‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 17 sur 112 · PLAN N" I · texte numérisé non relu

PLAN N" I

EvhHie 1 : IJ:î« [\m'

BATAILLE DE VÉKONE 67

cinq heures du soii% ces colonnes, sorties de Lef^nago, garaisisaient, par un dt^ploienient précipilfî, Pespace compris entre t'Adigi* ot le canal Busî^e, Et les Français, venus h leur rencontre, pliaient sous le nonibn% retrogrudaienl à Test, mais sans désordre* La i" colonne autrichienne pouvait traverser le canal, marcher en doubles lilos et rejeter à gauche* de San-l*i(4i'o un n'^ginuinl frani;ais et les Polonais, Les bataillons allemands ut latent tenter de coup<*r, par une manœuvre aussi habih' qu'audacieuse, la retraite aux contingents républicains, attardés dans Angiari.

Montrichard arrivait uu gatop et tentait d arrêter Tassaillant à gauche de San-Pietro,

Avec des soldats fatigués, hésitants devant d'ardues besognes, les généraux dure ni se mettre au premier rang. On massa plusieurs compagnies derrière Tabri d un large fossé. Là, Fennemi, butant sur les baïonnettes soudainement allongées, s'arrête, recule. Bientôt ramené à lassaul, il emporte la position. Dessus, Vigne a été tué, Richepanse et Gardanne sont blessés ainsi que les adjudantsgénéraux Buget et Latdche. Montrichard a perdu son cheval; 40 officiers, tombés sous les balles autrichiennes, demeurentiJans le fossé. Les uns blasphèment; les autres se battent et ne veulent pas

-i bataiLluns de |^renadiera, 2 esicadrons de Lnbkowitjï-dragons, En soutien : ;î batailluns de içrenadiers gI 4 tJi^itdrons Lobkowilz;

DivUion Mert/inlin : 3 Imiaiilons de Wartenslebeîi, l batjiiUoa lie Furs^lenber^, i h-ntaillan dp LâUennann, ^escailrons KaraUehuydragonâ, 1 i^^cadron \VuNiL<4er-1kUîi3iardï4. (£ii souUin : A baUillous de Preiss, 2 escadrons Karaté hay;

Division Somarivn : 3 bataiiltm» de ?îadaskv. 1 escadron Wurm- Aer. Eti si.iutieii : 3 baladions Thurm et 3 bataitloiis de Pre^ky [Cffhi^r Chtistelet\ p* 14)*

m LKS CAMPAfiNES DR !709

de qiiaiiier. On abandonne trois canons, la moilif^ d'un pont et des milliers de c arlouolifs. La tt^rreur accompagne les survivants. EL la cavalerie teiiU, dans letï terrains marécageux, de violents mais vains e (Forts pour convrir la retraite. A Sa n- Pietru mOnie, lu deuxième colonne autrichienne se précipita iluns le ilane gauche ties vaincus qui, en foule linrlante,HccrMérèrent leur marche versCerea.

La S*' colonne autrichienne longeait et remontait l'Adige par la rive droite. Son chef faisait dt*ployer 4 eo m papui es derrière les tH^r*^es, unitr*s qui s*avançaient résolument sur les bois couvrant Anfriari* Arrêtée h la lisière, décimée, cette troupe ne pénétrait tlans le village qu'au sixième Hs^aut donné, et grâce a la diversion opérée par 1 bataillon venu de Stin-Pictro, Ce qui sYH"hap[>ait des défenseurs d*Angiai'i. pouvait passer, dans rohscnrité, à travers les lif^nes de la T" colonne allemande ^

Uans la nuit, sans être assailli, M ont richard parvient à opérer sa retraite jusqu'à Cerea. Il met ce bourg en état de défense. H esté an mi lieu des blessés, entouré d'un état-major consterné, laissé sans nouvelles du centre de Tarmée, le divisionnaire envoie un rapport à Seherer et se demande en lui-même quelle serait, le lendemain. Fattitude de sa division, devant Tcnnemi, après qu*<dle avait fourni tant d'elTorIs, inutilenieiiL 11 sV*ll'raie, à la pensée (rune catiistroplie.

J, r>on»irii»ç li|#||)||^||fé« ft In nuit. île Kmy avnil fnit reUrer ses Iroiïfif^. pourlâilt VÏClatlPése^. dnm Lf^fintimi v\ >\ir la rivt- irmicUf* (\e I Artige, fin RpïirrnaAt <(iie sa droite iiVTiil éie battue îif'ai^treTifîiï. MUpporl n runbichic Charles, dût** de Vérone-, le aW niarî. Ar^^h, Guerre, de Vienne,)

BATAiixf: m: véronk ti^

Dans cette journée, Tinipré voyance de Sclit^er avait causé un échec. En laissant à Peschieni un pont sur lequel il eût passé l'Adige, à deux heur+^s du soir, pour pénétrer dans Vérone, le général *^n chef commit une faute qui sauva le corps autriclii(»i! engagé contre Moreau. Celui-ci et Sérurier iih'^ritaient Tadmiration de Parmée vaincue.

L'armée française eut 4.6(» hommes tués ou blessés; elle ne perdit que 900 prisonniers'. iHins son rapport, le marquis de Chasteler déclare que l'armée autrichienne fut diminuée de 1.008 mojts, 3.512 blessés et 2.031 prisonniers'. Et il écrit judicieusement: « Si le général Scherer avait su jjjoii-

i. Du moins ce sont les chiffres indiqués dans un rapporl ritr C.hasteler. Scherer écrivit au Directoire : « Nous avons pris 2 imnl-c sur TAdige, 12 pièces de canon, 2 drapeaux, environ 4.000 uiisnnniers. L'ennemi a, en outre, laissé sur le chaujp de bataille plus de :{.000 morts et un grand nombre de blessés. » Exagéraliuiiii. Scherer indique ainsi ses pertes: 3.000 hommes tués ou blessés, tiéru rier avait eu 5 tués, dont l officier de la 18*. Moreau avait eu 1.200 hommes mis hors de combat dans les 2 divisions Vict**r et Hatry : ce dernier déclarait 88 tués, i85 blessés et 269 ])risonnJcrs, Montrichard avait perdu 1.500 hommes; Deimas et Grenier, 1,U00: cela fait, au total, 3 855 tués ou blessés. (Arch. (iuerre.)

