‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 72 sur 112 · Arch. Guerre · texte numérisé non relu

Arch. Guerre

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Colli répondit que ce conseil de déserter s'était trompé d^adresse. Souvarow encourut un mépris mérité. Bagration resta confus, en butte aux quolibets des Autrichiens, jouant le rôle de censeurs impitoyables.

Une étrange nouvelle arriva bientôt de Vienne. Ne voyant pas de compensations territoriales qui pussent, on Allemagne, lui être assurées à la fin d'une guerre aussi ruineuse, dès mai 1799, François Il parut pencher vers la paix^; et plusieurs fois il traita fraternellement le roi de Prusse, accusé de trahison envers les monarchies, Tannée précédente. Mais, outré de cette conduite, le czar déclara au Cabinet de Vienne qu'il continuerait seul la guerre, ses ressources en soldats et l'argent de TAngleterre le lui permettant, qu'il exterminerait

1. Bulletin de Vienne, du 20 juillet 1799 : « On dit qu'il existe en ce moment trois partis à la cour de Vienne. Le premier désire fortement la paix. Le deuxième est porté pour la continuation de la guerre, mais il lui répugne de voir la Russie jouer le premier rôle. Le troisième veut une guerre d'extermination par des moyens quelconques. L'empereur, le grand-duc de Toscane, Tarchiduc Charles, le comte de Saureau, ministre des Finances, sont du premier.

« Le conseil aulique en entier et Lascy sont du deuxième.

« L'impératrice, sa mère, sa sœur, Rasumowsky, Morton Eden, le jeune comte de Fergon et Dietrichstein, l'archiduc Joseph et Thugut sont du troisième parti, de même que toute la séquelle de.s émigrés, à la tête desquels se trouvent la Kinglin et la Polignac, qui sont de toutes manières très remuantes.

« Le premier parti est fort fatigué de toutes les boutades de Paul I" et de l'arrogance russe en {général ; il ne veut point entendre parler de la reconnaissance de Louis XVIII, pour se ménager la possibilité d'une paix avantageuse.

« Le troisième veut à tout prix le rétablissement de la royauté en France. 11 cherche à adoucir et à endormir les deux premiers partis en leur disant qu'il faut nrendre patience et passer sur les bizarreries et les singularités de Paul i"' en considération de ses grandes vertus et de ses bonnes intentions pour le bonheur des nations et rHlleriiiis^enient des trônes de l'Europe. » (Lettre de Bâcher. Arch. Guerre.)

les athées et ferait camper, avant six mois, ses soldats sous les murs de Paris et saurait assurer le couronnement du comte de Provence.

Soit amusement, soil colère, il plut à François II défaire connaître à quels mobiles avaient obéi les princes, en 1792, lorsqu'ils se coalisèrent contre la IVvolution. Après cette déclaration, Rasumowsky l'analysant, écrivait au czar : a La première guerre contre les Français a été le fruit de Tambition de toutes les puissances. Toutes ont jugé pouvoir à bon marché profiler des troubles qui commençaient à déchirer une monarchie formidable, dont la dépouille paraissait aussi facile que séduisante. Cette erreur a été funeste à la coalition et du plus grand avantage aux révolutionnaires. »

Ensuite, François H déclarait que Faction de ses troupes ne s'étendrait pas au delà des Alpes. Occuper le Piémont lui suffisait. Il empochait Sou varow de pénétrer en Ligurie et armait M. de Mêlas de pouvoirs extraordinaires.

Cédant à des conseils, ou obéissant à ses fantaisies, Paul l'"" proposa, le 15 juillet, aux chancelleries, comme un acheminement vers la paix générale, de régler en un Congrès le sort des divers litats de l'Europe et en particulier « de ceux quVffrayait l'ambition de certain voisin turbulent ». Allait-on reprendre les parlotes de Rastadt? Mais la cour de Vienne refusait très vivement d'entrer dans ces vues. Encore, Rasumowsky renseignait son maître, le 26 juillet :

« Le baron de Thugut a confirmé pleinement le principe que j'ai été autorisé précédemment à établir de sa part, savoir : le désir et l'intention de Tem-

pereur, son maître, de se concerter avec Votre Majesté impériale sur les objets soulignés dans le rescrit du 15 juillet; mais il a combattu à cet ég^ard ce que j'avais à lui communiquer de Tidée d'associer à ce concert d'autres puissances. Il lui a sembla que leur concours ne pouvait avoir que des inconvénients et entraîner des débats et des discordances qui seraient d'un préjudice notable au bien dv la civilisation, qui affaibliraient les ressorts et les exposeraient en dernier résultat à une dissolution... »

François II craignait surtout qu'on l'éloignâtdu Piémont. Paul 1" qui ne voyait, dans sa décision, qu'une obstruction systématique, méditait pendant un mois, dos projets divers. Le dernier était révélé, le Tj septembre, dans cette dépêche adressée à Rasumowsky :

<i 11 paraît que la cour de Vienne ne se soucie guère du Congrès que j'ai cru devoir proposer aux. puissances coalisées, dans l'intention de régler d avance le sort futur des Etats et l'équilibre politique de TEurope.

