CHAPITRE II
DKSOKGANISATION DE L'ITALIE
Le prix d'une occupation militaire. — Antagonisme entre les pouvoirs civils et l'armée. — Milan est transformé en camp. — Joubert résigne ses fonctions. — Scherer le remplace. — Sur la proposition de Barras, le Directoire déclare la guerre à l'Autriche. — Les troupes françaises sont échelonnées devant le Mincio. — On prépare l'attaque des positions autrichiennes. — Marche vers l'ennemi.
Depuis doux ans, i'Itaiio subissait les lourdes charges imposées par une arm''»e d'occupation. Le jeune roi de Sardaigne venait de quitter Turin, au milieu d'une agitation révolutionnaire. Des spoliations et des désordres attristaient les citoyens de la République cisalpine. Personne n'était plus maître de son bien. Tout le monde était fatigué de nourrir des démagogues vivant grassement du produit des sinécures créées au delà, des Alpes.
Après Haller et Villemanzy, hommes de rapines, d'autres trafiquants : administrateurs ou commissaires des guerres, s'employaient à dépouiller le paysan de ses dernières ressources. Raïonnette sur la gorge, on exigeait les contributions. De (îènes à Naples, les opinions, si nobles et si franches fussentelles, n'étaient plus respectées. L'inquisition révolutionnaire s'introduisait partout. Il fallait être bon
« sans-culotte » pour obtenir le droit d'exister. Ainsi, à Mantoue, « qui ne portait pas la cocarde tricolore offensait directement la généreuse et libératrice nation française* ». A la suite de séditions dans l'Etat de Bari et en Fouille, les villages étaient transformés en cimetières ou brûlés. On publiait, en France, que Tltalie était enfin affranchie du joug de Tétranger. Ce qu'il eût fallu dire, c est que Tltalie, riche et belle fille aimant à changer souvent de maître, venait d'être livrée de nouveau aux Barbares.
Audouin, consul général à Messine, écrivait au président du Directoire français, le 25 décembre 1798:
« Il est démontré que Tltalie est le foyer d'une conjuration permanente ; elle se divise en trois fractions : l'une a pour but la Monarchie, l'autre tend à une République unique, la troisième agit pour établir sa puissance dans ces contrées; toutes se réunissent pour avilir et faire abhorrer le Gouvernement français'. La haine contre lui est cultivée avec acharnement. Cette haine est née de nos victoires; elle s'est accrue par l'abus de nos triomphes ; et la conception des ambitieux l'a fortifiée et la corrobore sans relâche.
« Des hommes, plus faits pour figurer au perron de la rue Vivienne-^ que pour administrer des Etats, plus faits pour conduire des bêtes de somme que pour gouverner des nations, nous ont aliéné les esprits, ont soulevé contre nous les cœurs. Quel