Papiers du feld-maréchal Radetzy
Watrin, avait, le 15 août, en portant le corps des réserves dans r Apennin, forcé les Français à la retraite- Devant IVîtat-major autrichien, Souvarow reçut deux Génois qui lui apportaient une requête :
(( Nous très humbles, très dévoués et très affectueux serviteurs de Votre Excellence Révérendissime, membres du Comité génois pour Texpulsioii des Français, nous prenons la liberté de vous soumettre cet écrit en priant Votre Excellence Révérendissime de nous rassurer au sujet des bruits scandaleuxqueles Jacobins de tous pays font courir à l'occasion du départ précipité de Votre Excellence Révérendissime pour la Suisse, où votre présence est certainement plus que nécessaire pour éviter la ruine totale de S. A. I. le prince Charles, défait par Todieux Massena.
« Ayant été gracieusement reçus par Votre Excellence Révérendissime quand, avec la loyauté bien connue du Comité génois, nous vous avons offert cinq millions sous la condition, d'autre part, que vous feriez évacuer notre pays par tous les Français; nous avons la certitude assurée que vous daignerez accueillir notre prière.
« Si Votre Excellence Révérendissime veut nous délivrer, il n'y a plus de temps à perdre, car nous savons de source certaine que les Républicains se fortifient chaque jour et que maintenant on parle de prendre Pélersbourg, comme on parlait, dans votre armée, de prendre Paris, et si jamais Votre Excellence Révérendissime croyait que les cinq millions déjà prêts ne pussent suffire, nous en débourserions volontiers deux autres.
« Nous terminons en vous conjurant de venir
bientôt à notre secours, parce qu'il y a fortement lieu de craindre que les Français, instruits de cette correspondance, ne cherchent à piller pour euxm(^mes ce que nous avons offert de tout cœllr^.. »
« — Il est maintenant trop tard, dit Souvarow aux envoyés, pour que j'agisse à votre profit. Je laisse dos obligations à remplir au nouveau général en chef. Doutez qu'il s'en acquitte jamais, envers vous, du moins^. »
M. de Mêlas ne daigna pas relever cette injure. Il se crut assez vengé de tant d'avanies par le Conseil Aulique qui, bravant les menaces de Paul I"et les colères de Souvarow, envoyait ce dernier en Suisse, « à la recherche de l'improbable », disait Zach. Ainsi le baron Thugut pourrait gouverner le Piémont et préparer les esprits à l'accomplissement d'une annexion que le czar finirait par accepter, si Tarmée républicaine ne prenait point, au premier jour, une revanche.
Ostensiblement, dans Alexandrie, avant le départ des Russes, Moscovites et Allemands se réconciliaient. Mais chacun pensait à sa manière. L'étatmajor russe disait : « — Avant un mois, le Piémont et la Lombardie seront de nouveau retombés sous le joug des Républicains. » L'état-major autrichien prédisait : « — La morgue des boyards fondra dans les défilés de la Suisse. » Cependant, Wei-
1. Cette requête se terminait ainsi : « Les membres du Comité génois pour 1 expulsion des Français : A. B. C. D. E., etc., etc., etc. Pour copie conforme : Ariste Parpajola, secrétaire du Comité. — G Anes, le 10 septembre, année de Notre-Seigneur, 1799. » Elle était écrite en italien. (Arch. d'Etat de Gènes. Dossier Révolution.)