Rapport de M. de Mêlas. (Arch. Guerre, de Vienne
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barnmt Ih. grande chaussée etcouvraat deux mamelons; la troupe de Fôrster, à droite de Ponlo- Tidone, derrièifle torrent; et, à sa droite, le génélai russf St:h\veikowski échelonna ses bataillons jusqu'au point où s'élève la muraille de TApennin. Bai^ralion se porta dans Borgo Novo, puis il envoya ses chasseurs et i escadrons de Karatschay à Breno di-Sotto. Seules, les patrouilles détachées par r^ivant-^arde, circulèrent sur la rive droite du Tfdun, foui liant les îlots, les fermes, les massifs, sans pouvoir découvrir le moindre poste français.
A dix heures ilu soir, le quartier-maître Chasteler achevait, dans Castel San-Giovanni, un plan d'atlaquCf auquel le maréchal donnait son approbation. L'armé*^ se porterait en masse, le lendemain, vers la Trebia*.
L - lk*(i(r*in IH juin, l'année alUiqnera les Français, forcera le imssagi" rJii Tiilnii, ixiui de la Trebia, et pénétrera jusqu'à la Nura. Lu Luarclif st? fera ^ur 3 colonnes, la droite renforcée et la gauche nîfu^ée* Lft 1'* irolunae tle droite, commandée par Rosenberg, sera f urinée de l'avanl'^'^irde, aux ordres du prince Bagration, ayant ^ hritaLlIuas^ de ch-i.Hsriii'S russes, 4 de grenadiers, 6 escadrons de Karatschny* 2 régimenlh de cosaques {Grekoff et PosdjaïeflT). Son ^uutjerf ^era. la divisiiin Schweikowski, forte de 2 bataillons de greaaiHers,ti irmfanttrii^ et 1 régiment de cosaques (Moltschanoff), c^ui suivront Uaf^rfilion ji 300 pas de distance et se mettront derrière lui, eu batailk% aur 2 lignes, pour attaquer à la baïonnette. Cette tulonme se mettra en marche à dix heures du matin. Elle passera par Borj^îo-N uvij» Hreno di Sopra, où elle forcera le passage du Tiilon, et ^irepdra île ce point sa direction sur Mazzalorta, Campremoldu û] hopra, passera la Trebia à Rivalta pour se porter, par ï^ettîma-Ciiselln, a ëon-liiorgio délia Nura.
XL Itt baron de MéUs londuira la 2" colonne, qui sera formée de l.'i div'ision Fôrster, 8 l>ataillons d'infanterie russe, 6 escadrons de LevenJicr-tlri^roii^, 1 régiment de cosaques (Semiornikofl). Ce corps battra suivi à 3(10 paR ilt^ la division Frohiich (commandée par le prinre de LieehtL'tislinnj. qui était la réserve de l'armée, destinée à renfurt'er au besoin ks !'■ et 3" colonnes. La division Frohiich avait 7 bataillon '^ de grenadiers, 3 de Frôhlich, 6 escadrons de Lobk^>wiU driLgufis, L^alement, la 2' col.mne partirait à dix heures du luatui et fûrc^râil, devant Mottaziana le passage du Tidon, se
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MANŒUVRES DE SODVAHOW 245
Pendant qu'avec des troupes reposées, et dont le zèle serait vivement stimulé, on marcherait à l'ennemi, Lopez, major du corps du génie, ferait jeter un pont sur le Pô, à f^arpanèse, afin de permettre aux 3 bataillons du régiment de Stuart et aux 6 escadrons de Wurtemberg-dragons, arrivés de Mantoue et restés en observation sur la rive gauche du Pô, vis-à-vis de Plaisance, de rejoindre le gros des alliés. Sur ce pont passeraient aussi les chasseurs de Tschubarotî, venus do Valence, après avoir traversé le fleuve devant cette ville.
Souvarow fut prié d'indiquer à l'armée les mots d'ordre. Il réfléchit un instant et dit :
« Thérhe, en mémoire de la grande impératrice d'Allemagne, et Ko/lin, qui est le nom d'une victoire remportée, le 18 juin 1757, sur les Prussiens de Frédéric II, par le maréchal Oaun. »
Ayant besoin du dévouement de Tétat-major autrichien, il savait flatter, pendant un jour, son orgueil.
Le 18 juin, h neuf heures du matin, après avoir monté dans la tour carrée de Sarmato pour découvrir les positions de Tennemi, Souvarow, qui ne suivait point les instructions données à ses troupes, se
poserait à Muffalona, à Gragnano, et se porterait ensuite, par Valera San-Bonigo et Mussenasso, jusqu'à la Nura.
