Visite du terrain, faite le 20 mai i90i
2. « Moreau, démêlant le véritable projet des Ilusses, après avoir pourvu à la défense d'Alexandrie, porta, dans la nuit du 11 mai, toute Tarmée, composée des divisions Grenier et V^ictor, vers Valence. Le corps de bataille fut placé entre cotte ville et le village de Pecetto; les avant-postes ae droite étaient à Bassignana et ceux de gauche vers Casale. Par cette disposition et la nature du terrain, l'armée pouvait, en pivotant sur Valence, prendre toujours un champ de nataille avanteigeux, quelque part que Tennemi voulût effectuer son passage. » (Arcn. Guerre. Lettre de Desselle au Directoire.
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amenés dans le bras gauche du fleuve, jusqu'au bras droit. Restées sans moyens de passage, les ti'ou[>es attendaient un signal, se tenaient depuis laube, dissimulées et silencieuses. Avant midi, Rosenberg leur envoyait Tordre impérieux d'attaquer. Circonstance favorable à l'avant-garde, les eaux du fleuve avaient baissé considérablement depuis le matin; des paysans pris pour guides indiquaient deux gués. L'infanterie passait, n'ayant de l'eau que jusqu'aux épaules. Les cosaques, qui avaient ouvert la marche, se répandaient sur la rive droite, faisaieut manger et piétiner leurs chevaux dans les blés; puis les pelotons s'avançaient, sans ordre, vers le sud.
Après avoir traversé Pelissari, ce hameau de 20 maisons, bâti entre Rassignana et Valence, les cavaliers montaient vers Pecetto et franchissaient un terrain large de 400 mètres, sans apercevoir renne mi. La décharge de mousqueterie partie d'un coteau couvert de vignes — ces vignes bordées de lonf^s piquets qui rendent le champ impénétrable à la cavalerie — arrêtait l'élan des pelotons. Devenus cibles, ils reculaient, se tassaient derrière le chemin de Valence, attendaient l'infanterie russe déjà maîtresse de Rassignana : 4.000 hommes, bien entraînés, soutenus par de l'artillerie, et qui, ayant Tschubaroff à leur tête, attaquaient, à une heure du soir, les tirailleurs du corps de Grenier. Ceux-ci rentraient dans les blés en voyant qu'une nuée de cosaques tournait leur position par un ravin creusé k gauche, et ils allaient bientôt grossir la brigade Quesnel, chargée de la défense du village.
Contre le courage des Français, solidement re-
tranchés dans une position déjà forte naturellement, les efforts des colonnes russes se brisèrent, par trois fois. Combattant à découvert et en masses profondes, elles firent de grandes pertes, sans pour cela cesser de bombarder et de fusiller leurs adversaires. Quesnel, blessé au bras, dès le commencement de Taction, d'un éclat de biscaïen, remit le commandement de ses régiments au général piémontais CoUiS qui allait se couvrir de gloire dans la journée.
Renforcé de 3 bataillons et de 2 pièces de canon, Tschubaroff tenta un quatrième assaut à trois heures du soir. Ses troupes restèrent pendant vingt minutes sous un feu violent; elles montrèrent, sous la grêle de balles, un admirable sang-froid; puis la fusillade des Français se ralentit à quatre heures et cessa un quart d'heure plus lard. Leurs dernières cartouches étant brûlées, ils durent abandonner le village. Alors la ligne de bataille, restée jusque-là concentrée en demi-cercle devant Pecetto, s'étendit à gauche, sur les coteaux.
