CHAPITRE V
Portrait de Souvarow. — Le comédien et le soldat. — Paul !•' ordonne de surveiller ses actes. — Entrevue du souverain et du maréchal. — Sur la roule de Vienne. — Conduite des ministres autrichiens. — Souvarow rejoint !c !"•" corps d'année russe. — Oirficile passage du Cuà. — Chasteler rencontre Souvarow et reçoit son plan de campagne. — Leur entrée à Vérone. — Ovations du peuple. — Réception des officiers autrichiens. — Attitude du générai de Kray. — Marche des alliés.
Le czar no choisit Souvarow pour commander les alliés en Italie qu'à la prière de Fran(,*ois II, et c'est aux intrigues du comte Rasumowsky, ambassadeur de la cour moscovite à Vienne, qu'il faut attribuer cette demande, car Paul I" n'avait pas trouvé, à son avènement, un sujet bien obéissant dans le vieux maréchal.
i. Alexandre Wasiliewitch, comte de Souvarow, dont le père, sénateur, était d'origine suédoise, est né en Livonie. le 13 novembre 1729. Son enfance fut studieuse. Son père n'ayant pas réclamé pour lui le privilège d'être inscrit dans le régiment des Gardes, privilège accordé à la noblesse moscovite, il dut servir, au début, comme soldat. A dix-neuf ans, il fut nommé sôus-officier. Lieutenant dans la Garde, en 1154, il est lieutenant-colonel trois ans plus tard. 11 se battit pour la première fois à Kunersdorf, en 1159, contre les Prussiens; il entra même à Berlin avec le corps de Tottleben. Colonel, en 1762, du régimenl d'Astrakan, qui tenait garnison à Saint-Pétersbourg, il favorisa l'avènement de Catherine 11. Brigadier, Wasiliewitcb se maria avec une nièce de llomanzolT qu'il abandonnait bientôt.
Général-major, en 1710 et 1771, il comhatit les insurgés polonais, — des bandes de paysans. En 1773, il combattit les Turcs, — des sol-
Resté fidèle à son admiration pour Catherine II, le guerrier, souvent expansif, se plaisait à railler hautement et les projets et les innovations du monarque qui critiquait l'œuvre accomplie par sa mère. Sa grande réputation militaire et les services qu'il avait rendus à TEmpire le préservaient des désagréments d'un voyage en Sibérie. Ses incartades le conduisaient seulement, pour un exil, d'ailleurs assez court, dans ses terres de Koutschankol. Et c'était Paul I*"" qui, le premier, le priait de reprendre son commandement.
Entre tous ces grands capitaines qui ont laissé sur la terre une réputation d'hommes de guerre plus ou moins justifiée, Souvarow apparaît comme l'une des plus curieuses figures qu'on puisse s'imaginer. Les biographes russes l'ont, jusqu'ici, trop flatté. Il n'eut, certes, rien d'un César ni d'un Turenne, ni d'un Bonaparte, son émule d'alors, quoiqu'en aient dit ses admirateurs. On peut assez le comparer cependant à Wallenstein qui, lui aussi, fut un reître, mais un reître se montrant souvent grand seigneur, tandis que Souvarow se plut à rester cosaque. Tamerlan et Gengis-Khan, voilà plutôt les hommes dont il se rapprochait.
« Le visage de Souvarow était ovale, un peu
dats faciles à vaincre. En 1783, il réprime les révoltes des Tartarcs, — et les grise pour obtenir d'eux un serment de fidélité à la czarine. Sa manœuvre est récompensée par le gouvernement de la Grimée. Souvarow est vainnueur des Turcs à Rimnik, le 22 septembre 1789; il prend le 22 aécembre, en Bessarabie, Ismaëlia où périrent 33.000 musulmans. En 1794, il réprime encore un soulèvement de la Pologne ; il s'empare de Praga, gros faubourg de Varsovie, le 23 octobre, et se montre sans pitié envers les malbeureux qui réclamaient la liberté pour leur pays.