La division Ott, formant la 3" colonne, avait 3 bataillons Je Nadaskv, 3 de Mitrowski, i de Banater, 4 compagnies de chasseurs, 8 escaarons des hussards Archiduc-Joseph et 1 régiment de cosaques. Après avoir fait, vers huit heures, des démonstrations, elle passerait le torrent à Ponte-Tidone et la Trebia devant San- Antonio; puis, laissant Plaisance à gauche, elle obliquerait vers Pont e-di- Nura.
Souvarow marcherait derrière la 2" colonne. Le train, portant Ifs uiiiiiilinns de réservp, suivrait la chaussée nui relie San-(îiov.'inui .1 Pl.iisHure. <)n enverrait les blessés et les prisonniers à Gastel San-Giovanni. (Chasteler, p. 100, 101 et 102.)
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portaîl au quartier général Je Bagralioii, rt il ordonnait qu'on mit la division Frohlich HiMTièie le enrps lie Ott, encore chargé d'occuper Ip terrain dt^puis la grande chaussée jusqu'au Pô. Librt* di* ses mouvements, Bîigration traverse le Tidon à Tile de Brenodi-Sopra et la plaine inculte de Gazxola, ne s'arn^'lant qu a une heure du soir, devant Tnna, lorsque Tavant-garde de la division Dombrow^^ki lire »es premiers coups de fusil sur les cosaques chargés du rùle d^eclaireurs.
Projets formés par Macdonald. — Le quartier général fMii<;ais est établi à Plaisance. — Surprise du camp républicain peiiVlud ht réunion d'un conseil de guerre. — Résistance des divishms IUhhbi'owski, Rusca et Victor. — Episodes du combat livrii Ju is Juiii.
— Positions occupées à la nuit par les deux armées. — AKaqur nocturne. —Charge des cavaliers du prince Liechtenstt'in. — Lu trêve. — Journée du 19. — Lenteurs de la division Mnnlni^hriril,
— Héroïsme des Austro-Russes. — Débandade de la ïi" l+^iièPL". — Les Français, laissés sans munitions, repassent la Tn'Uia rt préparent* leur retraite. — Perles subies pendant les hms jiiurnées. — Repos du vainqueur. — Nouvelle attaque de*^ rijllès — Défens*» de San-Giorgio. — L'armée de Naples rentn^ d;in^ le^* Apennins. — Souvarow à Plaisance. — Pillage de la villr.
En quittant Modène, le 14juin, Macdonald rrovaît qiio lu division Ott serait seule à entrepre(idr(* de lui barrer le chemin vers Slradella. Trop avciijih* confiance, sice n'étaitle manque de renseigni*nïi*riLH. La droite s'emparait de plusieurs détachements isolés appartenant au corps de Kleneau et de Hohen/ollern; la gauche fusillait des paysans insur;^<''s. Plusieurs régiments se plaisaient à montier lour bel entrain et demandaient en quel li( u on rejoindrait Moreau, qui avait aussi leur coidiuiice.
Quand Tarméede Naples eut, après avoir exémile quelques belles manœuvres, traversé la Nur;», un torrent large de 300 mètres, qui coule parai lil</»u'Tit à la Trebia et à Test de cette rivière, Macdonald prit
son logement dans Plaisance, au palais Scotti, vaste édifice dominant Téglise San-Agostino. Ses bU^ssures n'étaient pas fermées; il portait le bras droit en écharpe, souffrait beaucoup et paraissait dévoré d'inquiétudes.
Un prêtre lui rapporta la déclaration d'un officier de Ott, qui avait annoncé queSouvarow accourait à la tôle de toute son armée afin d'écraser les Français, df'vant Broni. Mais une marche rapide allait porter Tarmée deNaples derrière Castel San-Giovanni ; et, dans une position très forte, ayant trois contreforts do TApennin pour remparts, elle pourrait attendre, sans qu'on put lui couper sa route de retour parle haut Tidon, vers Bobbio, le choc des alliés et l'arrivée du général Moreau. Il ne reconnaissait pas sa faute, de s'être trop aventuré en plaine ^
Le 17 juin, à midi, le quartier général français était établi dans Borgo San-Antonio^. Des détonations d'artillerie annonçaient qu'un violent combat était livré k l'ouest. L'échec éprouvé par Victor et
L ■ Mar.donald fit une première faute en se dirigeant de Pistoya sur Modène et Bolocne, au lieu de tenir le pied des montagnes, suivant li^ plan de Moreau, et comme Souvarow le supposait. Macdoniild aurait certainement réparé cette faute et facilité à Moreau las moyens de coopérer avec lui si, lorsqu'il sut que Tennemi était en marche, il se fût retiré dans l'Apennin, afin de l'engager à le suivre, n iCampaffnes de 1799, par l'archiduc Charles, p. 59.)