En voyant reculer sa première ligne, Moreau fait avancer au pas de charge la réserve de la division
i. Colli-Ricri (baron de), né à Alexandrie le 23 mars 1756. Offlrier dans rarmée sarde, a fait le» campagnes de 1192 4 1796, dans les Alpes, contre les Français. Battu le 22 avril 1796, à Mondovi, par Bonaparte, il ramène ses troupes vers Turin pour couvrir la capitale. Après rarmistice de Cherasco, refusant de passer au service de rAutrichc. ColH vit dans la retraite et n'en sort qu'en avril 1799 pour offrir le service de son ^pée aux Français. Blessé à Pasturana, le 15 août 1799, interné en lionfcrie, il rentre à Turin au mois d*août 1800, est nommé général de division et fait, en 1801, la campagne (ritalie, sous les ordres de Brune, se signale à Salionze, au passage du Mincio. Ensuite, il commande en Romagne. Ses relations avec le général Moreau le font disgracier en 1804. Il reçoit, en 1805, le commandement de la Corse. Pris de fièvres, il rentra dans sa patrie et mourut à Alexandrie le 7 mai 1809.
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GrenîfM% qui, commandée par Gardaune, put enfonc(*r tes carri's d'infantorii^ russe, rompre les escadrons de cosaques, forcer rartillerie à rétrograder, reprendre Pecollù, netloyi^r les bois vers Valence et la plaine qui ontoure Polissari ; enfin, chasser des CRSsines, des vignes, dos chemins creux, de tons SOS refuses, un ennemi qui lui était trois fois supérieur en nomhre (*t (jui s'était cru un moment victorieux,
C*ei1t été m^nie un véritable désastre pour TschubarofT si le corps de Viclor avait pu, par un mouvonieiU tournant, 1*envolopper et le forcer à mettre bas les armes, événement qui se fût produit à cinq heures du soir, si de rej^rnttables circonstances n*a valent relardé son arrivf'e sur le champ de bataillr. Le mauvais état des chemins et les privations clonl soulTraît celte division, sans vivres depuis quai-ante-huit heures, ralentissaient sa marche; elle n'arrivait qu'à six heures et demie devant Tembouchure du Tanaro, quand la bataille était finie.
Au coucher du soleil, les Husses étaient refoulés dans Basî^ignana, par Cardan ne. Infanterie et cavalerie pi^le-mèle se laissaient massacrer plutôt que de se rendre, car Souvarovv avait eu Timpudence de raconter h ses soldats de quelle cruelle manière, à l'entendre, les Répuldicains suppliciaient leurs prisonniers', (lalonmie indigne d'un homme de {jfuerre ayant sa réputation, laquelle peint bien le caractère fanatique du vaimnieur d'Ismaëlia.
A neuf heures, liassi^^mina est en f(Mi. C'est
1 . Soiivnrow faisiiilt pnVher par les popes (jiie tout soldat qui se remimit n.n\ Frunçai^ semitt dan» leur camp, d<^pouiilé de ses vêtement^, Iti'. l'Inndij !!iii- un giit et r/yti. Les popes affiruiaieDt qu'à
DE VAPRIO A TUKIN
Tœuvre des obus. Dans les rues, dans les maisons, dans les masures, on voit, aux lueurs sinistres de rincendie, des cadavres amoncelés par tas. Chaque coup de feu tiré par les Français fait une victime. Les grenadiers républicains, surgissant des blés, s'acharnent sur un escadron des cosaques, cavaliers qui ont mis pied à terre. Entouré de flammèches, le clocher flambe à son tour; le feu grimpe à ses étages, l'illumine, quand le gros du corps de Rosenberg, entraîné ou poussé par ses généraux, peut enfin repasser le bras droit du Pô. Il abandonne, dans sa fuite, 1 drapeau et 5 canons. Sur Tarrièregarde moscovite, lorsqu'elle évacue' le village, les hussards français s'élancent, sabrant dans l'obscurité tout ce qu'ils rencontrent; ils suivent les fuyards et fouillent l'île Mugarone pour en déloger les derniers postes russes ^
glusieurs hommes, on avait coupé le nez, les mains et les oreilles. n montrait même le dessin d'un gril pris à l'ennemi. (Arch. du Sénat de Milan. Dossier Guerres.)