H faut publier ici les pertes de nos alliés, ignorées de M. Duoiii^ et de Jomini. La 2" légion polonaise, forte de 2.28(i honinms^ \' bataillon : 800 ; 2- : 700 : 3- : "86, eut : le 1" bataillon, 1 aUlcier tué, le lieutenant «iodebski qui, arrivant de Pologne e1 si*rrant, sur le champ de bataille, la main de son frère, fut tué (fiiri boulet de 4; du même bataillon, 200 sous-officiers et scrldnt» furent tués ou blessés. Le 2" bataillon perdit son chef, Lilpozinski, et le «-olonel Darewski, un vieillard, l'ami de RosciiHki», et 150 sous-officiers ou soldats. Le 3* bataillon perdit le capiUdnt* Koziowski et \p lieutenant Zelinski tués, avec 400 hommes Imy^ blessés ou pris, (iiisioirt* des Léffions polonaises en Italie, p«i' L. Chodzko, JI' vol.. p. l33-3i.)

2. (yorps de Legnago : 1 officier-major, 2 officiers subalterfi**«t 78 bas officiers tués ; 1 \ officiers blessés et 572 soldats : 1 officier et 71 soldats faits prisourders; 79 chevaux tnés ou blessés;

Le corps du général Kaiui perdit, devant Vérone : 2i0 niopis, 1.296 blessés et 1.063 prisonniers;

Dans et autour de Pastrengo, on perdit 641 morts, 1.379 blessés et 1.516 prisonniers. (Cahier Chasteler, p. 15, 16, 17 et 18. j

LE» CAMPAr.NES DE 1799

terdc^ï^ faiit(*s de la première disposition prise par lès Autrichiens, il aurait envahi l'Italie après le conihnt dv Vt^rone, car il avait 42.000 soldats pour en attnqut*r 2liftK}qui étiuentvers le hautAdige. »

NO r VEAUX ÉCHKCS

Concentration dea Aulricliiens autour fie Vérone. — Scherer ne sait quel parti prendre. — Lu ltos df raniiée française chanpe tie camp. — Marche vers Arc oie. — Fatigue et décourageinent de la troupe. — Sérurier veut occuper Vérone. — lï est repoussé. — Bataille de Mag^nano. — Diffi cultes éprouvées par la divisiott Delmas^. — Mort du général l*iion. — Les isoïdaU républicainB abandonnent la ligne de TAdi^e. pui» celle du Mincio.

De Kray se rendit compte, dans la soiri% du 2iï mars, du danger qu'il pouvait courir si Tarmée autrichienne rt>stail formée ni deux gros corps. Aussi, pour empécht^r Scherer de tirer quelque profit d'un avantage remporté a F*astrengo, le général donna, la nuit môme, des ordres de mar* ctie. Seulement 4*(Xh3 hommes restèrent comme garnison à Legna^o, Un pareil nombre t^e rangea sur le bas Adiffe. Les autres troupes» réapprovisionnées et munitionnées, prirent la rotite de Vérone, par Aréole, Vilknova et Vago. Donc, 35.*JmJ combattants sï' échelonnèrent, dès le 27, autour de Vérone, petite armée que vinrent bientôt grossir de nouveaux renforts tirés de la Slvrie, à la hâte.

En attendant que M. de Mêlas, le généralissime^ parût et prît telles dispositions qui lui paraîtraient

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iiécoiàsiurés ptiur vaincre rennemi, Chasleler fit garni !■ la ehaussée qui porte les villages de Santa- Lucia et de Saû-Massimo d'un cordon de troupes diflicile h forcer. On accumula, sur ces points, de l'îiitillerip otd<^s munitions ; el une garde vigilante y fui mon 1 1^0.

Sur le eluimp de bataille, les Autrichiens creusèrent lie grandes fosses pour ensevelir les morts trouvés on tas. Par humanité, ils prodiguèrent des soins et des consolations aux blessés qu'on trouva abcuidonnés dans les sillons. Sans distinclion dégrade, sans avoir séparé les Français des Allemands, ces nialheun^ux peuplèrent les cinq hôpitaux ouvoils à Vérone et toutes les heures, un prêtre sonna ie ^las h San-Zeno, pour les officiers trépassés.

Quand >L de Kray, ayant reçu les nouvelles inslruciiuns iln Conseil Aulique, cherchait par queUe nianu^uvre it jiourrait tourner les Français, dans la plaine de Villafranca, Scherer montrait une incertifndc fatale i\ la guerre, en laissant ses divisions iinmoIjiloH dans les mauvais cantonnements pris le 27 mars.

Dix rapport!^ le prouvent : aucun mouvement nV*!si ordonné les 27, 28, 29, comme si l'armée se trouva il loin tl*' Tennemi. Dans un conseil de guerre terni le 2N, Sclierer proposa aux généraux de passer i'Adige à La Sega, de cheminer vers Caldiero a travers les montagnes, de descendre par un à-droîte sur hi roule de Vicence, point où l'on pourrait livrer une bataille décisive. Moreau et Maubori, chef de génie, lui représentèrent que ni rarlillcrie ni la cavalerie ne pourront traverser les Aljïrs. Alors, Finfanlerie se trouvera

NOl VK.U'X KCÏIIÎ'.S

sans appui et inférieure en nombre h l'ennemi.

Renonçant ausssitôt h son premier projet, le général en chef Véulallerà Rorico^ pour y jeter un ponL En ce lieu, on pouiTaiir(*nou vêler cette athique si bien conihinée que Boniiparle dirij^ea vers Arcoie, le 15 novembre HiMU Kvoquer Bouaparle, cela console dans ces jours de tristcj^se. Scberer obtient russentiment de ses lieutenants, et, le 30, niulaisèment, on achemina vers Lcgnago 2 divisions et le pont de bateaux reîsté, depuis le '2i\, h Peschiera, Dans les terres détrempées, Tarmee française doit accomplir des man'hes et contremarcbes <|ui peuvent tromi^er l'en ne mi sur sa destinât inu dt'finitive.

