, une musique enragée, louée ad hoc et qui vous en donne pour votre argent, parcourt les rues. Aux sons du piston, gardons et filles sortent des maisons et suivent la longue farandole. Les danses finies, ou pour parler plus exactement, à chaque suspension du bal, les musiciens, toujours souffiant, toujours raclant, ramènent la bande joyeuse qui se désagrège lentement devant les logis où les mamans chargées du service de la cuisine, attendent, sur les portes, le moment de poser la soupière sur la table ; car les jambes ne s'arrêtent qu'à l'iieure où les estomacs fonctionnent et ceux-ci ne sont pas moins surmenés que les jarrets. Ce qu'il se consomme de tartes et de brioches, sans compter les morceaux plus résistants, pendant ces formidables noces de Gamachcs est chose inimaginable. Il n'est pas d'enfant
du pays, si éloigné soit-il, qui en cette circonstance ne rejoigne le foyer paternel, et les familles sont au grand complet. Plus d'un mariage se noue pendant ces jours de liesse ; les jeunes filles arborent des toilettes toutes fraîches et flambantes ; les grands parents rajeunissent un peu dans l'entrain de la joie générale, et les maisons ellesmêmes se remettent à neuf et s'égayent extérieurement au moyen d'un éblouissant badigeon.
Chaque jour de fête — détail caractéristique par le temps qui court — commence par une messe ; car ces honnêtes populations n'ont pas encore prêté l'oreille aux sarcasmes des commis-voyageurs en propagande radicale qui trouvent ces pratiques arriérées. Le dimanche d'après la Nativité, une messe solennelle ouvre la fête. Le lundi, c'est la fête dite « de la jeunesse ». Le mardi, on dit une messe pour la confrérie de Saint-Nicolas ; le mercredi c'est le tour de la confrérie de Saint-Éloi. Le Vendredi les jeunes filles pour remercier la jeunesse masculine qui a fait les frais de la « dicause », rendent en quelque sorte la politesse aux garçons et ce sont elles ce jour-là qui les invitent. Les danses ont lieu chaque jour dans un endroit différent de la ville, afin que chaque quartier participe aux profits de la fête. Le mercredi, le bal a lieu en contre-bas de la route de Fumay dans la prairie, quand elle n'est point trop mouillée. Le samedi et le dimanche, adieu la galanterie. C'est fini de sauter. Les jeunes gens se livrent à corps perdu aux jeux de boules qui se prolongent sur la place fort avant dans la nuit, à la lueur des feux de paille ou de torches de résine. C'est d'un eff'et singulier. Les gagnants reçoivent des oies qu'ils promènent triomphalement par les rues, musique en tête, avant de les déposer dans les auberges où tout finira par des banquets et des chansons. Ces jeux de boule se renouvellent, de dimanche en dimanche, jusqu'au grand Rosaire (premier dimanche d'octobre) où une messe et des repas pantagruéliques clôturent définitivement la fête jusqu'à l'année suivante.
La charge des deux commissaires appelés « Capitaines
de la Jeunesse », parcs du chapeau à cornes panaché de plumes, de l'cpée et autres insignes, n'est pas une sinécure ; car c'est à eux qu'incombe la liquidation des comptes de la fête qui, en cas de déficit, se règlent parfois à leurs dépens.