Un ordonnateur de Tarmée française écrivait à Musset : « Les Russes ne font pas de prisonniers' et ne se rendent pas. Dans la dernière affaire (Bassignana), 800 d'entre eux ont préféré se noyer dans TEridan (le Pô). Cependant Ton est parvenu h saisir 2 officiers et quelques soldats. Les officiers ont demandé au général Moreau de les faire pendre tout de suite sans les obliger à attendre leur supplice. Le général Moreau les a aussitôt renvoyés libres. » (Arch. des Aff. étr. Aflfaires d'Italie. Reg. 271), p. 459.)
L'officier Mangin écrivait à Bernadotte : « voici quelques renseignements qu on m'a donnés sur les Russes. Ils ne se laissent pas prendre prisonniers, parce que Souvarow en a fait fusiller plusieurs qui étaient revenus. Autrefois, les Russes avaient 1 aumônier par régiment; aujourd'hui, ils en ont 3. Ces prêtres leur prêchent continuellement la haine des Français et leur font croire que nous avons inventé des supplices affreux et nouveaux pour les faire périr lorsque nous les faisons prisonniers. Ils se battent sans méthode ; mais, postés à un endroit, ils se laissent tuer plutôt que de le quitter. Us reçoivent 100 coups de bâton pour punition lorsqu'ils quittent le combat pour une légère blessure. » (Arch. Guerre.)
1. Le prince Constantin faillit être pris. « Il m'avoua avoir été, jusqu'à deux heures après minuit, tapi dans la petite île avec son
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La division Grenier, dont Taiie gauche avait été employé** n surveiller Gasale pendant le combat de Hecetio^ prrdit 617 hommes tués ou blessés. Souvarow écrivit quecettejournée lui coûtait 992 soldats. Cfrlainement il ne comptait pas les hommes emportés par les eaux du Pô pendant la retraite et noyés*.
Un si sensible échec coupa court à la jactance du maréchal. Il accusa Bagration et TschubarolT d'imprévoyance et de lenteur. Bafoués la veille, Ips soldats de François II se moquèrent à leur tour df»?î vaincus; il circula k leur encontre des épigramnirs el des chansons. Pendant que Moreau, don! If proîstige augmentait, se prépare à soutenir un nouveau combat, les Autrichiens restent en expcclative au camp de Frascarolo ; ils attendent des ordres,
Apr^s avoir aiguillonné à nouveau l'activité de ses lieutenants, Souvarovv appelait Bagration sur la rive droite du Pô où Ton réunissait 35.000 hommes.
aifie 4e camp, le colonel Ga/aroski, attendant un bateau qu'on lui Amena, et il passa sur l'autre rive, son aide de camp se servant d'un esponlûji d'officier en ^uise de rame. » (Arch. Guerre. Mémoires historiques. Cahier d'un aide de camp de Grouchy.)
1. Bajînition donnait le détail des pertes : tués, 1 officier d'élatiiuijor. 6 oftliiers supérieurs, 320 sous-officiers et soldats. Blessés : i ^'énéraJ. !< iifficiers supérieurs, 50 officiers inférieurs, 600 sousofficiers et solilats.
l.e» Français mentionnèrent dans leur bulletin que, parmi les nhirt»4 abanfl'Minés par l'ennemi, on avait trouvé un officier à ruiiiforme l'ii.uiiarré de broderies, que ledit officier était le général T^ihiilmrtïtT. Jninini enrefjistrc le fait dans son ouvra/^e Histoire tifs thiertrit de la Révolution 'W" vol., p. 294). Mais il fait arriver, jîUistartLTsrhvdjaroH sur hîcbampde bataillede la TrebiafXI' vol.,
f». 'riSI). Cno si^ronde fois Tschubarofî* fut tué au combat de F^istoya, e 24 juin 17-i't (d'après un rapport». Enfin, lorsque les Français repriréïit Omstmce, le 7 octobre 1799, le sergent-major Heyberger turt ÏP ^énrml TschubarofT. i" Arch. Guerre.) Ce fçénéral, trois fois U\é, rentra p^Mjrtant en Hus>^ie à la suite de Souvarow.