2^ Mricdonald logea dans la maison portant aujourd'hui le nuiiifm 1 bis^ située du côté de Plaisance, singulière bâtisse à vérandah, dont l'unique étage s'appuie sur le fond du rez-derhaussée et sur trois piliers. Dessus était peinte une Vierge rayonnant entre huit étoiles, écrasant de ses pieds un serpent Tous les soirs, tme petite lanterne allumée était hissée, au moyen d'une rorde, à ta hauteur de la Vierge. Le capitaine Rolewski, envoyé par Dombrowski auprès du général en chef, arrive devant l'immeuble et se dit : « Impossible qu'un républicain se loge dans celte jésuitière. » îl allait chercher ailleurs le quartier général, qunnii un officier d'état-major l'y ramena. (Papiers du chevalier OoranoTo )
sa retraite, qui faisait perdre à rarmée une lieue de terrain, forçaient Macdonaldà rappeler sur laTrebia les divisions Olivier, Montrichard et Watrin, restées en observation le long du Taro. Dans la nuit du 17 au 18, les divisions Victor, Rusca et Dombrowski campèrent h la hauteur de Gragnano, s'endormant dans une sécurité complète*.
Le 18, à une heure du soir, les divisionnaires étaient réunis chez le général en chef pour établir un plan de bataille, quand la fusillade des soldats polonais annonça une attaque soudaine. Des estafettes accouraient, disant que les Russes se frayaient un chemin à la baïonnette, au travers des rangs français. Aussitôt les généraux levaient la séance et partaient afin de prendre les mesures propres à arrêter Tennemi. Des instructions écrites devaient leur ôtre envoyées plus tard.
C'était Tavant-garde de Bagration qui, ayant pu dissimuler sa marche entre des bosquets d'acacias, se jetait impétueusement sur le centre des Polonais, après avoir égorgé deux postes. L'alarme se répandait dans les bivouacs. On s'armait à la hâte. Lne compagnie résistait k la charge des cosaques qui franchissaient au galop fossés et obstacles; mais l'attaque faite par un carré d'infanterie russe brisait toute résistance, et les vaincus, lâchant pied, allaient s'abriter derrière Tuna, étaient harcelés par la cavalerie moscovite, qui, au milieu d'horribles
1. L'armée campait à 3 kilomètres de la Trebia, sur la rive gauche. La droite à Santimento. Le centre barrait la chaussée de Plaisance à Castel San-Giovanni, derrière Rottofreno. La gauche, s*appuyant à Gragnano et à Casaliggio, faisait là un crochet. Des détachements d'avant-garde s'échelonnaient derrière un ancien canal rcinpii (re.iii. L'artillerie était placée dans les villages. fArch. Guerre.)
clameurs, les enveloppait de ses tourbillons pressés.
A rheure où le corps de Dombrowski reculait, Tadjudant-général Gauthrin faisait prendre les armes aux divisions Victoret Rusca; et, monté sur la terrasse d'une cassine élevée, devant Casaliggio, il voyait 15 colonnes ennemies, des bataillons serrés, envahir le terrain et obliquer h. droite. A Tinstant, il devinait les projets de Souvarow qui, débutant par une attaque dirigée contre la gauche des Français, voulait passer laTrebia pour tourner Tarmée de Naples, renfermer entre les murs de Plaisance el le Pô, et, grâce aux savantes combinaisons doChasteler, mises ainsi à exécution, achever la conquc^to (le ritalie, d'un coup.