J'ai dit quel incivcillciix tableau saisit le voyageur qui, après avoir traversé la Bouverie, s'engage sur le pont de Revin. Pour peu que le ciel ajoute à la beauté sévère du motif, les enchantements accidentels de l'effet, c'est un éblouissement. De vieilles maisons en pierres frustes, ;\ toits d'ardoises, s'échelonnent, s'accrochent comme elles peuvent sur le coteau, dont les pentes rocailleuses, noircies de poussière de mine, coupées de jardinets en terrasses, descendent jusqu'à la rivière. Au milieu de ces habitations bizarrement enchevêtrées, et les dominant toutes, se dresse une maison qui présente une certaine allure dans son délabrement fier. Trouée, lézardée comme le pourpoint de don César de Bazan, elle montre encore, parmi ses pans de bois et ses murailles en torchis, des vestiges d'une construction plus noble Les grès du soubassement, une porte cintrée,
une haute fenêtre à meneaux encadrée de pierres taillées attestent une splendeur déchue. Les gens du pays y ont connu une clouterie. Elle est tellement ouverte à tous les vents que les loustics de la rue l'appellent par dérision « le château des hirondelles ». Je l'ai aussi entendu nommer « la maison des Espagnols ». Cela indiquerait qu'elle a servi jadis d'habitation a quelque sbire du duc d'Albe, au temps où les Flandres étaient sous la domination de Philippe II. On sent qu'elle a un passé, une histoire, et l'imagination est toute prête à lui créer une sombre et mystérieuse légende. Rien de pittoresque, de coloré, de truculent comme cette carcasse romantique. En ai-je été féru, de cette cambuse ! Pour elle, j'ai refait le voyage de Revin, et toujours j'étais là sur le rivage, tournant le dos au fleuve, dessinant, peignant, repeignant la maison des Espagnols, m'en emplissant les yeux et la mémoire, observant encore le soir , au soleil couché , les modifications successives des tons et des valeurs jusqu'au moment où elle entrait définitivement dans le grand mystère de la nuit.
Des filets de pêcheurs qui séchaient au vent précisaient le caractère semi-maritime du motif, et des commères qui remontaient péniblement aux maisons, de lourdes cruches à la main, des chevaux qui allaient s'abreuver, des troupes d'oies et de canards qui s'ébrouaient, disaient assez le voisinage de l'eau. Au fond, les murs de soutènemeni de la rampe qui conduit à Revin semblaient les formidables remparts de quelque ville biblique. C'était grand, large et sévère.
En aval du pont, c'est un tableau tout différent, plein de grâce et d'une verdure énamourée. A peine dégagée du rocher à pic sur lequel s'élève le pavillon carré à grands combles, débris de l'ancienne paroisse du pays, qui sert aujourd'hui d'oratoire au cimetière, la Meuse s'attarde, avec des paresses de lac, dans la prairie d'émeraude. Elle va chercher l'ombre et la fraîcheur au pied d'un massif de saules emportés qui projettent leurs branches^ sur les eaux endormies, comme un bouquet d'artifice. A droite,
quelques aulnes sveltes, à demi dépouillés, moment droit dans le ciel, opposant leur fine structure aux épaisses frondaisons qu'ils équilibrent. On rêve auxTempés antiques devant ce paysage élyséen où la Meuse et la montagne de Faux prennent des allures de Pinde et de Penée.
Le fleuve passe ensuite devant les forges et fonderies de Saint-Nicolas, un des établissements les plus importants de la contrée , appartenant à M. Henri Morel. Là il reçoit le ruisseau de Faux qui alimente l'usine et le laminoir ; puis il s'annexe le rû de Falicre où l'on voit un pittoresque moulin en ruine, va battre de son flot clair le vieux couvent des Dominicains, longe les quais du bas- Revin et passe sous le pont suspendu qui débouche sur la route de Fumay. II y a encore de ce côté, pour le touriste placé rive gauche, sur le chemin de Falière, un tableau des plus enchanteurs. A droite, c'est la masse sombre de l'ancien couvent aujourd'hui découronné de ses combles imposants; à gauche de belles roches, aux tons riches et variés, soutiennent et balancent la composition ; au milieu, le fleuve, paisible et lent, reflète dans son miroir de cristal la montagne du Mintch aux lignes si pures et si belles. Qiiel site ravissant avaient choisi les bons religieux ! Quel séjour enchanteur pour ces hommes de paix et d'étude, et comme la prière devait avoir de beaux élans et de douces eflusions dans ce coin paisible !