Ayantaliiindonni'^ brusquement Villafranca. elle le réoecupi* six lunires plus tarnl ei ptM'd dedîuis, le 1" avril, 29 ofliciers, 500 liommes et 2 pièces de canon enlevées par Hohenzollern. L'audace que les Autrichiens ont n^ontré dans celte allaire indi(|u»* leur désir de livrer une nouvelle bataîlb*. Mais obérer veut iuicnn* les prévenii". Il les altaquera, le 5 avril.

Sérurier, resté au pontdo Polo, doubb* Ie2n mars, pour assurer Fai-eoniplissi^inent de nouveaux proj«*ts, a voulu, le î:Jiï, s'avancer sur Vérone, a^ir isolément *. Dès six beurcs du malins son avant-pirde, forte iU' l-TiOO hommes conduits par tiareuii, iloil attaifuer Pescantina, à droite. La colunm* Meyer forme le soutien; 6JKJ0 I^Van^ais, qui ont pu faeile-

i. tt Scherer avail ernscnl de faire flesrendrn le» deux j^nuila ih bateniJi ii la hauteur tl*? lîiiasolenfiu, pour fac^ililer la r?i[iiilité des fïjM'ratiùrjs. MaU on ne trouva mis flu bateliers ccmnaisaanl le cuiirs d<,' rAdi^o t^ui (ius-?ent tliriger cette opération.» (Arcli. O u erre. Mémo irei4 hu$taHf{uei»T n- 118,)

mcni passer le tleuve, longent et descendent la rive gauche de TAdige ; ils enl^vent, devant Bussolengo, desi collines garnies d'artillerie et de tirailleurs.

Au bruit île la fusillade crépitant sur un vaste espace, les AuLricdiiens massés dans le camp de Parona prennent les armes et s'établissent, par une concentration remarquablement exécutée, leur gauche à TAdige, leur droite aux montagnes de Vérone- Bientôt la garnison de Vérone renforce ce corps de bataille; 15.(KX) Autrichiens s'avancent à la rencontre des Français, qui plient, au bout d'un quart d*heure, sous le choc des grenadiers d'Elsnitzetde Fi'r*hlich, Ces grenadiers s'enfoncent, tel un coin, au centre de la division Sérurier; et, cette division traversi^'e, ils courent vers les ponts de Polo, seulement gardés par un demi-bataillon, 100 cavaliers et 3 pièces de canon; la résistance de cette réserve eilt ét(^ prompte nient brisée sans l'arrivée du 7' dragons et des dragons piémontais qui purent arrêter lV*lan du vainqueur.

Teniint rarrière-garde, enveloppée, la 18*' légère se défentlit héroïquement; 300 hommes de ce corps, que le ca|>itainp Berger conduisait, traversèrent plusieurs Ijm taillons autrichiens pour aller passer TAdige à Rivoli, sur des barques ; mais deux bataillons resti'^rent prisonniers ^ Entraîné dans la débandade, Sérurier sauva les débris de sa division en faisant eonler les pontons devant les bataillons de Weber et de Fiquelmont. Il abandonnait 600 morts ou blessés.

î. Les AulrictiieBH fii^nt prisonniers 4 chefs de bataillon, 13 offirîerH î^nbalterneî^ et iAm nommes. Us perdirent dans ce combat aïU hiiinmes* tués, iilo*sés ou prisonniers. (Arch. Guerre, de Vienne. Happurl de Kray*)

Nouvelle lui est portée, à midi, que le corps autrichien du Tyrol, placé sous les ordres du général Saint-Julien, occupait Rivoli, descendait la rive droite deTAdige, allait entrer en action. Ne voulant point engager ses troupes, fatiguées, dans une nouvelle bataille, craignant aussi d'être pris à dos s'il restait trop longtemps immobile, le divisionnaire, se repliant vers le sud, prolongea la gauche de Tarmée en s'établissant fortement entre le lac de Garde et Villafranca.

Scherer réunit ses lieutenants, dans la matinée du 4 avril, à Settino, au quartier général de Moreau. C'était pour proposer l'attaque de Vérone, devant la porte Neuve, car le passage de TAdige, près d'Albaredo, avait été reconnu impraticable par les officiers du génie, à cause du débordement des eaux, sur les deux rives.

Échelonnée sur la rive gauche du Tartaro, un ruisseau, de Povegliano àValèse, Tarmée française devait, pour former son ordre de bataille, exécuter une grande marche. Celte fois, Victor et Grenier seraient à droite. Sérurier formerait encore la gauche. Moreau, qui exerçait le commandement des divisions Hatry et Montrichard, se placerait, en vedette, devant Bu ttapietra. Delmas quitterait Sanguinetto pour remonter au nord.

Avant la nuit, Scherer envoyait aux divisionnaires des instructions assez précises : Victor et Grenier, réunis, marcheront le 5 avril, dès Taube, sur San-Giacomo. Postés là, ils arrêteront toutes les troupes autrichiennes sortant de Vérone. Arrivé à Buttapietra, Delmas marchera sur Dossobuono; il pourra seconder Victor, Grenier ou Moreau, qui se

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porteront, au pas de charge, à Somma Campagna, pendant que la division Sérurier, agissant isolément, emportera Villafranca.

Pour se réunir, ou se lier suffisamment, 4 divisions devaient faire des marches de flanc, devant Tennemi. S'il était prévenu, de Kray pourrait empêcher leur concentration, les écraser tour h tour, car il avait non seulement l'avantage du nombre, mais une cavalerie très mobile*. Heureusement que de Kray s'obstinait lui-mOme à exécuter un plan défectueux, élaboré le 3 avril'^. Donc le hasard ou la

i. DeRrav connaissait seulement les positions occupées par les Français. Ghasteler écrit le 3 avril : « D'après une reconnaissance faite par le major U^hazy, de l'état-major général, et d'après les rapports des prisonniers et des espions, les Français avaient leurs avant-postes a Villafranca, Alpo, O^ruisanti, Ozzan, Pozzo et Casa di David ; leurs divisions étaient h Magnano, Buttapietra, Raldon, Valése. Bovolon, et en arrière, vers Cerea, vis-à-vis de Legnago.