Sans se montrer outre mesure alarmé d'un tel déploiement de forces ennemies, (iauthrin envoyait un officier dVtat-major prévenir Macdonald, et, observant la marche qu'effectuait Taile droite des alliés, voyant celle-ci isolée, il détficha contre elle le l(f dragons et le V bataillon de la l)7^ Arrivée sur un terrain ferme et découvert, la cavalerie se précipite sur le flanc d'un régiment de grenadiers russes, Tenfonce, sabre lesfuyardset revient, sous la grôle des boulets, se réfugier derrière son soutien d'infanterie, lequel, abrité par une clôture de ferme, peut repoussera fois les régiments chargés de Tentamer^
Victor et Rusca arrivent enfin. Gauthrin leur rendit compte de l'initiative qu'il avait prise. Vite, les
1. Dans cette charge, le chef du 16- dragons, Leblanc, un vieillard ayant quarante ans de service, blessé mortellement, pria les soldats, qui l'entouraient pour le secourir, de le venger. Et il expira sur le champ de bataille, ai>rès; avoir crié : « Vive la République I»
divisionnaires serrèrent leurs bataillons, en masse, sur un front de 3.(X)0 mètres, chefs et soldats r('sulusà tout braver, quand tout à coup Derfelden, nu*' le prince Constantin accompagnait, se mit à aUîiquer le contre de la gauche française, vers le hameau de Torricelli, employant à cette manœuvre le gros de la division Schweikowski, qu'on a grandpeine à arrêter avec le feu de 3 batteries.
Prenant Toffensive h son tour, la division Ilu^ca s'avance entre des monticules de sable, au travorsi des fossés remplis d'eau, ne s'arrètantqu'à M nn^in's (les Russes. Sous un feu violent, Calvin la fait st* déployer et charger à la baïonnette. La ligne v-nnvmie Hotte quelques instants et plie. Alors, pour j^omtenir ou pour sauver leur infanterie, les cosaqm -^ arrivèrent au feu, suivis des lourds dragons milrichiens. Tous ces escadrons, poussant des cris assourdissants et frappant h tort et à travers, voiml bientôt leurs chevaux hors d'haleine, leurs îlj iiich ébréchées. Criblés de coups, ils sont repoussés; mais la belle conduite de cette cavalerie jetant aiî*?ii. devant les Républicains, une muraille de fer, permettait h Derfelden de rallier sa troupe et, en (jbliquant à gauche, de traverser Gragnano. Enceliru, la deuxième ligne de Rusca, qui formait uni' sorte de potence, larrôtait. Une troisième atlaqui' des Russes échouait contre la 78" demi-brignile. régiment aussi vaillant que bien commandé.
La nuit tombait. On continuait néanmoins à li i rr. Dombrovvski restait immobile k Valera. Ruscu f*t;iil forcé, pour prendre une bonne position défensiviM'l pour bien couvrir sa gauche, de repasser la Trehia. ce qu'il fit en bon ordre.
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BagrHtion, favorisé par la nég:ligence des Polonais, renforcé de 2 bataillons des chasseurs de TsfliuliarotT pI voulant exécuter les instructions de Soiivarow, pul jiasser aussi la Trebia au-dessus do Gossobnij<a et s'avancer dans les ténèbres, jusqu'à Seliirna, pour y camper. Laissé sans ordres, il crut ^>ln^ trop Hvrnturé et rétrograda le 19, à trois heures du matin. Il défila môme devant les soldats de Donibrowski i\ ui, faute impardonnable, ne tirèrent pas un coup de fusil. Il put ainsi traverser encore une fois 1© fleuve et se placer dans Casaliggio.
Bien cnniiuit<% à cinq heures du soir, une attaque de ta division FOrster avait forcé le corps de Victor il battre en retruite; lente retraite, il est vrai, à travers les arcidf^ïits du terrain, sous la protection d*un corps de cavaleries, qui, passant dans l'intervalle laissé entre les bataillons, dont les murailles de baïonneltes apparaissaient comme soudées ensemble, arn>tait pluî^ieurs charges des cosaques et des dragons de Levenher.
(Contre la droite française, formée par lesdivisions Oliviei- et Montrichard, qui n'étaient arrivéesdevant Borgo San-Anlonio qu'à deux heures et demie du soir. M, dt* MTlas avait donné vers six heures. Ott uvait d*abor(l chassé Salme, qui occupait Sanliniento avec une avant-garde aussi audacieuse que rapide. Knsnile M. dr Mêlas avait attaqué un gros corps d^enneniis abrité dans les vignes; ce corps, masqué par le ftMiillaj^v des pampres vigoureux, résistait si bravement et tuait tant de monde qu'il fallut jeter sur lui, afin <le Texpulser, les 7 bataillons des grenadiei'sde la réserve. Assaillis de front, débordés un moment k droili, les Républicains évacuèrent le
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vignoble et repassèrent la Trebia, au coucher du soleil, entre la grande chaussée et Valera-Puglia. Et ils gardèrent les positions de la rive droite avec une constance que ni le feu de l'infanterie de Frôhlich, aiTivi^e par la grande chaussée, ni celui de Tartillerie russe n'ébranlèrent. A la nuit, le combat cessa. Les belligérants bivouaquèrent à portée du canon et allumèrent leurs feux, comme si, ayant signé une trêve, ils ne devaient rien craindre, jusqu'au lendemain.