Souvarow avait fait tuer 200.000 Russes pour gagner 40 batailles ou combats.
allongé, dénotant son origine Scandinave. Son front était élevé et les os frontaux assez développés, les yeux plutôt grands, bleus, un peu enfoncés sous l'orbite, pleins de vie et de pensée et se distinguant par leur grande mobilité d'expression. Les sourcils étaient, pour ainsi dire, relevés par suite d'une continuelle tension d'esprit et se réunissant près du nez en un pli profond ; la peau du front était plissée en rides transversales. Souvarow n'avait pas la bouche grande; la forme en était agréable, avec des lèvres pas trop fortes qui laissaient passer tantôt un sourire bienveillant et tantôt une expression sardonique; il avait conservé toutes ses dents. Son menton n'était ni fort ni proéminent, mais bien d'un modèle régulier et plutôt lîn. Les oreilles étaient de grandeur moyenne et non saillantes. La figure était maigre, les joues creuses avec deux plis verticaux nettement dessinés près de la bouche. Souvarow avait des couleurs. Il avait peu de cheveux, et ils étaient gris; il les portait, réunis en tresse, sur la nuque; il se rasait la barbe et les moustaches; k soixante-dix ans, sa taille était légèrement courbée. Souvarow a conservé une grande égalité d'humeur jusqu'à la fin de ses jours; il aimait à danser, sautait avec facilité par dessus les chaises, se mettait vivement en selle sans aucun aide, et, comme l'affirmaient ses contemporains, il courait au lieu de marcher, galopait au lieu de monter à cheval. De visage, il existait une grande ressemblance entre Souvarow et Nelson ^ »
Pour habiller une taille au-dessous de la moyenne,
1. Souvaroio ei ses portraits, par Serge de Kozlow, arrière-petitneveu du maréchal, p. 38 et 39.
§f LES CAMPAGNES DE 17P9
sa teiuie est nL^j^ligée. H endusse de pri'fërence une veste de basin blanc aux revers et au collet garnis de toile verte; soiig la veste, il porte un grand gilet^ également en basin blanc et muni de vastes poches; en partie, le gilet recouvre la culotte large, en toile on *^n drap, laquelle s'arrôte au-dessus du genou. Les jambes, grôles, sont emprisonnées dans des bas blancs. Les pieds sont chaussés de grandes boites ii relroussîs jaunes. Il se coilTa, pendant la campagne de 1799, tantôt d'un petit easqu** garni de IVanges vertes, tantôt d'un casque de grenadier qu'il portait au combat. Par singularité plutôt que par g<"ne, il va souvent le pied nu ou chanss»'^ dune pantonlle, aprt^s avoir été blessé trois fois à la jambe droite'. On le verra prêt h charger, à Novi, encliemise, ayant suspendue au cou la lourde croix de Sainte-Anne. Il ne porte pas de pistolets, mais seulement, dans Taction, un sabre droit, court. A cheval, il n'a qu'un fouet de cosaque. Hn Autriche et en Italie, il endossera tour à tour, pour t*tre remarqué du peuple, F uniforme blanc autrichien et Lliabit bleu des gént^raux sardes.
Ses admirateurs ont avancé qu'il parlait purement le français ; il le parlait mal et récrivait sans métliode. Il parlait peu ralleniand, ayant cette langue enboiTeur.il avait ap]U'is, «^n 179.), quelques mots d'italien et se plaisait h répéter ra bene i voilà ses connaissances de polyglotte. Sa bibliothL'que por-
L « En nS9, un roarrcnu d'ai^uidc lui élAit enlré dam* le faïonles eliirurgïen*! n'avaient pu re\lraîre. fïntrc cela, deux blcssun-s à (TUe jniubc! remirs k lîutf hiuiylF tîl à Kinbourne, De plus, il avait été blesté à lu li'U', à la pikilrine et au s jambeiï. » (Notes uiunui^criies de M. de Koîlow.)
