CHAPITRE XVII
Marche d'un corps autrichien vers le Gothard. — Les Russes étahlissent leur camp autour d'Asti. — Escarmouches dans r Apennin. — Révolte des Génois. — Destruction des magasins (le l'ennemi. — Championnet est nommé général en chef de l'armée d'Italie. — Combat de Beinette. — Watrin remporte un succès prés de Novi. — Misère du soldat. — Proiet d'évacuer Gènes. — Lettre de Suchet à Bonaparte. — Prise de Coni par le prince Liechtenstein. — Nouvelles de Souvarow.
Sans les dissentiments qui s'étaient élevés entre les Russes et les Autrichiens, la victoire de Novi eût fait tomber tout le territoire ligurien au pouvoir des alliés. Leur armée aurait pu, ensuite, fermer le col de Tende, avant Thiver. Mais, au lieu que les austro-russes poursuivissent en masse, le 16 août, seuls, quelques escadrons abordaient les vaincus, dont le courage, retrempé par le repos pris dans la nuit, arrêtait facilement cosaques et hussards mal ntraînés.
Pendant qu'on tiraillait et qu'on sabrait en dix endroits, un courrier informait Souvarow que le général Lecourbe descendait encore les pentes du Gothard. Ce lieutenant de Massena manœuvrait pour occuper Lugano, Monza et Milan, presque dégarnis de troupes. Peut-être voulait-il, en faisant une démonstration sur sa droite, seconder les opé-
rations de l*arméf* des Alpes, qui allait eafin franchir le Mont-Cenis pour tenter d*assurer Texécution des plans de Ikmadotte.
Repoussés de leurs postes d^observation, découragés, humiliés aussi par des reproches, Strauch et le prince de Rohan demandaient qu*on renforçât leurs troupes. Quels contingents allait-on leur envoyer? Evidemment les troupes de Kray. à qui Souvarow réservait les plus rudes besognes. Or, de Kray tirait, de l'armée victorieuse/ 14 bataillons et l'i escadrons, hommes éprouvés à la marche et au feu, et qui, s'avançant rapidement ù travers les pays ruinés par des réquisitions tant de fois répétées, s'échelonnèrent dans le Tessin, y demeurèrent six jours en observation, lorsque Lecourbe s arrêtait devant Bellinzonaetne pouvait, étant donné la faiblesse numérique de son corps, aller plus loin, sans s'exposer à subir des revers.
Hassuré par Strauch et sans attendre les nouvelles instructions du maréchal Souvarow, de Kray laissait la brigade Landon au pied des Alpes et rentrait, le 27 août, au camp d*Asti, d'où les Russes surveillaient Pignerol et Suze.
D'autre part, dans la plaine qui s'étend entre Tortone et Rivalta-Bormida, 6.<X)0 Autrichiens attendaient qu on leur indiquât une destination. De ces divers corps, plusieurs poussèrent des reconnaissances vers Gènes, mais c'était le plus souvent pour se ravitailler. Pourtant, le 19 août, une patrouille de cavalerie, suivie d'infanterie, se présentait, à neuf heures du matin, devant Sassello, chargeait le 2' bataillon de la 26" légère, commandé par Hyacinthe, qui était contraint à la
retraite, sans toutefois cesser de couvrir Savone.
Le 20, Miollis faisait évacuer Sestri Levante ^ où 3.000 Allemands avaient attaqué 400 soldats ; ce dernier détachement, de la 16" légère, aux ordres du chef de bataillon Pinot, longeait le rivage, vers l'ouest, était renforcé par 300 hommes du 73" régiment. Les deux groupes s'arrêtaient à Chiavari, montraient la ferme résolution de s'y défendre, même contre une armée. A leur grand étonnement, l'ennemi ne les inquiétait point, mais des auxiliaires liguriens, enrôlés depuis peu de temps, désertaient pendant la nuit, et, le 25, contre toute attente, une frégate anglaise bombardait Recco ; les obus tuaient 8 soldats, et l'alarme se répandait sur toute la côte, à la satisfaction des adversaires, très nombreux, du régime démocratique.
Moreau, redevenu énergique, après sa défaillance du 15 août, sut employer les jours où la pluie tombait à torrents et mettre à profit ces intempéries qui forçaient l'ennemi à suspendre toute marche militaire dans l'Apennin pour réorganiser sa troupe 2. Par exemple, comme il cessait un moment de surveiller les conspirateurs, ceux-ci demandèrent encore à Souvarow, puis à M. de
1. A Gènes, on désigne sous le nom de Levante, tout le rivage qui s'étend de cette ville à la Spezia; et de Poiiente, la côte qui s'étend de Sampier d'Arena à Viutimille.
2. Le 31 août, Moreau écrivit au Directoire : t L'armée occupe toujours ses mêmes positions dans la rivière de Gènes. La droite à Recco, couvrant Gènes, passant par les sommets de ScoUera, Sassolo, La Bochetta et Campo-Fredo. Le centre à Savone, couvrant les débouchés de la Bormida et la gauche couvrant la gauche du ïanaro, jusqu'au col des Termes. L'ennemi nous laisse assez tranquilles, et sa position aux environs d'Alha et de Ira annonce des projets sur Coni et des craintes du rassemblement lie l'armée des Alpes. La misère est affreuse parmi nous. » (^Arch. Guerre.)
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Mêlas de délivrer leur pays, sans tarder, du joug^ des Républicains.
Ne pouvant obtenir, pour assurer leur délivrance, Taide du vainqueur, le parti oligarchique résolut de secouer, par ses propres moyens, la domination française. 11 se compromit, sans le moindre succès, dans un rassemblement mal organisé, ce qui permit au général DessoUe de mettre le pays en état de siège, d'appuyer par la force des armes les décisions dracoriiennes du Gouvernement ligurien. Abandonnés par les Autrichiens, les nobles appelèrent à leur délivrance la flotte anglaise qui croisait dans le golfe et leurs banquiers refusèrent tout crédit aux Française Dans les campagnes, où la conjuration avait soudoyé nombre d'individus, le paysan vindicatif, s'il avait été quelque peu molesté, assassinait le soldat affamé qui mendiait du pain ou demandait un lambeau d'étoiïe pour fermer la déchirure de ses haillons; mais ces assassinats faisaient décréter, comme en Piémont, six mois auparavant, de terribles représailles; et la haine et l'inquiétude augmentaient chaque jour dans les villages, sur le littoral '.
Le 7 septembre, après avoir bombardé Recco, de nouveau, et lou voyé devant Quinto, la flotte anglaise disparaissait au large. En môme temps, les Autrichiens abandonnaient des postes d'observation établisdepuis quinze jours dans la rivière de Gènes. A quel mobile obéissaient les belligérants? Voilà ce qu(i Moreau demandait aux espions qui le rensei-
1 . Le 21 avril, le payeur général de l'année, Sivry, avait lisse 4.62î> francs (Arch. (inerre.)