L'armée de Naples avait éprouvé un deuxième revers. Mais Souvarow n'était pas arrivé sur la Nura. 11 accusait M. de Mêlas d'avoir marché trop lentement et le laissait, par dédain, sans ordres pour la journée du 19.
Dans la 78% qui ramenait comme trophée, 1 canon, des lances et 300 prisonniers autrichiens, l'imagination des vieux soldats s'exaltait. A quelques-uns, le roulement des caissons sur une route lointaine parut être un grondement du canon, signalant l'arrivée de Moreau vers Castel San-Giovanni. Il fallait se porter a sa rencontre. Malgré Tordre des officiers, qui craignaient toute aventure nocturne, des sergents tirent rompre les faisceaux à neuf heures et demie du soir; des pelotons descendirent vers le lit de la Trebia, vis-à-vis de Mamago, et, amortissant le bruit de leurs pas, en foulant le gravier, ils s'approchèrent de l'ennemi.
La nuit était chaude et claire. Elle était à peine troublée, au bord du Heuve, par les gémissements des blessés qui se traînaient vers les bivouacs tracés sur la rive gauche. Mille feux brillaient, formant autant du brasiers dans l'étendue d'un paysage peu
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accideDti'\ Des colonnes de fumée très blanche roulaient rentre les bosquets. Entre deux villages, où quelque» cents victimes marquaient le lieu du combïitf les hennissements d'un cheval abandonné ou perdu, couvraient, pendant une minute, la plainte (éperdue des mourants. Des chiens hurlaient sinisl rein eut à la mort, à l'intérieur des fermes clnse&, A Tuna, de vagues ombres de cosaques se profilaient dans la nuit. Des grenadiers en maraude longeaient des fossés comblés de cadavres. D'heure en heure t le cri des sentinelles se répétait jusqu'aux Oî^isiSiieî* de TApennin. 40.000 hommes, chasseurs autrichiens et mousquetaires russes mêlés, frères d armes aux uniformes tachés de sang, dormaient et n'vaient d'égorgements, de gloire peut-être, autour de la tente qui abritait Souvarow, dans riminense campement ou champ de bataille, couvert par la coupole bleue du ciel.
Chasteler avait employé, à la garde du camp, des groupes de fantassins, de cavaliers et d'artilleurs, soldais dont la vigilance se relâchait peu à peu dans rengourdissement que cause la fatigue. Echelonnés à 100 mètres de distance, ces groupes bordaient la Trebia. Plusieurs se tenaient derrière des pelotons de chevaux tout sellés ou derrière des batterit*s de *^ ou 3 pièces.
Les grenadiers français, qui voulaient livrer combat nuilamment et venger sans doute Téchec de la journée, s'ajïprochèrent d'un bataillon autrichien qui, Tonné en carré, présentait le tableau de 8 rangées d'iionimes, soldats restés habillés, couchés sur des las d'iierbes, autour de leurs officiers. Un feu de salve réveilla les Allemands. En cherchant de
quel côté venait l'ennemi, ils poussèrent le cri de Lann! Ils s'équipt'^rent dans le désarroi que cause toujours une surprise et saisirent leurs armes. Mais ils essuyèrent bientôt une seconde décharge, très meurtrière, cette fois. Alors, pris de panique, ils abandonnèrent leur camp, malgré les ordres des capitaines.
M. de Mêlas, venu de le Noce, put rallier 2 compagnies derrière un ravin et les ramener, tambour battant, vers Tennemi, qui occupait déjà une solide position sur la rive gauche. En guidant les grenadiers, le maréchal reçut une blessure légère. Il s'arrête donc et demande des renforts à Forster. Ces renforts arrivés, promptement mis en ligne, on parvenait à repousser Tagresseur. Les Austro- Russes trouvèrent, au milieu du fleuve, des troupes fraîches et résolues. A droite de ces troupes, des chasseurs à cheval apparaissaient, sabrant aux clartés de la lune un second bataillon de Frôhlich qui, rompu, faisait demi-tour, pendant que, des berges, Tartillerie russe et Tartillerie française tiraient au jugé.