On a pu voir parce que j'ai dit plus haut, ;\ propos de la fête patronale de Revin, que le sentiment religieux est encore vivace dans ces populations d'origine wallonne. Qiielquefois , dans de petites niches grillagées, creusées dans le flanc des rochers, au bord des routes, un saint Roch, un saint Nicolas, un saint Hubert ou une bonne vierge grossièrement enluminés s'oflVent au respect du passant. Il n'est pas rare de rencontrer quelque chapelle, poussée en plein champ comme une fleur humble et suave. J'ai vu de ces monuments de la foi des ancêtres ;\ Fumay, à Hierges, à Revin, où la chapelle du Han située à la lisière d'un bois, à un kilomètre à peine du pays est, de la
part des habitants, l'objet d'une vénération particulière (i). C'est, pour beaucoup, le but d'une pieuse promenade. Quelques dévots à la Vierge y vont faire leur prière chaque matin, avant de se mettre à l'ouvrage, pour sanctifier la journée. C'est la première grande joie des convalescents quand, après de longues heures de souffrances, ils peuvent se traîner jusque-là, en manière d'actions de grâces. On prie sous le porche, les yeux fixés sur l'autel que l'on voit à travers deux petites ouvertures à verre dormant ; car la porte est fermée et la clé confiée à une sorte de sacristaine qui l'ouvre seulement à certains jours déterminés.
(I) La chapelle du Han a été bâtie en 1704 par Jean Billuart, curé de Revin qui en faisait volontiers le but de sa promenade. L'église de Revin était située
De pauvres vieilles se tiennent en permanence sous le porche, un gros livre à la main, toutes prêtes à dire des « pater » et des « ave » pour le compte du prochain , moyennant une minime rétribution laissée à la générosité des personnes. Elles se mettent alors en oraison à l'intention des gens qui leur ont donné procuration pour cela. Parfois des amoureux se font réciter des chapelets pendant qu'ils s'en reviennent, par le bois, la main à la taille. Je n'aiïirme pas que ce soit aussi eflicace; mais c'est encore prier que de charger quelqu'un de le f;iire pour nous, et je ne sache pas que le bon Dieu ait encore supprimé le remplacement comme l'ont fait nos législateurs militaires. Cela mettrait les pauvres femmes en retrait d'emploi et ce serait dommage.
Tout en peignant la chapelle encadrée dans la montagne de Faux, avec son porche-abri et son clocheton branlant, je m'intéressais à ces diseuses de patenôtres, et gagné sans doute par l'exemple de leur foi naïve, par la sérénité du lieu, je demandai à l'une d'elles, nonagénaire pour le moins, de prier pour les êtres chers restés h\-bas i la maison. Je le fis en toute simplicité de cœur et sans le moindre ferment d'irrespect. C'était en même temps une façon de dire à la bonne vieille : « Ne bougeons plus » et de lui payer sa pose ; car, pendant qu'elle marmottait son pieux grimoire, j'esquissais sur ma toile sa dévote silhouette, avec sa coiffe rébarbative et le gros livre à tranches rouges ouvert sur ses genoux. Je trouvai ce jour-là une douceur singulière à peindre ainsi dans la paix et le silence, sous un tiède ciel bleu de septembre, dans le léger frisson du bois, pendant que mon modèle appelait sur « les miens » les grâces d'en haut.
L'ascension de la montagne de Mintch (dite aussi Malgré-tout), la sauvage rivale des Dames de Meuse (i),
alors, comme nous l'avons dit, au milieu do l'emplacement du cimetière actuel, et le presbytère était un peu plus bis, à \i première maisou de b Vaux là-haut, eu descendant de l'église.
(i) Le Mintch a 450 mètres an-dessus du niveau de la nier et les DaniCJ Je
— 2éé —
s'impose au touriste qui veut se faire une idée exacte de la topographie du pays. On gravit cette montagne aux flancs accidentés par une belle route à lacets d'où l'on plane sur une vaste étendue de la région ardennaise : forêt, pics, pla" teaux, vallons, depuis les Mazures jusqu'à Fumay, depuis Monthermé jusqu'à Rocroy.
