CHAPITRE X L'ARMÉE DE NAPLES
Projets de Ferdinand I". — Évacuation de Rome par Tarmée française. — Conduite de Championnet à Xaples. — Sa révocation. — Macdonald le remplace. — Ordres du général Scherer.
— Garnisons laissées dans les forts napolitains et romains. — Marche des Français, de Capoue jusqu'à Modène. — Combat livré aux Autrichiens devant Modène. — Macdonald est blessé.
— Occupation de la ville. — Poursuite du corps de Ott. — Victor entre à Plaisance et porte l'avant-garde républicaine dans Borgo San-Antonio. — Description du champ de bataille de la Trebia. — Violent combat livré sur les deux rives du Tidon. -- Arrivée des Russes à Sarmalo. — Action des grenadiers conduits par Gauthrin. — Les Français se retirent derrière Rottofreno.
Ferdinand I", roi des Deux-Sicilcs, avait, en septembre 1798, armé des volontaires, sous prétexte d'éloigner de Rome les troupes françaises dites d'occupation. Ses conseillers, aux inspirations sanguinaires, la reine Caroline, l'amiral Nelson, qui parlait au nom du Gouvernement anglais, et le général Mack, un Autrichien nommé généralissime des forces napolitaines, demandaient qu'on exterminât, dans la Péninsule, jusqu'au dernier jacobin.
Aux soldats enrégimentés se joignirent quelques milliers de paysans, fanatiques prétendant par là gagner le ciel et des lazzaroni escomptant, avant le départ, les bénéfices du pillage. Ces hordes bigar-
ri^s, roulées comme un torrent vers Rome, nombreuses, suliisamment armées, commandées par les nobles, ericouragées par les prêtres prêchant la croisade, se croyaient sûres de pouvoir envelopper et détruire la petite armée que Championnetcommandait^
Le général français, dont la prudence redoutait les effets d'une contre-révolution préparée par le Sacré-Collège, n'abandonna Rome qu'après avoir fail aux patriotes, alarmés, la promesse de les secourir avani, qu'un mois se fût écoulé^. Et la retraite eut lieu en si bon ordre qu'il ne perdit, en rétrogradant vers Livourne, ni un canon ni une voiture.
Sorti de la Ville Eternelle le 27 novembre 1798, il y rentrait le 15 décembre et y reprenait ses quartiers à rheure môme où le maréchal Damas, un lieutenant ilo Mack, fuyait devant les cavaliers des T n'-giment de chasseurs et 16*" régiment de dragons. Ses divisions rassemblées et renforcées de
i. 11 avaïÈ IS.OOO hommes : les lo* et 27" légère; la 2' légion cisalpine ; la t" légion polonaise; les li", 12% H', 30% 64% 73% !&• et 97* de balaille; les 7', 19" et 2n' régiments de chasseurs; Icî^Ki'uliS" ré^Mments de dragons; le il" de cavalerie. (Arch. Guerr*;. Armée d'Italie et de Naples. Cahier Bonamy,.
ï. u Le* h'j frimaire, vers les dix heures du soir, au moment où ïim veniiit de décider l'évacuation de Rome pour le lendemain^ Cham|)ionnt!t, adressant la parole aux consuls, dans le cabinet du oûïnmlsï^aire Uuport, en présence des généraux Rey, Macdonald, des mininlres, de Mangourit, de Méchin et d'autres Français et Itfilien?^» dil : <*. N'ayez aucune inquiétude sur votre République; nous sommes forcés de sortir de Rome pour prendre position et ne pas isacrifier le petit nombre de troupes que je commande et nous replier sur celles qui nous arrivent. J'ai jeté une ^îimisoii dims le château Saint-Ange; mais nous battrons les Naptditaiuî? ; je vous jure sur ma parole d'honneur, et la parole de Championnat n'est pas un vam mot, que nous battrons les Nûjiolitains et *|iie quand bien môme le Directoire m'ordonnerait de niafTiiler âur la République cisalpine, je les poursuivrais jusiîqu n iNaples. Si je ne fais pas cela, je permets c|u'on me traite ûv J. P. ft (Arch, nat, AF ni, 72. Lettre d'Audouin au Directoire ciHilpiTi à Milan.)
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recrues, Championnet se mit en marche vers Naples, pour détrôner un roi qui avait si imprudemment rallumé la guerre en Italie.
Au pas de course, le Garigliano était franchi. On enlevait Gaëte, dite Timprenable. On ne s'arrêtait que devant Capoue, pour écouter les propositions de paix, pleines de traîtrise, du vice-roi Pignatelli, chef des Napolitains depuis que Ferdinand s'était, avec une cour dissolue, réfugié en Sicile. Or, Pignatelli promettait de payer une indemnité de dix millions; mais, quelques jours plus tard, il faisait insulter le commissaire Archibald, qui voulait encaisser Targent.
Mack, bientôt découragé, rendit son épée au vainqueur. Mais sa soumission ne terminait point la lutte. Quelques centaines de paysans insurgés, conseillés ou conduits par des moines, reprirent la campagne. Ils recommencèrent, le 6 janvier 1799, une guerre au couteau.
La tactique de Championnet et le courage de Tarmée française eurent raison des bandes indisciplinées. Plusieurs cherchèrent un refuge dans la montagne; les autres, à Naples, où se trouvèrent réunis 40. (XX) lazzaroni et paysans, commandés par Micheli, dit l'Orateur du peuple. Dans la ville, des dissentiments ne tardèrent pas à s'élever entre Taristocratie et le peuple, les nobles préférant la domination française à celle d'une démocratie pourrie de vices et dirigée par un homme qui affichait les principes de Masaniello. Aussi la trahison ne tardait pas à se faire jour, et le duc de Rocca- Romana livrait aux Républicains l'entrée du château Saint-Elme; la possession de cette forteresse
aiiH^aait la capitulation du château de l'Œuf. De ces deux points, rartillerie française pouvait écraser la viil*^ en quelques heures.
Du premier faubourg, occupé le 23 janvier, Chatnpionnet fait porter à la statue de saint Janvier uni* cocarde tricolore*. A la nouvelle de cet événemi^iit, les défenseurs de Naples s'émeuvent. Est-ce un hommage rendu à leur patron? Est-ce une insulte? On délibère aux carrefours. Des orateurs oxaltent les foules restées un moment préoccupées par un événement si inattendu. Entre dissidents, les [foignards sont tirés; le sang coule; des cris d'horreur s'élèvent. Micheli, qui craint de succomber dans une révolution, déclare, du haut d'une tribune, qoe, « puisqu'une force de IO.CmX) Républicains avail vaincu les 60.000 hommes de Mack, c'est qu'apparemment saint Janvier accepte la domination fratiriaise ». Cette raison est acceptée par la foule. Un charge l'orateur d'aller, î\ travers les barricades, |Hirler la soumission des lazzaroni à Championnet. Celui-ci, heureux d'épargner le sang de ses soldats, nommait le messager chef de bataillon et chargeait, peu après, le duc de Rocca-Romana, promu général de division, du commandement des gardes nationales napolitaines.
Ainsi ce fut le peuple qui prononça lui-môme, spontanément, la déchéance du roi pour lequel il rivait si ardemment combattu. Et une populace sortie des bouges acclama pendantdeux jours la République Pjii Lhénopéenne. En quelques heures, de monarcliiste, elle était devenue républicaine sans cesser