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t.divi' Il M f'xi^-l*' t]in' i\\\i\^ I iihi<;^în;il ii«n (l<^ Inrh^. H *MiL il i'^1 vrai, (|Mi'l<|(irs ih[>|huIs ,ivrr <irirnrïi, à (|yi il rtivoyrt, imi 17'i^>. -nn |iniirMil. f'îi tciiioi- U'iiat:^ li'iuiïili»''. Tarilr ri INii1ari[ui' iir rnifi'Trss.iirnt ^^urv(^ >vu\, Li'ihnl/ I ;ifiïN-at[, L'MnihM--^ait il vraiiiionl K' latin cl rii«*hi'cn, am-^i «j lU' 1 itfirnh* U^ orivrial IhMuMnnifnn ?
It nr faiil v^i r, <lan^ Suii \arM\\ . ([iTy [h- -nrlr iTillunnin' (jui sr rriiL <]iini/i' -irrir- .i|ii"<'s |>- l'^iid JAUiia, ui[ ^r-minl îli^iii Jr hi< M . \[r t:i'iH'rat ïH' ma^^ari^i l^'s Tmi -^ ijin' [hiiii' iph' [i-. *U|ii;infi^ «'tairiiF. \ni\\v [itL ticN lin l'Injnr'^ iiii|M'iiilr«h t-^. H nr ML (1<'S l*i)hni[ii^ iiiH' si LiiMhilr InMalnhiln' ijur |Jiiir<' nu'iU s'rlairni rrsofh- iMiilrr -;i |n riliM hirr, <!;itht'ïiiM' 11. Il ^îl ni-iiil*'. ilaii-*ix I imm ai- -i'immiiI à h"iV(*rs Ir nimnh" h nr-< jiti^ - dr lilni Ir, <ir- :Èfli( m s niaihlil< il*' hn^L Itnm , l.i r.iiM|^a;: tu' J Mflir [nL |»nlll" lui, \iUr \|-;n-^ ri'ui^.hlr, r( iN'I i ni lu nImst
inli-an^iui'ajjt lrav;Mll;i «li- limlr-^ -i»^ inrrr-^ ii la JiUi V laiiir il nit [^ii|î<' ihail il ^n.iii ^uini<nl uilli'* l(^** «tdrs v\ |r^ |HHJ^l)lr- ^|in'ihirN.
Si l<'s Ijuiini!"'^ (|n il |iu1 rMinhni'i' hnif J*' luis à la vir[fMrt' Ir vr'in'M"iiiriil . r r-l <] ne S<mi\ amw po-si-- (lait I amiai I- il ];i lajMHir»' J iiit i^MMili-. AIrpi i-<;i ni It'^ tarti(|tH's ri 1rs --1 f :tl i'- ir-, il ini lilu <!<■ |i.ijlir l(* sinnoMi i\r tii'iMial <'!( a\jiil liinlMiUi' <lr
Sf's nf'iIlT-^. <ir-. <i«'«'i-^i<Ul- r',l|<ii|r|||rl|l |u'l-'--. -n[( sari;^-IVnj(| il;ih- la lilrlrr, Ir i|ri|;(iî] iiillirlM' yx^wv la limil l'iiurlirinl ;'l -^l's ri'iji'^, Lil'-aîriil n.i il fr rhr/ ^rsdMaU uni' ;^llllM l'ai fi«ft -iin- lnH'rh^-. <!>■ lU'IM'I'.-iI illMs|r^^ |iifi--aiit, >i fhlh' A*-- ilnd^ i[r I inijKaali'iri'. ^lan;^^'ail -ans l'^nuii la hninllir iht lriiM|iirr t'I <|t.)['!Jiarl \ uinhliia-'- «J.-iii- l.i Imhh' i<m -iir l<» nrii:»'.