Il voulait, sans tarder, prendre une revanche, car Tironie de ses alliés Texaspérait. De Castelnuovo di Scrivia, forcer les lignes de la Bormida, avant d'assiéger Turin, lui semblait nécessaire et facile, si on employait de gros contingents. Le 15 mai, il faisait placer plusieurs bataillons lo long de la Scrivia, sur la rive droite. Lui-môme reconnaissait cette position : un pays plat et coupé, dans son terrain calcaire, par des carrés de vigne, jusqu'au village de Marengo, qui avait alors quatre fermes et une tour, bâtiments qui bordaient, à gauche, la route d'Alexandrie àTortone.
Pour inquiéter son adversaire, Moreau dirige, le 16 mai, une forte reconnaissance sur San-Giuliàno Vecchio ; mais Chasteler avait fait prendre dès le matin, devant la Scrivia et en face d'Alexandrie, Tordre de bataille aux divisions Bagration, Lusignan, Frôhlich et Lobkowitz*. Et il appelait à Taide Kaim, général qui appuierait ou couvrirait, au besoin, ses opérations.
Les divisions Victor et Grenier, assez faibles numériquement, ayant passé la Bormida sur un pont volant jeté à Tendroit nommé « Les cèdres», se
1. «Deux régiments dMnfanteric russe et le régiment de chasseurs du prince Bagration furent portés en première ligne entre San- Giuliàno Nuovo et San-GiuliAno V^ecchio à mille pas de la route d'Alexandrie ; 2 bataillons russes occupèrent la gauclie, au delà de la chaussée, derrière Cassina Grossa. A rcxtrémité de chacune des ailes de l'inranterie russe, on mit une division des dragons de Lobkowitz avec l'artillerie; 6 bataillons de la division Frôhlich formèrent le centre, ayant les 2 bataillons Korher et \\'eher en première ligne, à la droite de la route. Le bataillon de fusiliers de Stuart et le bataillon do grenadiers de Fiquelmont, à gauche de la route. Les 2 autres bataillons, grenadiers de Paar et de Stensch et 5 escadrons de fjobkowitz-dragons étaient à 300 pas en arrière. Dix hommes pris dans chaque compagnie de la première ligne formaient la cnalne des tirailleurs. » (Arch. Guerre, de Vienne.)
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fractionnèrent, vers huit heures, en deux groupes, derrière le rideau des mûriers qui couvrent la plaine à la hauteur des deux fermes de Pietrabona ot Stortigliana. On ne tira cependant les premiers coups de fusil qu'à dix heures. En peu de tpmjïs, des pelotons d'Autrichiens furent chassés df* Marcngo, laSpineltaetCassina Grossa par la 74' de bîi taille.
Derrière Cassina, un combat s'engageait entre deux grosses unités. L'artillerie était sur les ailes. A la première charge des Républicains qui sembltiieiiL vouloir s'engager à fond, l'armée des alliés pliait; il était alors midi. Un moment, le chant de la Marseillaise couvrait les bruits de la fusillade; et, h ces strophes hurlées par des hommes grisés de poudre, le chant rauque des cosaques répondait, comme un défi.
Se jetant au travers de la mêlée, Souvarow craint d'essuyer une nouvelle* défaite; il fait arrêter par la raviderie les régiments d'infanterie qui se débandent; il insulte les fuyards; il réforme des lignes; enfin, il fait donner toutes ses réserves. D'abord, Somariva qui, renforçant la première ligne, décimée, tient ferme sous un feu terrible. Stimulée, la cavalerie autrichienne prend du champ et (*tmrge. Lusignan débouche alors, entre deux cliamps de blé, au pas de course. 11 venait de Torre-tiarofoli avec 0 bataillons et H escadrons, 4.8<H> liommes qui se mettent en bataille devant San-tiiuliàno Vecchio.