2. « Dès que se présenterait une occasion favorable, on attaquera les Français avec 46 bataillons et 34 escadrons comptant 41.310 hommes. Kray et Roos, dirigeant l'artillerie, se tiendront au centre de l'armée avec les pièces et munitions de réserve. Les autorités civiles de Vérone auront soin de porter des chariots sur Tomba, San-Massimo et Santa-Lucia, pour transporter les blessés. Les troupes qui sont à Vérone seront postées sur les remparts, vers la porte ban-Zeno et Porte-Neuve : et les portes bien gardées, on donnera, en outre, les instructions suivantes : La division Hohenzolleni marchera sur Isola-Alta et Castel d'Azzano, tournera la gauche de l'ennemi et poussera ses avant-postes le lonç du Tartaro, vers Povrgliano et Isola-Alta, et observera la route Se Uoverbella. La division Zoph marchera par Dossobono et Scopello pour attaquer la gauche de l'ennemi. La division Kaim marchera par Casa di David pour attaquer le centre de l'ennemi, à Magnano. La division Mercantin marchera à Pozzb et se portera contre le flanc droit de l'ennemi. La division Kaim commencera l'attaque. Les divisions Zoph et Mercantin s'engageront immédiatement après et chercheront h. rester à la mêuie hauteur. En cas de malheur, la retraite *'st sur Vérone. Dès que l'ennemi sera chassé de Magnano, c'est à la cavalerie de la gauche à le poursuivre viveuient. La division Mercantin doit faire tous ses efforts pour arriver par Bagnola à Isola délia Scala et prendre poste, la droite à cet endroit. en gardant les sources du Trognon et de la Senada devant le front ; les postes avancés seront campés le long du Tarlaro, Zoph se tienara à la droite de Kaim, ses postes à Boncadella et Dagnol La réserve de Lusignan suivra Kaim et se placera en seconde

ténacité d'un parti devait décider, le 5, à quelle troupe resterait la victoire.

Première faute commise, qu'on doit attribuer à Musnier, Sérurier ne reçoit que le 5, à neuf heures et demie du matin, Tordre d'emporter Vil lafranca. Néanmoins, ce général peut mettre en marche vers dix heures, la 1"''' demi-brigade piémontaise et 2 pièces de canon. A dix heures et demie, il est attaqué dans son flanc droit par les soldats du général Drtller. Cette attaque étant repoussée, la troupe française abandonne Povegliano pour former 2 colonnes qui traverseront Isola-Alta, Alpo et iront garnir les murailles de Dossobuono afin de pouvoir couvrir, de ce côté, la brigade piémontaise engagée sur la gauche. Derrière la digue du Tartaro, 2 bataillons de Gyulay et 1 pièce de 6, faisant un grand feu, arrêtent les Français qui, chargés pendant Taction, par 1 escadron de Karatschay-dragons, rétrogradent jusqu'à Isola-Alta, abandonnent de Tartillerie et se retranchent, plus loin, dans les cassines d'un hameau.

Ne recevant pas d'ordres, s'apercevant qu'il n'a plus, devant lui, qu'un rideau d'hommes, Sérurier, reprend Isola-Alta à trois luxures du soir, et, profitant de l'élan qu'ont ses troupes, il force le pont du Tartaro, fait prisonnier 1 bataillon de Croates qui avait pris la direction de Vigasio pour tourner les Français. Ce succès obtenu, les charges du régiment de Karatschay l'arrôtèrent en plaine, pendant deux

ligne. Le détachement du colonel Schuteck passera TAdiçe k Konco pour inquiéter la droite et le derrière de l'ennemi vers Casa di Opo et Valèse. La carnison de Legnago poussera ses chasseurs par Isoia-Rizza, sur les derrières de l'ennemi. {Cahier Chasieler. p. 24, 25 et 26.)

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heures. Fatigués et décimés, les dragons autrichiens s'éloignèrent. Par un mouvement tournant, à gauche, Sérurier marcha vers Test. Il put, le soir, occuper Villafranca, que Gottesheim venait d'évaliuer précipitamment.

Sérurier vient d'exécuter, tantôt sur le front, tantôt dans le tlanc et même entre les régiments des 2 divisions autrichiennes, une marche en zigzags, point préparée, mais bien conduite. Bonaparte Teût admirée. Et, au cours de cette évolution, des compagnies piémontaises se trouvèrent mêlées, un moment, à une colonne autrichienne qui allait charger la 45* de bataille; elles suivirent Tassaillant et le désarmèrent après son premier feu. Un officier supérieur, voulant résister, fut saisi, lié, coiûé d'un bonnet de femme, mis sur Tàne d'une cantinière et conduit devant Meyer, qui s'empressa de le délivrer et de lui rendre son épée.

Le corps du général Moreau, que Scherer accompagnait, dès le matin, devait frapper les plus grands coups dans cette journée. Au départ, libre dans sa marche, après avoir occupé Somma Campagna il obliquerait à droite, vers San-Massimo. Mais Hatry, ne formant plus la réserve et qui tenait la gauche, se trouva engagé inopinément en sortant de son camp, avec les tirailleurs de la division Zophqui avait pour soutien la brigade Saint-Julien^

1. La division Zoph, droite et centre, avait marché dès le matin HMT Scndo-Oriendo. Zoph avait : 2 bataillons de «grenadiers, 3 de Mitrowski. 3 de Klébeck, et, jiour adjoint, le général comte Morzin. x^a troupe était forte de 5.7 il hommes. La bji^'ade Saint-Julien, (|ui le secondait, avait 2 bataillons (iyulay, 2 de Furstenberg, i de Hohan, 1 d'Oguliner, 2 escadrons du o* hussards. Forces : 4.853 hommes. Total pour les 2 corps : 10.624 soldats.

NOOVKALX EiJIECS 7Ô

On repoussa ces deux partis, et 5 batailluns républicains s'échelonnèrent devant hî village de Sendo- Orlando, où commeni^a la canonnade.