^ tES CAMPAGNES DE 1799
Les villes qu'il traversa en conquérant gardent dans leur histoire la mention du passage de cet ilhiminé. Gi»rigis-Khan et le comte de Tilly avaient montré de Iliumanité, comparativement à ce que lit SoQvarow. Femmes et vieillards assassinés, mourants insultés, vierges violées, puis massacrées au fond de^ cloîtres, accablèrent, au moment d'expirer, le farouche Moscovite de leurs malédictions ; f^t, pour les gens qui croient à cette justice immanente des choses, la lin si misérable du maréchalne futqu^me juste expiation de ses forfaits.
ïï si^ trouva un grand comédien dans cet homme qui sut dt'jouer toutes les intrigues de cour nouées pour lui enlever le commandement des forces russes. Très humble auprès des grands, sachant se tenir à l'écart dos fêtes impériales, sans exciter Tenvie de ses rivaux, obligeamment dévoué envers tous ceux qui pouvaient le servir, adorant ostensiblement Catherine II devant Potemkin et sacrifiant fort dévotement i\ Saint Georges devant les popes, il resta toujours le capitaine préféré de la czarine. Réclamait-on sa. destitution au lendemain d'un carnage ayant épouvanté TEurope? qu'il demandait aussitôt sa mise à la retraite. Alors, on croyait le punir en le condamnant à porter encore Tuniforme; et le vieux soldat était au comble de ses vœux. Jusques devant l'ennemi, il se montrait histrion ^
i. M Uanii la preiaière guerre de Pologne, n'ayant qu'un très
tïetil forpiî h opposf^r aux confédérés, il découvrit iin espion parmi es pens de sa siiitc et voulut aussitôt en profiter pour rendre sa poaHiùri iiîuios manvaise. Il fit publier à Tordre du jour qu'au premier vhnnï du i^*i\ oq marcherait à l'ennemi. Et l'espion de mander ipi'on ï^e Uni prêt à recevoir les Russes vers minuit. Mais, sur les huit heures du soir, Souvarow se mit à courir le camp en imitant
LES ACTES DU (tÉNÉRALISSIME $9
L'orgueil qui oullait Souvarovv lo portait à mépriser les généraux célèbres des autres pays; il disait des officiers autrichiens : « Ce sont des femmelettes, des muguets, des poltrons^ )>. De Frédéric 11 et de Bonaparte, « des gens simplement heureux ». Pour ce général qui, en visitant les hôpitaux-, «ordonnait du sel et de la rhubarbe pour ceux qu'il croyait réellement malade et faisait administrer aux autres des coups de bâton »,. tout l'art de la guerre, si complexe, tenait pour lui en trois points : « le tact qui fait deviner les projets de Tennemi; le coup d'œil qui fait deviner le parti k prendre; la rapidité des marches et des mouvements offensifs qui surprennent et démoralisent l'adversaire ». Présomptueux, jusqu'à se vanter d'avoir battu, près de Breslau, à vingt-neuf ans, le grand Frédéric, quand il n'avait fait que de repousser Tun de ses lieutenants, le général Knoblock, il mettait sa réputation au-dessus de celle du roi de Prusse. Et du mépris qu'il prodigua à ses alliés vinrent ses malheurs, car, s'il pouvait conduire les soldats asservis du czar^, des Allemands policés, soudain placés sous sa direction, refusèrent bientôt
le coq. Aussitôt les troupes furent sous les armes et se mirent en marche. L'ennemi perdit beaucoup de monde et l'avantage de sa
{)osition. Et le général remercia l'espion de lui avoir fait gagner a victoire. » {Histoire de Souvarow^ par P. de Laveme, p. 466.) i. Histoire de Cent Ans, par César Cantù, t. II, p. 120. 2. Raramzine a dit des Russes : « Asservis par les Mongols, mettant de côté toute fierté nationale, nous apprîmes les vils artifices de l'esclavage auxquels les faibles ont recours pour leur tenir lieu de force. En trompant les Tartares, nous primes l'habitude de nous tromper aussi mutuellement. Rachetant à prix d'argent les violences aes Barbares, nous devînmes plus avides ; et, en butte aux indignités des tyrans étrangers, nous fûmes bientôt moins sensibles aux injures et à la honte. » [Histoire de V Empire de Russie, t. V, chap. iv.)
de subir ses caprices ; et leur abandon, qu'il appela trahison, le força, lorsqu'il était au plus haut point de sa renommée, de passer en Suisse, pays dans lequel sombra sa gloire, quand eut péri la moiti»^ de son armée.