Tous les régiments, mis debout, s'inquiètent à ridée que la bataille va recommencer sur toute la ligne. A dix heures et demie, le prince Liechtenstein, dont Taide avait été réclamée, descendit vers le lit de la Trebia, y conduisant dans le plus grand ordre 6 escadrons de Lobkowitz-dragons, dont la charge arrêta la nouvelle offensive des Républicains. Après une lutte corps à corps, séparés par un commandement, rangés de chaque côté d*un lilet d'eau, les belligérants cessèrent enlin le feu, s'observèrent pendant quelques minutes, et, à onze heures, Fran-
LES GAMPAGBiEë Dfi 1700
çuttâ et Autrichiens, jugeaul qu'il était inutile de risquer leur vie dans une attaque noctunie reutrèrenL chacun dans leur camp respoctii". Un ordre envoyait la 78" vers Rocco, pour y renforcer la division Watrin.
hes deux armées, les réj^iments n'ayant pas pris part à 1 action restèrent sur le qui- vive jusqu'à laube, pendant que Souvarow et Macdonald, préparaient, avec leurs élats-majors, une nouvelle action» qu'on voulait décisive.
Macdouald soutirait d'une lièvre violente, A î^es soutïrances physiques s'ajoutaient de sombres jïressentiments. 11 accusait Moreau, mais tout bas, d'uu abandon qui causerait peut-être, le lendemain, la perte de Tarmée de Naples, Toutefois, il voulait tenter la lortune et encore faire son devoir. Le rêve de mourir au champ d'honneur le ban lait; et, pour ne pas désoler ses lieutenants, que la tristesse gagnait aussi, il leur montrii, pendant les conférences, un visage placide ni afhcha une confiance qui leur parut de bon augure.
Les Républicains restaient au nombre de 20,iX)*j; ils n'avaient plus que 28 pièces de canon, bouvarow commandait à 42.4X)0 soldats soutenus par 62 pièces d'artillerie, et il attendait des renforts. De plus, les Austru-Husses étaient abondamment pourvus de munition.^, alors quêtait faite aux Framjais la distribution des dernières gargousses et des dernières cartouches qu'on avait pu se procurer. Aussi la supériorité du nombre allait-elle rendre facile aux alliés cette mancauvre qui |>erme tirait de déborder k droite, vers TApennin, Uombrowski remis en ligne. Souvarovv demanderait à sa cavalerie des
offerts surhumains. Sous le généralissime russe, si violent et si autoritaire, tout pliait; et il s'ensuivrait, cette fois encore, une exécution rapide des ordres, tandis que Macdonald manquait parfois de cet ascendant qui inspire une confiance absolue à j'
des troupes d«»jà éprouvées par les revers. '^:
Macdonald forma, pour le 19 juin, un ordre de ^;
bataille, pargroupes qui devaient prendre une vigou- •
reuse offensive. A dix heures du matin, exactement, l'armée qui occupait la rive gauche* devait passer 'f\
le fleuve, attaquer Tennemi à la baïonnette. Pour n'avoir à subir aucun retard, le général en chef faisait régler les montres des généraux sur la sienne^. La troupe était gorgée de vivres et d'eau-de-vie, réquisitionnés dans Plaisance.
Une aube splendide se levait sur les deux armées. Dans les camps, l'infanterie prend enfin du repos; aussi, la cavalerie reste immobile; jusqu'aux cosaques qui sommeillent, entre leurs chevaux sellés et laissés sans entraves. Mais l'artillerie austro-russe commence, vers cinq heures, sur l'ordre de Souvarow occupé à distribuer les troupes de renfort*
1. L'armée de Naples campait dans Tordre suivant : Taile droite, peu éprouvée dans la journée du 18, composée des divisions Olivier et Montrichard, s'échelonnait de ^Mezzanino, derrière la Trebia, aux cassines de Uocco, faisant face à la gauche du corps de Fôrster et à la droite de FrOhIioh. Olivier la commandait. La réserve, aux ordres de V^'^atrin, s'étendait de Borgo San-Antonio jusqu'au Pô, débordant, dans son obliquité, la division Olivier, et trouvait devant elle la gauche des alliés sous les ordres de Ott.
L'aile gauche était toujours commandée par Victor et conservait son ancienne formation. Placée de Cassina Lodigiani à Valera, elle aurait à combattre, si les alliés n'opéraient pas de changement dans leur ligne, Bagration, Schweikowski, une partie du corps de Fôrster et des masses de cavalerie. Victor avait établi son quartier général à Gossolengo, que couvrait 1 bataillon.