Tout d'abord, rattaqne iiest pais trt^s vive; on se canonne h 800 mètres de distance. Seuls, les boulets roulants al teignirent le but. Maïs, à Tabri de Tartillerie, chacun clnMTlie le point faible de »on adversaire. Moreau s'avanc**, audehï d'une batterie, pour mieux voir; îl veut enliler un chemin creux, lournanl; quelques cou p*^ de feu tirés sur son escorte ne roffraient point. Voyant qne dans un élan, son corps peut percer la ligne autrichienne, vers Dossnbuono, il prend la résolution d'af^ir sans avoir communiqué avec Scherer, Montrichard, muni (rinstruction^ précises, enlève, à onze heures du matin, le gros du village de Sendo-Orlando, par une charge à la l>aïonnette. Toutefois, les assaillants ne purent déloger d'un {groupe de cassines le 1*' bataillon du ré^nmenl de Klébeek, t|uon assiégea pendant deux heures. Derrière ces cassines, le général Zopli, dont les troupes appartenaient au rentre, est contraint de reculer encore. Voyant sa défection, le comte Hohen/ollernV cnmniantlant la droite, le fait soutenir par 1,2(HJ soldats aguerris, qui, mis en ligne, ne parviennent cepen ilant pas à ralentir la marche du corps de Moreau, engagé dans les terres détrempées, si détrempées qu'on mit trois heures à traverser une plaine longue

1. Lo corps de BohenzoUern ne «iivisait en : avant-^arde du général Gotte^^hemi, il encadrons Hrih^nroUfîm-dnigims, 1 batmllon Bunater. 1 hiilaiUoa d'Alvin^y. BrigJiiJe liôller i 6 f^c/idruns du S'^ huft*iard»T (> rompa^niep de chasarur* d'Aspres, le i" bafjiinun Wamsdiner. Total : trou|i^B d'infanturie, S.MO hommes; de cavatwrie, 2.071. {Qikier Chtuttehr, p^ 25.)

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de 5 kilomètres. De quatre à cinq heures, les Républicains arrivent et se massent en épaisses cohortes devant San-Massimo. Ils manœuvrent sur un terrain connu, déjà arrosé de leur sang, sous des nuages bas et noirs, menaçants de pluie.

La crainte qu'il a de voir les Français se précipiter dans Vérone alarme M. de Kray qui fait soutenir Zoph et HohenzoUern, restés un moment démoralisés, par les troupes de la réserve aux ordres de Somariva. Et Zach, tirant le 2" bataillon de grenadiers des casemates bâties devant San-Zeno, marche sur le liane des Français.

Moreau n'avait pu obtenir que les bataillons victorieux à Sendo-Orlendo gardassent leur rang, leur cohésion. Chaque compagnie formait une bande. Des énergumènes et des ivrognes, venus on ne savait d'où, encombraient les escouades. Les officiers étaient forcés de suivre cette cohue, au lieu de commander. Et, sur ces troupes, qui réclamaient le pillage et la fête, la cavalerie autrichienne, surgissant d'un abri, marchait serrée, tombait comme une avalanche; elles reculaient, sabrées ou rompues par des régiments qui observaient, dans l'attaque, sous le feu, le sang-froid et l'alignement d'une troupe qui se présente pour la parade. Hatry dut, le premier, lâcher pied devant Vérone, et il abandonna, dans sa retraite, 1 bataillon de 500 hommes.

Mais les généraux français parvenaient ù rallier, derrière San-Massimo* dans un vallon courant du nord au sud, plusieurs des régiments débandés. Par là, l'ennemi fatigué ralentissait sa marche; devenu prudent, il semblait craindre cpie des réserves importantes n'entrassenl en ligne, et il vou-

NOCVEACX ÉCHECS 81

lait garder le village contre un retour offensif.

A six heures et demie, toutes les demi-brigades d'infanterie, aiguillonnées par Moreau, s'avançaient vers Test. Aux roulements des tambours, aux sons des cornets, elles abordaient et repoussaient les lignes pourtant épaisses deGottesheim, dispersaient les hussards, combattaient furieusement, jusqu'à la nuit, sur le terrain gagné; et, après un succès chèrement acheté, elles se croyaient capables d'enlever, le lendemain, Vérone d'assaut, si toutefois les autres divisions françaises avaient aussi tenu l'ennemi en échec.

Les feux de bivouac s'allumèrent comme des feux de joip. On chanta d'obscènes couplets autour des morts et des blessés. Quelques Parisiens jouèrent la comédie, sous un hangar, devant 2 bataillons. Un acteur, égaré parmi les troupes, monta sur un canon encloué et récita des vers de Chénier quand la pluie tombait à torrents. Des éclairs illuminèrent, vers dix heures, le camp en liesse. On put réchauffer des fiévreux en brûlant quelques bicoques. Les troupes se couchèrent tard, dans la boue, et des ronflements s'élevèrent, après minuit, h travers ce carré du champ de bataille.

Fait incroyable, Moreau ignorait, lorsqu'on tirait les derniers coups de fusil, ce qui s'était passé à sa droite. Los trois officiers que lui avait dépêché Scherer étaient prisonniers. Sur le tard Musnier lui apporta la nouvelle d'une défaite.

Delnias n'avait pu, quelque diligence qu'il fit, après avoir quitté Sanguinetto, entrer en ligne au moment où Hatry lirait les premiers coups de

§t LES CAMPAGNES DE 1199

canon de la journée. Mal renseigné par les paysans rencontres et faute d'indications qu'eut dû fournir 1' (Mat- major, il s'était égart^ dans la plîiine alors coupée de haies d<^jii vertes et de chentins linisî^aiit au bord dos inart^cages**

Victor et Grenier, échelonnés dès le matin autour de Raldon, avaient lancé 4 colonnes sur San-Giovanni- Lupatoto, Ces troupes, bien entraînée^î, avaient rencontré dans la plaine, à gauche du cliemin qui relie Legnago h Vérone, la division Mercanlin, formant la gauelie de Tarmée autrichienne^.