Pieux, habitué de bonne heure h un régime frugaU, ennemi du luxe, son train de campagne était simple. Une cantine longue et noire renfermait son service de bouche, dans lequel on trouvait une théière et des gobelets en argent. Le colonel Trochterko servait auprès de lui en qualité de trésorier, sans s'occuper, quoiqu'il arrivât, des choses de la guerre. Il avait, pour secrétaire particulier, Georges Borisowitch, plus connu aujourd'hui sous le nom de Fuchs. Son valet de chambre se nommait Prohor;mais il l'appelait familièrement « Prochka». Il appelait toujours Ivan le cosaque chargé de veiller sur sa personne. Un autre cosaque portait la chaise percée du maréchal. Toutes ses décorations étaient renfermées dans un sac que le trésorier n'eût confié à personne. Prohor portait une image de Saint Nicolas et des icônes que Souvarow véné-
1. Pendant son exil ù Kout^^rhaiikol, en 1797, un espion, Nikoleff, chargé de le surveiller, a décrit ainsi son genre «1 existence : « Le maréchal se levait généralement deux heures avant le jour; il huvait une grande tasse de thé et s'aspergeait ensuite d'eau froide. Dès qu'apparaissait le jour, il courait à l'église, restait aux matines, à la ^rand' messe du premier pope, chantait comme les chœurs et lisait à mi-voix les oraisons de son livre. Il rentrait vers sept heures, en été, pour dfner; en.suite, il dormait jusqu'à midi, allait aux vêpres, faisait au retour de longues ablutions et se couchait. M refusait les plats de gras, aimait à rester lonj^temps seul, ne parlait qu'à ses serviteurs et à des soldats en retraite qu'il trouvait sur son chemin. 11 ne portait, la semaine, qu'une veste en coton; le dimanche, il mettait un uniforme de chasseur; seulement dans les grandes solennités, il portait son costume de maréchal, mais sans broderies. » (le Prince Souvarow, par Pétrouchewskv, III- vol., p. 370.)
rait tout particulièrement. Alexandre Wasilievitch dormait le plus souvent, soit la nuit, soit pour la sieste, dans un chariot drapé de toile ou kibitta, à rimitation de César. Comme le grand Romain, il avait sans cesse un secrétaire auprès de lui, et, derrière lui, un soldat qui portait son épée.
Tant d'originalité, de rudesse, un tel mépris du danger et des autres hommes donnèrent à Souvarow une célébrité de mauvais aloi qu'un général plus simple et plus humain n'eût jamais acquise. Mais on Ta. faute de le connaître suffisamment, trop haussé sur son piédestal. Conducteur d'hommes il fut, oui ; mais un génie, point. « Et sa grande verlu, a dit le général Ambert, fut le patriotisme ; il était fier d'ôtre Russe; il aimait la Russie avec idolâtrie ; il s'agenouillait devant le drapeau de son pays. » Patriotisme que nous louons ici.
En février 1798, avant d'avoir accordé à Souvarow tous les pouvoirs et privilèges d'un chef d'armée, Paul I" écrivit quels étaient ses desseins secrets au lieutenant-général Hermann qui, placé dans l'état-major du comte, pourrait surveiller sa conduite K Mais, répugnant à jouer ce rôle d'espion, Hermann trouvait, après avoir feint d'accepter, de valables excuses pour ne pas servir l'empereur d'aussi
1. < La cour de Vienne m'ayanl demandé le maréchal comte de Souvarow-Rimnikski pour le mettre à la tête de ses troupes et des miennes en Italie, je Tai fait chercher, en vous faisant savoir d'avance qu'en cas de son acceptation et pendant le temps de son commandement, vous ayez Tœil sur les entreprises qu'il pourrait tenter au préjudice des troupes et de la cause en donnant essor à son imagination qui peut lui faire oublier tout au monde. Ainsi, quoiqu'il soit vieux pour être un Télémaque, vous n'en serez pas moins un Mentor dont les conseils et les airs doivent modérer la fougue et l'audace de ce guerrier bleinchi sous les lauriers. » (Afi/iuZin,!-' vol., p. 402.)