u Si la maison d'Autriche a ses raisons pour éviter toute discussion sur ces objets et de ne contrarier d'engagement qu'avec moi seul, j'en ai de très grandes pour m'occuper d'abord des intérêts de mes alliés et ensuite des puissances aux dépens desquelles la maison d'Autriche prétend s'indemniser des frais de la guerre actuelle. Mais, puisque le baron Thugut vous a manifesté le plus grand désir et une intention très décidée d'agir loyalement vis-à-vis de moi, demandez-lui comme preuve de ce qu'il a avancé un exposé des prétentions

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futures de sa cour et quels sont les d('»doniraagoments qu'elle se destine à la paix. Je verrai par là si je ferai bien de persister dans mon intention de faire la guerre aux Français et de vouloir leur donner une autre forme de gouvernement, ou si je devrai tourner mon attention à garantir l'Europe entière et moi-mt^me des vues illimitées de la maison d'Autriche et de son ambition de s'agrandir aux dépens des puissances hors d'état de lui résister. Il faut absolument que son ministre s'ouvre en toute confiance à vous et que vous me fassiez parvenir sans délai le résultat de vos démarches h ce sujet. Si Pétersbourg, par son éloignement, offre des inconvénients pour servir de rendez-vous à un Congrès, on pourra choisir quelque ville en Allemagne, par exemple Francfort-sur-lc-Mein et convenir du temps où les plr»nipotentiaires respectifs devront s'y rendre. »

Cette lettre produisit un effet considérable. Fran<;ois 11, redoutant les colères d'un prince poussé à bout et que Ton croyait, à Vienne, plus belliqueux qu'il ne Tétait réellement, accusa Thugut d'avoir agi, dans les derniers différends avec la Russie, inconsidérément, « ce qu'on devait excuser chez un homme de basse naissance », écrivit Rasumoswky, et il offrait l'Helvétie au czar, qui accusait son ambassadeur de mollesse et refusait avec hauteur les « champs de neige ».

A Saint-Pétersbourg, le parti anti-allemand publiait les doléances de Souvarow. Ce parti rappelait les défaites subies par l'Autriche en 1796. Il avait fallu qu'un général russe parût en Italie pour assurer

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l'expulsion des Français, Et le czar demandait, le 27 septembre, que M. de Mêlas fût disgracié.

« Venant d'apprendre par les rapports du maréchal prince Italisky que le général de cavalerie Mêlas a osé écrire à des prisonniers de guerre français relîYchés sur leur parole, à Tinsu du maréchal, son chef direct, et leur conseiller de ne pas prendre, pour s'en retourner chez eux, la route de Gênes, afin d'éviter la rapine des troupes russes et les avaniesqu'elles pourraient leurfaire, nous vous chargeons de demander au cabinet de Vienne raison de cette insolence du sieur Mêlas et deson indiscipline. »

La requête de Uasumowsky resta sans effet.

M. de Mêlas eut, certes, quelques torts, dans son obstination, soit à réclamer à tout prix la préséance, soit à détruire ce que faisait Souvarow. Un exemple: les généraux Pérignonet Grouchy, blessés le 15 août dans Pasturana, pris, transportés à Fresonara, puis le 17, à Novi, se croient obligés de remercier le maréchal russe des égards qui leur ont été prodigués; et ils sollicitent la faveur, déjà promise par Bagration, d'être remis en liberté, sur parole de ne plus servir. Le lieutenant-colonel Radetzy, commandant la place de Novi, leur écrivait le 18:

« Messieurs,

« Le général en chef, trop occupé en ce moment pour vous répondre lui-même, me charge de vous répéter en son nom qu'il est confus des remerciements que vous lui adressez, n'ayant fait absolument que ce que l'humanité et l'estime réciproque commandent en pareille circonstance. 11 désire infi-

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niaient vous savoir bientôt rétablis et en état de supporter le transport, et me charge en même temps de vous dire que vous pourrez non seulement vous en retourner en France avec vos aides de camp et les cinq domestiques attachés h vos personnes, mais qu'il ne s'oppose non plus à ce que vous preniez la route de Gênes qui vous intéresse si fort.

« Je viens, à cet effet, de donner Tordre au colonel baron de Furstenberg, des dragons de Wurtemberg, faisant le service de brigadier de la cavalerie, qui reste ici, d'avoir tous les soins et vous porter tous les secours dont vous pourriez avoir besoin durant votre séjour dans cette ville et de vous délivrer les passeports nécessaires lorsque vous serez à même de supporter un voyage *. »

Nommé général en chef de Tarmée d'opérations en Italie, M. de Mêlas refusa de signer les passeports que Souvarow avait promis de délivrer aux blessés; et, le 16 octobre, il ordonnait d'envoyer les officiers français, sous bonne escorte, à Vérone.

Après la bataille de Novi, Souvarow recevait cérémonieusement les envoyés des rois de Sardaigne et de Naples, qui le faisaient complimenter, lui seul. Etrange conduite des princes, puisque les lieutenants du généralissime, de Kray surtout, ayant été à la peine, pouvaient bien prétendre également h Thonneur. En fêtant les envoyés, Souvarow prononça quelques paroles rudes, à l'adresse de M. do Mêlas, de l'homme qui, les Russes étant battus par

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