Mercantin exécuta sondéploienienl, à ouïïe heures, i\ droite du hameau de F*ozko, De son înfanlerie, qui tint bravement t^!^te à Tassai liant, le régiment de Wartensleben, mis sur six rangs, fut presque anéanti par le feu des grenadiers de Victor. Ce succès grisa les Hépublieaiiis qui, franchissant le mur des cadavres» allèrent attaquera bataillons de Preiss, formant la seconde ligne; ceux-ci, étant rompus, 6 escadrons de Levcnher, descendus au galop dans Taréne, essuyèrent les feux de ;1U0( ï fantassins et de 2 batteries bien pointées; une charge des dragons piémontais acheva de rompre leurs pelotons. Alors, dans les chemins, ta fuite des vaincus s accéléra.

1. <i 11 îvy av4it pas à J'armoc une seule carte du Mantouan. En Van IV {17*ilG>> on iiVivait jms levé de ouHe»; il fallnit ^e ticrvir d'anciennes. Les chemina rurtjril lïuBÎ^me^ nu hn:iard. Lu division Dpluian, uppel^^Ë h HutLA-Pii-fra, trouvant le clieniiu inipmtJeriljlu, erra duns d€ï! i^heiuins de li^iversu, se peniU, lit d*^^ liétuiirs, marchiA quln/e heures, arriva très tard diin?^ lu juurui^e du Iti freruiinid, sous la j>luie, » tJhéK'h, par Schi.Tcr, j>. HL)

'i. Division iVlercantin : bri^j^ade .Uitrowski, Il bahiilloni^ Warteo^lebeu, 3 btitaillunf^ Prci??^^ tî escadrons de Lc-vcnher t1mjïon?i. Brigade d'Ëtsnil]!, 1 hatailïari Jordis, ! thit^iillon JellarJii* [j, ^ escadron!^ du 1" hu!ssards* Tatal : 8 batiiillouf^ triufanterie, 0.7'i \ hommes ; iî eacadrons de cavalerie^ 2.2â2» {Cahiet Cha^ieUr, p, 24.)

Mercantin, qui ne voit, dans la reculade de ses hommes, qu*une défaillance passagère, veut les ramener au combat; il s'est promis de vaincre. Pour couvrir leur ralliement et préparer leur marche offensive, le général se met à la tête des hussards. Aux premiers pas, deux paquets de mitraille sillonnent le groupe qu'il conduit si vaillamment et ce qui reste de l'escadron se disperse et s'enfuit vers un bois. Indigné, le chef fait fièrement face à l'ennemi ; mais il tombe mortellement frappé et s'affaisse sur un monceau de corps; car, en cet endroit, plus de 1.200 hommes avaient été mis, en cinquante minutes, hors de combat.

Victor vient d'arracher, à des mains pourtant crispées sur la hampe, un fanion autrichien. Il l'agite devant ses soldats, aux yeux desquels déjà luit la victoire. On l'acclame, puis on chante la Carmagnole^ devenue hymne guerrier, et entre les couplets, des fanatiques hurlent : « Mort aux tyrans! » Ensuite, vieux soldats et recrues, forts et faibles, même les blessés, tous grisés de poudre et surexcités à la vue du sang autrichien qui remplit les ravines, s'avancent comme un torrent dans la direction de San-Giacomo, sans ordre, jurant, pillant les hameaux, faisant et maltraitant des prisonniers. Par ce torrent d'hommes, San-Giacomo est enlevé aux soldats de Jordis qui résistèrent vaillamment derrière les murailles crénelées d'une masure. Chassés de cette position, y laissant soixante cadavres, ils dirigent leurs pas vers Tomba.

De Kray, qui voit, de Santa-Lucia, la déroute de ses soldats, restait un moment atterré. Il déclare que ces divisions victorieuses pourront, si leur effort

iiest pas brisé avant une heure, aller rejoindre Moreau qui, sa droite une fois renforcée ou doublée, va jeter une partie des Autrichiens dans TAdige, puis écraser l'autre partie contre les murailles de Vérone. Pressé d'agir, il appelle ses dernières réserves et vole au secours de la division Mercantin, a qui il ne reste plus que 2.000 combattants ^

Sur ce point, le désordre des Français et leur indiscipline doivent encore favoriser l'attaque que Chasteler, Mitrowski, d'Elsnitz, Lusignan et Somariva vont conduire. Maintenant, la clef du champ do bataille est à San-Giovanni-Lupatoto.

De Kray place lui-mftme Lusignan dans Casa di David avec les bataillons de Preisky et de Thurm. Chasleler échelonne, derrière Lusignan, 2 escadrons de Levenher et 500 hommes d'infanterie, les derniers soldats du régiment Warlensleben; or, ces troupes vont attaquer Victor sur son flanc gauche pendant que le général en chef, conduisant 6 escadrons de Lobkowitz, abordera Grenier, de front.

La nouvelle action ne s'engage qu'à quatre heures du soir, à droite de Casa di David; tout de suite, elle est violente. L'entrain des troupes autrichiennes, la fraîcheur des réserves, la supériorité du nombre, permettent d'arn'^ter les Républicains. Forcés de se rallier, bientôt ceux-ci reculent, mais au pas ordinaire, en se tenant serrés, malgré les charges, et en couchant, par des feux de salve, des compagnies entières, en arri^tant l'élan des cavaliers de la pointe de leurs baïonnetlos.

1. Héscrve commandée nar le marquis «le Lusignan, 3 bataillons de Preisky, 3 bataillons Tnurn», 3 bataillons deNadasky, 4 bataillons de grenadiers, (> escadrons de Lobkowitz. Total : 10.204 soldats d'infanterie et 991 cavaliers. (Chasteler, p. 24.)