Le prince Bagration qu'on avait, à l'état-major, tant boudé depuis le combat de Bassignana, chargeait vigoureusement la gauche des Français; mais
Victor, placé entête et renforcé des bataillons de Grenier, arrêtait les Russes et en faisait, autour de la Busana, une ferme, un horrible carnage. Lusignan, engagé h fond, perdait du terrain. La cavalerie des alliés pliait sous des feux croisés. L'artillerie, s'étant embourbée, devenait inutile; et, sans l'arrivée du corps de Kaim^les Austro-Russes étaient battus, jetés dans Teau, car, de Cassina Grossa, les Républicains, montrant une ardeur extrême, marchaient contre Frohlich, enfonçaient plusieurs bataillons qu'ils poussaient vers la Scrivia.
Le matin, Moreau voulait seulement faire une reconnaissance, tâter son adversaire ; mais la brave 74' Tavait entraîné très loin. Son ordinaire prudence s'inquiétait en voyant, d'une bicoque, ses 2 divisions engagées en plaine contre 30.000 ennemis; il ne pouvait, avec de si faibles contingents, anéantir une armée ni même se maintenir jusqu'à la nuit sur le terrain conquis. Pour éviter des pertes trop sensibles, il ordonna la retraite.
Il la conduisit, comme l'eût fait un bon chef de brigade, pour qu'elle ne finît point, sous les charges ennemies, en débandade. Au roulement des tambours, ses bataillons se rallièrent, se retirèrent par échelons, sans presser le pas et se purent maintenir, dans leur marche rétrograde, aussi bien alignés qu'à la parade. Aussi, ses escadrons surent tenir en respect les fougueux cosaques. Par son sang-froid, sa tactique, il empêcha l'ennemi, étonné d'être soudain victorieux après une panique, d'en-
1. Le colonel Ausperg conduisait son avant-garde, composée de 1 bataillon Furstenberg, 1 de Gyulay et 1 escadron de Empereurdragons, ^Chnsteler, p. 68.)
tamorun ré^^iment et de saisir un trophée. Il voulut que liardanne etColli restassent à Tarrière-garde où s'excn^ait à propos leur bravoure. Il évacua le village de Murengo avec tous les blessés réunis pendant la bataille sur ce point; cela eut lieu à cinq heures lIu soir. A six heures, le dernier grenadier fran^'ais repassait la Bormida. On repliait aussitùl le pont. Une demi-heure plus tard, le canon éloignait la reconnaissance de soldats autrichiens arriv<^s sur la rive droite du fleuve.
Dans cette journée, les Français avaient perdu 569 soldats tués ou blessés, et lesalliés 720 hommes*. Mais Sonvarow n osa point dire, en racontant les l'vénemeuts de ce combat, qu'il avait gagné ù San- GiulJànû!>a quarante-deuxième victoire. Le lendemain, les tinsses occupaient Valence et ils entraient dans Casale, précipitamment évacué par les Français. S<?ckendorf et Schweikowski, dont le généralî^î^ime était mécontent pour la lenteur de leurs îïiaotpuvres, bloquaient la citadelle d'Alexandrie. Sans Atre^ ni découragé, ni entamé, Moreau abandonnait lu plaine, où la cavalerie austro-russe Taurait sans cesse harcelé, et remontait le long du Tanaro, dans TApennin. Souvarow, libre enfin de ses uiouviMiients sur les deux rives du Pô, ordonnait au gros de Tannée de marcher vers Turin.
Trois colonnes, commandées par Bagration, Fn»hlir'li et Lusignan, marchaient vers Test, d'abord, et campaient le 17 mai, le soir, autour de Casteg- ^io. Le 1><, la première établissait un pont de ba- Iruiix (levant Hastida, après avoir cheminé parCasa-
t. Và lins, »U4 blessés et 273 effarés. {Cumpat/ne des Ausirolitts»est, p. II.)