Rocroy mérite qu'on s'y fasse conduire. D'abord le trajet est fort joli. La route longe le ruisseau de Faux et la vallée de Misère qui nous a paru mériter un nom moins lugubre. Puis, comme type de ville morte, Rocroy est curieux à visiter. Nous engageons surtout les personnes qui ne sont jamais contentes du pays où la destinée les a attachées à y aller passer quarante-huit heures. Quand elles connaîtront ce chef-lieu d'arrondissement où de la place centrale on voit les deux portes de la ville, au bout de l'unique rue où circulent quatre chats dont deux fonctionnaires, je vous jure qu'en comparaison de cette ville caserne, — à moins qu'ils n'aiment beaucoup les militaires — les gens les plus portés au changement trouveront du charme à leur résidence et seront à jamais réconciliés avec elle.
Rocroy (i), situé sur un des plateaux les plus élevés de France, passe pour très froid. Il n'a pas volé sa réputation. J'en ai fait personnellement l'épreuve. Le soir d'octobre où j'y couchai, je grelottais effroyablement dans mon lit. J'eus beau entasser sur la couverture mon paletot, mon pantalon^ mon gilet, ma cravate, la descente de lit, et jusqu'à mes bottes ; j'eus beau enfiler mes chaussettes, mon caleçon, mon tricot, impossible de rappeler le degré de calorique nécessaire au fonctionnement réguUer de notre
Meuse 402, mais celles-ci sont plus verticales et baignent leur pied dans la rivière qu'elles dominent de 270 mètres.
(i) Rocroy (sous la république Roc libre) ; fortifications de Vauban percées de deux portes; 800 habitants dans l'enceinte (2,900 avec les écarts) ; 1,200 hommes de troupes La ville se compose d'une grande et unique rue qui va d'une porte à l'autre, avec une vaste place au milieu, autour de laquelle se trouvent les monuments publics : église, tribunal, prison, mairie, etc. L'église assez richement ornée a un autel à b.ildaquin dans le goût un peu lourd du XVII* siècle.
pauvre machine. J'étais glacé comme un poisson. Le sommeil, ami d'une douce chaleur, me fuyait obstinément. Aussi saluai-je comme une délivrance les premières lueurs de l'aube. Je sautai du lit avec un soupir de soulagement et courus, selon mon habitude, tirer les rideaux de la fenêtre pour jouir au plus vite des surprises du paysage. Mais je n'eus d'autre surprise que de trouver la croisée ouverte derrière la draperie qu'une camériste, bien intentionnée, mais distraite, avait soigneusement déployée pour me préserver des courants d'air. Je ne m'étonne plus maintenant s'il fait si froid à Rocroy.
Sous certains rapports, Fumay ne le cède en rien à Revin. La Meuse leur fait i\ tous deux une ceinture moirée et ce doit être une charmante promenade de suivre la rive du fleuve h l'entour de Fumay. Je m'étais toujours promis ce régal ; mais j'ai tant de peine à quitter mes bons amis de Revin qu'il me reste tout au plus le temps de noter, sur les feuillets de l'album, quelques rapides souvenirs de ce pays si pittoresque. Fumay, c'est comme un livre affriolant dont j'ai parcouru le sommaire i la hâte et que je n'ai jamais eu le loisir de savourer page à page.