NOirVEAUX ÉCHECS 85

De la plaine, où s'alignaient les fûts des mûriers, la troupe française reflua dans San-Giovanni. Quelques groupes, las de reculer, occupèrent des maisons qui furent crénelées en un instant. Apercevant ces fortins, d'où partait une mousqueterie très meurtrière, de Kray ordonnait d'emporter la bourgade, à tout prix. Et Chasteler, aussi bon chef d'état-major dans les bureaux que bon capitaine sur le champ de bataille, s'y employa; 3 bataillons de Nadasky coopérèrent à l'attaque acharnée des sept maisons formant, au premier plan, une ligne brisée. Deux fois, ils furent repoussés. Lattermann put les ramener à un troisième assaut et enfoncer les portes pendant qu'un bataillon de Preisky et le T^ hussards tournaient le pays. Exaspéré d'avoir rencontré une si vive résistance, le vainqueur massacra les défenseurs des bicoques.

Maître de San-Giovanni, Lattermann dut marcher contre le général Delmasqui, sursa droite, re|)0ussait Kaim. Alors d'Elsnitz s'employa à suivre Victor et Grenier, dont les régiments, harassés, prenaient la direction du sud-est. Entraînant sa brigade et celle de Mitrowski que suivait le régiment de Levenher, il put déloger les Républicains de Raldon, de Valèse et de Champon où la cavalerie s'empara d'un convoi de 40 caissons. La troupe de Jordis, ayant pu tourner la gauche du général Victor, lui barrait le chemin de la retraite, dans Villafontana. La 59* de bataille, entourée, sommée de mettre bas les armes, se fût rendue à l'instant, sans l'énergie que montra Pijon, l'un des héros de la première campagne d'Italie. Pijon saisit un fusil, s'ouvrit

m LES CAMPAGNES DE 1799

un passage dans la muraille humaine, fit s'écouler ses soldats par cette brèche bordée de cadavres et tomba mortellement blessé.

BientM, une nuit noire enveloppait les 2 divisiont> fnni(}aises difficilement ralliées derrière le Manaji:;o, Devant elles, les Autrichiens bivouaquèrent de Raldon à Casa Alborgo; ils établirent même un poste dans Isola délia Scala, quartier général français; ils parquèrent, entre leurs bataillons, 2.500 prisonniers et ils eurent pour trophées 7 drapeaux A ^^ pièces de canon.

Voulant reprendre les drapeaux, quelques vieux soldats d'Arcole et de Rivoli se réunirent et s'aventurèrent, dans Tobscurité, vers Tavant-garde autrichienne. Leur chef, un sergent, surprit et bâillonna la première sentinelle, qui gardait 3 canons; mais le chien accompagnant une ronde signala leur présence; ils entrèrent dans une tente où soupaient des officiers, qui, effrayés à la vue des grenadiers fran^^ais, î^'enfuirent en criant aux armes. Les grenadiers soupèrent copieusement pendant qu'on battait le rappel à peu de distance. La dernière bouteille vidée, ils rentrèrent au camp français, en Lrainunt un canon pris à Tennemi.

Entré en scène le dernier, Delmas avait vu Scherer se placer dans les rangs de sa division qui, très fatiguée, occupait, à deux heures de l'après-midi, un vaste espace ouvert entre les lignes du général Victor et celles de Moreau. Ses troupes s'arrêtaient à Buttaptetra pendant vingt minutes, y mangeaient du bisrnît, rajustaient leur équipement, rechargeaient leurs fusils trempés par la pluie et abor-

daient la division Kaim^ qui, venant de Casa di David, avait reçu Tordre de tourner le corps français opérant à droite de Castel d'Azzano.

Dans la troupe allemande marchant par fçroupes, le 48* hongrois, abordé devant une masure, plia le premier. Les grenadiers, en cherchant à couvrir sa retraite, furent eux-mêmes débordés; et le gros de Kaim, lâchant pied, s'étonna que Zoph ne le soutint point dans cette épreuve. A cinq heures, des secours lui arrivèrent de la gauche autrichienne, amenés par les généraux de Kray, Chasteler et Lattermann, généraux qui attaquèrent vigoureusement Delmas, dont la blessure, reçue le 26 mars, s'était rouverte le matin, dans une chute de cheval. Devant tant d'ennemis, brûlé de fièvre, chancelant, Delmas, se faisant soutenir sur sa selle, exhorte ses soldats à vaincre ou à mourir. Son héroïsme servit d'exemple. Où il parut, les lignes tinrent longtemps sans rompre, et, par sa seule présence, il retarda, de ce côté, l'heure de la défaite.

Scherer le seconda. Comme un simple lieutenant, il resta deux heures sous le feu des canons ennemis. Autour de lui tombaient les officiers de Tétat-major et les cavaliers de Tescorte. Une batterie établie devant Lattermann fit reculer la brigade autrichienne; mais toute bravoure, tous sacrifices en hommes étaient inutiles, devant un si grand nombre d'ennemis, bien entraînés.

Ni Victor ni Moreau ne pouvaient se porter au secours de Delmas. La nuit tombait. Scherer était forcé d'ordonner la retraite qu'on fit en bon ordre,

d. Cette division avait : 1 bataillon de grenadiers, 3 de Schrœder et 3 du 48* régiment hongrois. Total : 3.499 hommes.

si LES CAMPAGNES DE 1790

car Tennemî était las de frapper sur nous. Il fallait aban<lonn(?r Buttapietra aux soldats de la division Kaim. Sous imo pluie torrentielle, Scherer et Delmas rentraient au quartier général d'Isola délia Scala.

Cette action, dont l'histoire a fait la bataille de Magnano ou de Vt^rone, ne compta point, chez les Autrichiens, comme une victoire décisive. Ce jour-là, Moreau avait^ en montrant une rare ténacité, sauvé Tarmée d'un désatïtre plus grand, dont Victor et Hatry auraient porté la responsabilité, car, s'ils avaient maintenu, dans leurs régiments, une ferme discipline, après un premier succès, ils eussent évit<^ certainement la panique qui s'empara des troupes lorsque survinrent les réserves autrichiennes. Sérurîer avait fait son devoir. Delmas s'était couvert de gloire. Scherer, représenté par les soldats comme timide et prudent, avait affronté la mort.

Les pertes furent énormes des deux côtés. Scherer indiqua 3*5U0 hommes tués ou faits prisonniers*. 5,000 blessés étaient évacués sur les derrières de Tarmée; parmi eux, le général polonais Rynkiewicz était blessï'^ mortellement. M. de Kray déclara que ses pertes s'élevaient à 5.228 hommes, tués, blessés ou pris".