DE VAPBiO A TURIN 205
tisima et Bressano. Le 19, cette petite armc^e passait le Pô. Le 20 elle arrivait à Mortara. Les 21 et
22, les troupes étaient inspectées et ravitaillées. Le
23, elles ne formaient plus que 2 colonnes, qui s'avancèrent à grands pas vers l'ouest. La première traversait Verceil, Santhia, Livorno, et, ayant rétabli, les 24 et 25, les ponts de la Doire, rompus par Moreau, elle arrivait très fatiguée à Chivasso, y joignait la 2" colonne, qui avait longé la rive gauche du Pô.
Le 26, les pointes des 2 corps entraient àSetlimo- Turinèse. Wukassowich, dont les soldats croyaient trouver à Turin les bagages des Français, abandonnait Settimo, passait sur la rive droite du fleuve. Pour obéir à des instructions particulières, il allait occuper l'église de la Superga et la colline des Capucins, hauteur qui domine le vieux pont de Turin. Pendant que s'exécutaient ces manœuvres, Bagration, qui avait été nommé général pour sa belle conduite à San-Giuliàno, s'avançait jusqu'à Rivoli du Piémont, fermant ainsi la route de France aux soldats de Fiorella.
Le 26 mai, Wukassowich envoie sommer Fiorella de rendre Turin; son parlementaire rapporte un refus. Pressé par Souwarow, qui veut bombarder la ville si elle résiste, le général autrichien fait mettre en batterie, sur les hauteurs du Pilon, 4 pièces de 12 et 2 obusiers. Devant le faubourg du Pô, on braque, une heure plus tard, 8 pièces de 6. Trois colonnes d'attaque sont formées. Pendant la nuit, des partisans de Charles-Emmanuel viennent annoncer aux Allemands que la garde nationale, armée par ordre de Moreau, veut changer de cocarde,
tM LRS CAMPAGNES DE 1799
que li'^i moyens de défense pris par la garnison goni insuilisants.
Le 27. à sept heures du matin, un obus lancé par le:^ Aulrirhiens met le feu k une vieille mai- *^oni?levéesur la rive gauche. L'incendie s'étend au faubourg. Dans le désordre qu'il crée, un parti de Tiirioois parvient à désarmer le poste placé derrière la porte du Pô. Aussitôt les barricades lermHrii le pont sont enlevées. Derrière la charge de» hus?^ards passent, à la charge aussi, les volontaires de Branda, prêts k saisir les dépouilles des vaincus ^
Deb *.iiM} soldais républicains postés dans la ville, uot» trentaine sont massacrés après avoir tué 30 Autrichiens et en avoir blessé 50. Les autres purent gagner la citadelle, dont la garnison s'emploie, le soir, k bombarder les quartiers occupés par l'ennemi, incendie 5 maisons et oblige les alliés k faire un siège en règle. Kaim, chargé de commander la troupe d'investissement, trouve k sa ilis^pnsitinn tout le matériel saisi k rarsenal*. On cherclmit ailleurs, mais vainement, les objets
!. i IjC* Imndes de Branda entrèrent daiiîs Turin derrière les roureuFE» d^ Wukassowirh. Leur première victime fut un officier irartillerie, nommé (jhilinsi, qui les reL^ardait passer sans maniléfter. Le l'hdvalier !)< rossi marchait à leur tète, criant : « Vive le flui î A ïiMirt les Jacobins! » On dévastait les maisons Ferreru et Miro|fli'j. Hiti». le prctex te; (ju'elles appartenaient à des jacobins; aussi le café Si rmz, ayant une enseigne républicaine; on jetait aux iriHtir^*'^ iie> vivres et des bouteilles de vin, pour se préserver de jiiur furtîiîr. n (Botta, Ih vol., p. 2w.)