Vous vous rappelez ces féeries du théâtre du Châtelet où l'on transporte successivement le spectateur dans le
royaume des poissons, dans le royaume des pierres précieuses et autres empires de fantaisie. A Fumay, nous sommes dans le royaume de l'ardoise. C'est en effet une ville bâtie en ardoise, pavée en ardoise, avec des montagnes d'ardoises sur la tête, des carrières d'ardoise sous les pieds. Jusque dans l'air qu'on y respire, il y a de la pdussière d'ardoise. Quelques maisons et l'église sont construites en moellons de couleur jaunâtre tirés aussi des carrières du pays ; mais tout cela se fond dans une symphonie lilas tendre d'une finesse incomparable. Fumay apparaît au voyageur, comme un décor grandiose d'une coloration bien particulière et d'une étrangeté saisissante autant qu'inattendue.
En face de l'auberge du Cheval-Blanc où j'avais pris gîte, règne une allée de tilleuls séculaires, appelée le pâtis, conduisant â une petite chapelle dédiée i\ saint Roch. On dit que le bon saint envoie des maris aux jeunes filles qui le prient avec ferveur. Ne nous étonnons donc pas si l'humble chapelle est l'objet d'un culte empressé. Cent mètres plus loin, vous n'avez qu'à franchir un petit ruisselet pour vous trouver en Belgique. Lâ s'est établie une cantine ou espèce de bazar où l'on vend non-seulement des liqueurs et du tabac, mais toutes sortes d'articles plus ou moins soumis aux droits. Les ouvriers des ardoisières voisines trouvent
une légère économie à venir y boire et y manger; et pas un touriste ne manque d'en rapporter quelques cigares ou autres objets de contrebande. Mais ce dont je ne me lassais pas, c'était de contempler le panorama merveilleux dont on jouit de l'allée en terrasse dont je viens de parler.
Sur la droite, la ville émerge d'un nuage de vapeurs bleuâtres où étincellent des points lumineux ; un cirque de montagnes schisteuses la domine de tous côtés et l'on a devant soi les chantiers des ardoisières où manœuvrent tout un monde d'ouvriers occupés à la taille des ardoises, au cubage, à la livraison, au chargement des bateaux pendant que leurs camarades extraient la matière brute au fond des puits et des galeries souterraines. De place en place, scintille la Meuse qui dessine coquettement, au milieu de tout cela, ses gracieux méandres. J'avais sous la main un tableau tout agencé, à proximité de l'auberge. Je m'étais promis de l'aller peindre, et oncques n'ai plus reparu. En ai-je fait de ces tableaux en Espagne qui jamais ne verront le jour !
Au-delà de Fumay, le chemin de fer passe ;H Haybes qui exploite des gisements ardoisiers. Ici, le paysage change subitement de caractère. La chaîne de roches aux stratifications bizarres plaquées de verdures s'abaisse ; la vallée s'élargit et le rail-way court jusque près de Givet dans un pays uniformément plat.
La Meuse — ce Rhin réduction Collas — a aussi ses ruines et ses burgs. Entre Vireux et Givet, on aperçoit, à gauche, pendant quelques secondes, les ruines imposantes du château d'Hierges, propriété du duc d'Arenberg, prince de Chimay, de la famille des comtes de la Marck. Les tours et courtines de ce château gothique ont été percées à la fin du XV* siècle de hautes fenêtres à meneaux et croisillons. La brique employée à ces travaux postérieurs produit, mêlée à la pierre grise de la construction primitive, un effet très pittoresque.
La carcasse de l'édifice a seule résisté aux ravages de l'incendie qui le dévora en 1793. Si vous voulez le visiter,
il faut descendre à Vireux et vous y faire conduire en voiture, à moins qu'une double étape de trois kilomètres (six kilomètres aller et retour) ne vous fasse pas peur.
Givet , chef-lieu de canton de l'arrondissement de Rocroy, compte environ 4,500 habitants et se compose de deux groupes principaux que sépare la Meuse. Le plus considérable, situé sur la rive gauche, forme Givet-Saint- Hilaire. C'est la ville officielle. Elle est adossée à d'imposantes roches calcaires que couronne la forteresse de Charleniont. L'agglomération, établie sur la rive droite, nommée Givet-Notre-Dainc, constitue la ville industrielle dont les usines utilisent la rivière d'Houille. Les étymologistcs prétendent que le nom de Givet vient des ^/rtW ou radeaux que les habitants construisaient avec les bois flottés que l'Houille amenait dans la Meuse. Nous ne contredirons pas les étymologistcs.