lOi LES CA.M PAGNES DE 1799
plate fai^on. Il nlliiil, d'ailleurs, passer en Hollande et se faire battre par Brune. Aussitôt le czar décidait de placer son til^, Constantin, auprès de Souvarow. Et Ton disait, a la eour. que le jeune prince avait nklam*^ rhonnetir d\Uudier Fart de la guerre sous la direrlion d'un aussi illustre professeur. Le glanerai issime, qui se trouvait averti, feignit d'ôtre llattr; il se promit Louti^fois d'agir en Italie selon sa manière ordinaire^ quoique puisse dire ou puisse faire l'élève qu'on attachait à ses pas.
Reçu par Paul V\ k Saint-PiHersbourg, le 23 février 1799, Souvarow, toujours flatteur chez les princeïfi, baisa la main du czar et s'étonna qu'on ne mît en marche que 45.(ï00 hommes. On lui promit d'autres régiments. Parti de la capitale russe le :^5 lY^vrier, le l\ mars il est à Kobrino, propriété que Catherine 11 oUtîI au vainqueur des Polonais après Tassant ol le saccage de Varsovie. 11 se remit en roulis le 5. Le 9, il passe la frontière russe, près de Brest et voyage en Allemagne. 11 entre à Vienne le 2T^ ^ dans la soirée et descend chez Fambassadeur Rasuuiowsky, qui avait alors des préventions contre M. tIeThugut. Le 2(5, François II n'<;ul Souvarow si la Hofburg, et, lui ayant prodigué les plus déférenles allen lions, il le pria de travailler à l'élaboration d'un plan de campagne avec les membres dn Conseil Aulique.
Ce lut Thugut, homme autoritaire et compassé, qui denïundii à Souvarow, devenu chef d*armée, quel» étaient les projets de son maître, du moins,
i. * L<î rcmilf^ iJe Sauvarow. feld- maréchal impérial russe, est arrivé avant IjÏit îsoïr ici, i* {Wiener Zeitung de Vienne, numéro du tl mars liyt).^
en ce que pourraient tenter les alliés en Italie. Le maréchal sourit, montra un blanc-seing signé du czar et répondit : « Sur le terrain seulement, je verrai ce quon peut faire. » Etilne voulut pas rester plus longtemps «dans cette assemblée de bavards ».
De grandes fêtes furent données en l'honneur du généralissime. Partout il fut appelé «le Libérateur», Kreusinger, le peintre de la cour, fit son portrait ^ On se le montra au théâtre, à la parade, dans les rues. Mais lui, blasé, de cœur froid et de sens rassis, se mit à critiquer des gens qui s'amusaient au lieu de se préparer activement k la guerre.
Sollicité de paraître dans les palais, dans les châteaux, il y lit preuve de la plus parfaite grossièreté. Laissant traîner son sabre, exagérant à dessein le débraillé de sa tenue, il ne baisait pas les doigts aux jolies femmes venues pour le complimenter et qui s'éloignaient bien vite pour ne pas sentir le suif dont ses bottes étaient graissées. H s'exprimait en mauvais français, morigénait les domestiques, jurait de réduire ses ennemis à merci. Il n'en fallait pas davantage pour que tous les Autrichiens qui l'approchèrent le tinssent pour un homme vraiment extraordinaire.
Le 4 avril, il quitta Vienne à deux heures du soir, en bien piètre équipage : la kibitta montée sur roues, voiture-tente dans laquelle le maréchal pouvait s'asseoir et dormir '". Des cosaques formèrent sa garde. Dans la traversée du Semmering, aux sommets couverts de neige, le vieillard ne parut