'i. Les Aiitrirbiens trouvèrent dans l'arsenal de Turin 100 pièces dt* **aiîon iif*s calibres 3 et 0. (> piè«-es de montagne et leurs affûts, 'iO |iîèn;H lie G longues. iO pièce» de 12 de siège, 6 mortiers de iU puuf'i'S oïj de 60 livres, 24 de 6 pouces ou de 10 livres, 50 morttvja *li3 Cfïliorn. etc. Total : 301 bouches à feu et 0.000 quintaux de poudrât mM> fusils, 400.000 boulets. (Chasteler, p. 14.)
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d'art enlevés aux Milanais par les Républicains^ Souvarow voulut que Tapparat de son entrée k Turin fût plus brillant qu'à Milan. 11 se composa un cortège digne d'un empereur, qui partit de Gassino. On jeta des fleurs sous les pas de son cheval. Le canon tonna. Les tambours battirent de tous côtés. Toutes les cloches sonnèrent dans la ville. Le généralissime se rendit tout botté à l'église métropolitaine SaintrJean. L'archevêque, M^** Buronzo, le reçut au portail, l'introduisit, le couvrit de bénédictions, l'appela môme « le nouveau Cyrus ». Le maréchal promit au clergé de lui ramener son roi. 11 écrivit à Charles-Emmanuel pour hâter son retour^. Et le Gouvernement, constitué le même jour, par ses soins, fut placé sous la présidence de Thaon de Saint- André.
Les troupes alliées se répandirent de tous côtés dans le Piémont^. Si Macdonald suivait le littoral
1. BcUeville écrivait de Turin, le 4 mai 1799 : « Tout ce qu'il y avait ici de meilleur, ainsi qu'à Milan, on Ta fait imrtir pour la France. Les lualles, les chariots, les fourgons étaient sans nombre. » (Arch. d'Etat de Turin. Matériel militaire. Carton .13.)
2. L'original de cette lettre n'a pu être retrouvé. Je l'ai cherché dans les archives de Turin, de Milan, de Florence et fait chercher à Rome. Le ministre de la maison du Roi a répondu à ma demande, le 31 mai 1902 : « Toutes les recherches que, aussitôt votre lettre reçue, j'ai ordonné de faire dans les archives de la maison de Savoie dans le but d'y trouver la lettre adressée par le maréchal Souvarow à S. M. Charles-Emmanuel IV pour l'engager à prendre possession de son trône ont été infructueuses. — Ponzovaglia. »
3 Le 1" juin, les bataillons de Seckendorf s'avançaient jusqu'à Montenotte. Wukassowich garnissait le terrain sitiié entre Mondovi et Ceva. La 1" brigade du général Frôhlich surveillait Coni. La 2», aux ordres de Lusignan, tentait d'emporter Fenestrelle. Un régiment d'infanterie russe, conduit par Zucata. éprouvait de grandes pertes devant Pignerol, que Zimmermann évacuait pourtant, après avoir remporté un succès. Bagration prenait Suze. Une brigade barrait, aux portes du Valais, la route à ces renforts que Massena envoyait à Nloreau. Haddick surveillait, dans le Gothard, les soldats de Lecourbe.
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pour rejoindre Moreaii, F lia lie était délmitivement conquise. Des espions s'employaient à observer la marche de ce général. On ne voyait alors, derrière lui, que quelques milliers de baïonnettes. Souvarovv .mt^prisait cette force. Maïs, le H» juin^ Chaste 1er t5tait informé que Macdonald traversait TApennin après avoir embarque, à Livourne, i.OUO hommes qui devaient atterrir h Sestri et montrait tant d'audace que des moyens extraordinaires devaient <>tre employés pour Far rè ter,
Souvarow paraît alarmé. Il se renferme chez lui et confère avec Chasteler qui peut rassembler 5Û.Û00 tiommes. Un point lixe arrête ses yeux, sur la carte. 11 prévoit qu'à Plaisance se rencontreront Tarmce austro-russe et celle de Naples, Pendant Taction, Bellegarde, arrivé des Grisons, gardera bien avec sa troupe, l'en forcée des brigades Seckendorf et Alcani, les ligues de la Bormida.