La forteresse enserre la ville dans un réseau compliqué de bastions , de fortins , de poternes et autres maussades inventions du génie militaire. Des cordons de murailles descendent de la montagne et se rattachent aux ouvrages qui bordent la Meuse. Sur la rive du fleuve s'élèvent encore quelques tours surmontées de leur toit pointu. Ce fut vers 1550 que Charles-Quint décida la construction sur ce point stratégique d'un fort qui s'appela Charlemont, du nom de son fondateur.
Louis XIV obtint la cession de cette place par le traité de Nimègue (1678), et chargea Vauban de compléter les fortifications de Charlemont conformément aux exigences nouvelles de l'art militaire ; mais Vauban lui-même est vieux jeu aujourd'hui et il est à croire que l'on a mis Charlemont à la hauteur des progrès contemporains. — Est-ce bien progrès qu'il faut dire ?
Givet est à deux kilomètres de la Belgique. Il suffit d'ailleurs de regarder le clocher d'un goût flamand trèscaractérisé pour s'apercevoir que nous touchons à la terre étrangère. Dans ses « Lettres sur les bords du Rhin » Victor Hugo s'égaie aux dépens de ce singulier morceau d'architecture. Il le compare à un bonnet d'avocat surmonté d'un saladier renversé sur lequel on aurait posé un sucrier supportant une bouteille... Sur la bouteille, un soleil emmanché dans le goulot par le rayon inférieur vertical et enfin, sur le soleil, un coq embroché dans le rayon vertical supérieur... On se demande en effet si c'est un architecte ou un équilibriste qui a échafaudé ce grotesque édifice. Disons toutefois que l'église rachète par de remarquables verrières et de belles boiseries les malsaines excroissances et les étranges renflements de son clocher.
Quant à la ville, avec ses rues bien percées, son pont de pierre dû à Napoléon I", sa promenade de la place verte ornée de beaux platanes et d'une gracieuse fontaine, elle n'a guère de monumental que ses vastes casernes. Givet peut se prévaloir d'une certaine importance industrielle. C'est le centre le plus actif de la fabrication des cuirs. Je connais beaucoup de gens qui n'ont pas besoin d'aller s'approvisionner si loin. La production annuelle des tanneries de Givet est considérable. A la tannerie, dont elle utiHse les débris, se rattache la fabrication de la colle forte qui donne lieu à un chiffre important d'aff"aires.
Enfin Givet est la providence des dessinateurs sous la forme du crayon Gilbert, sorte de plombagine artificielle dont le moelleux et les qualités ne sont pas inférieurs aux
graphites naturels du Cumbcrland. Les culotteurs de pipes ne doivent pas moins de reconnaissance que les artistes à cette petite ville industrieuse qui travaille activement à leurs jouissances; car la fabrication des pipes occupe, à Givet, un grand nombre d'ouvriers. L'argile employé vient des environs d'Andenne en Belgique.
Givet exploite en outre des carrières de pierre calcaire connue sous le nom de Pierre de Givet. C'est une espèce de marbre commun susceptible de recevoir quelque poli et qui forme, en couches épaisses et inclinées, à peu près toute la masse des montagnes voisines de Givet. Nous ne citerons que pour mémoire les usines de cuivre dont la prospérité va toujours grandissant, pour signaler un avantage qui sera, croyons-nous, bien autrement apprécié du touriste. Givet est renommé pour la beauté de ses femmes, et afin d'établir formellement que je ne parle pas à la légère et sous l'impression de quelque galant souvenir, j'appuie mon assertion sur la grave autorité de Malte-Brun. L'auteur du « Voyage dans les départements Français » s'exprime ainsi : « La seule chose dont les yeux sont frappés à Givet, c'est la beauté du sang. Il est aussi rare d'y rencontrer une femme laide qu'il est souvent difficile ailleurs d'en trouver une jolie... ». Comme à Charlevillc, en effet, elles ont les fraîches carnations des Flandres avec un type plus fin ; et elles joignent à cela généralement un réjouissant embonpoint qui faisait dire devant moi à un commis-voyageur : « Givet est remarquable par sa colle et ses femmes fortes ». Toujours loustics, ces rois de table d'hôte !