1. Scherer nlndiqiin pm exactement ses pertes. H écrit : «J'ai eu 3. 500 hommes tués uu faits prisonniers. » Le recensement des prisonnieriî frutiraia fait à Vérone, le 1 avril, porte 3.231 combattants, dont toi ofQrJcrs^ La situation de Tarmée mentionnait, au 30 mars, n^.HOO hommes et, au 10 avril, 31.000. Lenjcragement de Sérurier, le :îO tïïriiîi^ et la balaille de Magnano coûtèrent 7.000 hommes Pfiviron.

±. « Les perteei de Tannée autrichienne étaient : 15 officiers et IfiS hommes tiiês; 12^ officiers et 2.921 hommes blessés; .'îl offiç'n*t% et i .K58 hommeis faits prisonniers. Le général Roos, commandant l'arMUtrie. était blessé; les généraux Merranlin et Rovachowiich l'étaient mortellement. » {Cahier Chasteler, p. 32.)

Le découi-agement qu'éprouvaient, à la droite, les troupes françaises, leur fatigue, leur infériorité numérique devant les Autrichiens, la sourde clameur qui s'éleva dans les rangs contre Scherer, contre le vaincu, forcèrent le général en chef à ordonner, pendant la nuit du 5 au 6 avril, une retraite précipitée.

L'ennemi se trouva donc maître, dès le lendemain matin, du champ de bataille, sauf au nord, car Sérurier demeura le 6 avril, jusqu'à midi, à Villafranca; il fit même arrêter un espion qui se présenta comme parlementaire*. L'après-midi, il descendit à Roverbella; et, ce bourg transformé en place d armes, le divisionnaire portait sa gauche derrière le Mincio, puis il la prolongeait jusqu'au pont de Borghetto.

Ce jour, à six heures du soir, sous une pluie diluvienne, qui remplissait d'eau les chemins creux et délayait le sol, les divisions llatry et Montrichard, accompagnant leurs équipages et leur convoi de blessés, arrivaient aussi à Roverbella. Il y avait, par là, confusion, encombrement. Dans la nuit, on portait les 3 corps derrière la Molinella, presque sous le canon de Mantoue.

De Kray n'engageait point ses troupes dans une poursuite. « L'armée française allait, disait-il, se désagréger. » Elle serait, d'ailleurs, privée de

1. Sérurier à Scherer : « Il est arrivé ici, ce matin, un major des hussards de Wurmser, avec un trompette et un dragon, pour me remettre une lettre d'un prisonnier irançais. Comme cet officier n'était porteur d'aucune pièce de la part de son général, j'ai jugé que son message était suspect. Je l'ai fait conduire à Mantoue pour être remis au général Foissac-Latour, si vous n'y étiez pas. » (Arch. Guerre.^

vivres, par rhostiliié que montrait le paysan du Mantouan. Le môme paysan renseignerait l'ennemi sur ses mouvements. Plus tard, une audacieuse cavalerie couperait ses communications avec Milan et Modène. Ensuite, prise dans le cercle de fer des armées austro-russes, elle serait enveloppée ou détruite.

La division Mercantin occupa, dans la matinée du 6 avril, Isola délia Scala, ramassa 200 traînards et trouva le général Pijon à Tagonie; ce vaillant général expira le soir, au milieu des officiers autrichiens lui ayant apporté le témoignage de leur admiration; un colonel lui ferma les yeux; touchante attention des vainqueurs émus et désarmés devant les souffrances d'un brave.

HohenzoUern, qui était chargé de conduire Tavantgarde allemande vers Test, occupa Valeggio, Villafranca et Isola- Alta, lorsque Sérurier, dont la fière contenance en imposait encore à Tennemi, eut évacué ces postes. Les divisions Kaim et Zoph gardèrent le champ de bataille, ensevelirent les morts des deux partis et transportèrent, en huit convois, les blessés à Vérone.

Kleneau, qui était posté sur le bas Adige, et Ska qui commandait la garnison de Legnago, s engagèrent, d après les ordres reçus le 3 avril, à Ponte- Minolo et à Governolo, contre la division Grenier; celle-ci était tant démoralisée qu'elle ne résista pas longtemps aux Autrichiens qui, ayant passé et le Tartaro et le Tione, purent donner la main aux avant-postes de Mercantin.

Le 7 avril, Scherer transporta son quartier général àMarmirolo. Ne pouvant endiguer le torrent de

Tarmée autrichienne, sans cesse accru, malade et impopulaire, il chercha à se dérober aux responsabilités qu'entraînerait la perte de Tltalie. Il écrivit au Directoire :

« L'armée d'Italie, accoutumée à des succès sous Buonaparte, soit qu'il ait eu plus de talents que moi, soit qu'il ait eu entre les mains plus de moyens de vaincre, voit avec peine l'échec qu'elle vient d'essuyer, sans que ce soit la faute de personne que la supériorité trop vraie du nombre de Tennemi ; plus de la moitié des corps de cette armée sont de l'ancienne armée du Rhin; ces corps ont une pleine confiance dans le général Moreau, qui les a toujours conduits h la victoire. Ils ne l'ont point en moi qu'ils ne connaissent pas. Les soldats s'attachent aux gens heureux, et Moreau l'est. Il a de grands talents militaires; il s'est parfaitement conduit dans les deux affaires, et je ne puis croire qu'il ne soit pas républicain et même qu'il n'aime pas le Gouvernement, puisqu'il expose sa vie et sa réputation pour lui. Il faut, citoyens directeurs, et je vous en conjure pour le salut de l'armée, que, sous un prétexte quelconque, vous m'appeliez ou m'envoyiez où vous voudrez, pourvu que ce ne soit pas à commander une armée et que vous donniez le commandement au général Moreau ^ »

Comme un ordre arrivait, enjoignant au général Moreau d'aller remplacer Jourdan à l'armée du Danube, Scherer retint son inspecteur de l'infanterie, lui promettant le commandement, voire des

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