UL, 16 janvier
3. Lettres interceptées. Écrites par le lieutenant d'artillerie Tararisrky. (Arch. nat. Rel. ex t.. Ah iii "Il .
tiers du prince Charles, qui brûle chi dusir do nous voir, car il nous regarde comme les anges tutélaires de son pays.
« Tu sais qu'anciennement on nous avait fait un tableau sinistre de ces peuples, en nous les présentant comme des anthropophages et des cyclopes. Eh bien, désabuse-toi; ces même gens nous ont reçu avec une amitié et une cordialité qui ne laissent rien à désirer. 11 est vrai que nous payons tout ce que nous prenons. Nous combattrons avec courage. 0 vous athées (déserteurs de Dieu), ouvrez les oreilles ; bientôt, elles seront frappées du bruit de nos mouvements. Qui peut douter que nous ne terrassions tout ce qui se présentera à nos coups, tout ce qui respire Tathéisme, tout ce qui bouleverse avec violence Tordre sacré des choses, le ciel. Ils frémiront de rage et éprouveront des remords quand ils nous verront retourner auprès de vous couverts de lauriers. »
Le 10 janvier, les soldats russes jetèrent, parleurs propres moyens, un pont devant Saint-Polten. La violence du courant des eaux du Danube le rompit avant qu'une compagnie ait pu effectuer son passage. Des bataillons harassés campèrent sur la rive gauche, dans la neige et restèrent quarante-huit heures sans vivres ; et pas un homme n'osa se plaindre, tant la discipline était ferme. Le 11, on achemina ces bataillons vers Lintz. Pendant qu'ils marchaient, la nouvelle se répandit que François II recevait les propositions de paix des Français. Alors l'indignation rendit les boyards insolents envers le souverain qui allait, croyait-on, arrêter la croisade entreprise contre les athées.
Tararisky avait écrit, de nouveau, le 10 janvier :
« J'apprends que les Français ne sont qu'à 70 milles de nous; mais la cour autrichienne penche pour la paix par la raison que les princes de l'Empire ne veulent pas prendre part à cette guerre ni se compromettre en permettant le passage sur leurs terres à des troupes étrangères. Un autre motif déterminant, c'est qu'on a appris que les Français venaient de chasser le roi de Naples et que leurs projets doivent amener une paix telle qu'ils la désirent. »
Mais François II, justement indigné d'être soupçonné de mauvaise foi, s'employa à éteindre ladéfiance que montraient ses alliés, en publiant des ordres de concentration et de marches. Lorsque l'archiduc Charles tombe malade, l'empereur décrète qu'il sera remplacé à l'armée d'Helvétie par l'archiduc Joseph ; mais ce prince n'ayant pas fait la guerre, on doit lui donner pour l'assister un général russe : Hermann ou Rebinder.
Aussi, un chargé d'affaire à Pise dénonce l'étrange conduite des Autrichiens répandus dans la Péninsule*. Ils s'effraient devant la guerre. A cotte nouvelle, Paul 1" fait ajourner la marche du
1. «Pise, le H février 1799. — L'armée de Votre Majesté sera bientôt dans le cas de se battre avec les Français ; mais il faut se défier de l'Autriche, qui ne voudra jamais commencer la guerre, parce cju'elle sait que, dans ce cas, elle perdrait tout le pays vénitien ou le mécontentement est à son comble et où l'on n'attend qu'une rupture pour faire une révolution. La cour de Vienne a envoyé pour su])rême ministre, Pesaro, pour tacher de regagner les esprits et de tranquilliser le peuple ; mais cela me parait impossible, parce que tous les cœurs sont vendus aux Français. — Lisakewick..» (Arch. nat., AF in, 71, dossier 293, pièce 37.)
WT^:.\
l'eFROPE en 1*798 19
corps de Rebinder et questionner Cobenzl, qui lui rapportait, le 3 mai, que Souvarow, après avoir été acclamé dans Vienne, venait d'arriver en Italie, de rejoindre les troupes de Mêlas, déjà victorieuses. De toiles dispositions, chez le czar, causèrent à Londres les plus vives alarmes. On dépêcha, pour renouer étroitement Talliance, un diplomate avisé. Par Targent versé, satisfaction fut obtenue sur tous les points. Môme une nouvelle armée, que le comte KorsakoiT conduirait, avant la iin d'août, sur le Rhin, hâta ses préparatifs d'organisation.