Givet n'est pas moins fier des hommes éminents auxquels il a donné naissance que de ses belles femmes. Le plus célèbre de tous est Méhul qui naquit en 1763 et mourut à Paris en 18 17. Doué, comme cela arrive fréquemment chez les musiciens, d'une étonnante précocité, il tenait déjà, à dix ans, l'orgue du couvent des Récollets de Charlcmont, et à douze ans, il fut nommé organiste-adjoint de la riche abbaye de Laval-Dieu. Un modeste buste consacrait, sur une des places de Givet, la mémoire de l'auteur de
Pbrosine et Mclidor, du Jeune Henri, de Joseph,son chefd'œuvre ; mais on a jugé le buste insuffisant pour ce compositeur qui élargit le champ de l'école française et que Wnaner, dans sa correspondance, reconnaît pour un de bes maîtres. Une souscription nationale a réuni les fonds nécessaires à l'érection d'une statue. L'œuvre de M. Croisy (né à Fagnon, Ardennes) a été exposée au salon de 1890 et n'attend plus, pour être inaugurée, que les beaux jours et les convenances des discoureurs officiels chargés de solenniser ces sortes de cérémonies.
Givet compte encore parmi ses enfants un graveur de talent, Joseph de Longeuil (né en 1733, mort à Paris en 1792). Il est surtout connu par les charmantes vignettes qu'il a composées pour les métamorphoses d'Ovide, les œuvres de Voltaire, de Dorât, et pour les contes de La Fontaine, édition des fermiers généraux.
Nous aurions voulu poursuivre notre route au moins jusqu'à Dinant, où l'on recueille un dernier écho de la légende des quatre fils Aymon dont Monthermé et Château-Regnault ont évoqué le souvenir. On voit en effet, près de cette ville, une roche qui s'élance vers le ciel, haute et svelte comme une aiguille. On l'appelle « La roche à Bayard » (en patois « Roc à Bayau »). Elle est ainsi nommée en mémoire du cheval des quatre fils Aymon, qui, portés par leur fidèle coursier, vinrent chercher là, dans une caverne impénétrable, un refuge contre les troupes de Charlemagne lancées à leur poursuite. Il ne faut donc pas confondre le cheval de la légende avec le chevalier sans peur et sans reproche. La mémoire de ce héros est d'ailleurs toujours vivante dans les Ardennes où l'on ne saurait oubfier que Bayard sauva Mézières en 15 21, en forçant l'armée de Charles-Quint à lever le siège de la ville.
Nous voici au terme de notre voyage ; et pourtant n'estil pas fâcheux de s'arrêter en si beau chemin, quand les grottes de Han nous attirent avec leur mystère inquiétant et leurs merveilleuses architectures de stalactites,
quand la cloche du bateau à vapeur, amarré au quai de Dinant, nous appelle pour nous conduire à Namur, à Huy, à Liège, à travers les paysages les plus gracieux ou les plus sévères ? Poursuivez donc votre route, vous tous qui avez du loisir. Moi, je retourne à Revin où, dans un coin de verdure, un ruisseau pierreux et moussu m'a donné rendez-vous. Le peintre n'est-il pas irrésistiblement ramené aux lieux où il a déjà goûté les douces accointances dn travail! Il est de ceux qui aiment mieux encore revoir que voir, comme certains esprits délicats trouvent plus de charme à relire qu'à lire.