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Coni est appelé Cuneo en Italie

DERNIERS COMBATS EN ITALIE 4ii

Si, les 26 et 27 septembre, on bataillait au pied des grandes Alpes, de son côté, Kleneau attaquait la troupe du général MioUis sur le terrain accidenté qui porte Torriglia et Lecco. De ce côté, la lutte fut longue, sanglante et sans résultat.

A ces combats succéda une trêve de quelques jours. Quand tombèrent, dans TApennin, les premières neiges, chaque parti eut le désir de prendre ses quartiers d'hiver. Brusquement, M. de Mêlas s'y opposait. Le 4 octobre, Victor était attaqué devant Mondovi ; harcelé parle valeureux Liechtenstein, il ne pouvait rallier ses bataillons que derrière Chiusa di Pesio et se tenir dès lors sur une prudente défensive, dans le temps où Ton recevait d'importantes nouvelles de Paris.

Au milieu des événements politiques qui agitaient alors la France, Bernadotte dut résigner ses fonctions de ministre de la Guerre, après avoir mécontenté plusieursgénéraux, dont Championnet, qui fut blâmé, justement il est vrai, de n'avoir pas secondé Joubert lorsque celui-ci jouait, le 15 août, une partie suprême ^ Dubois-Crancé, son successeur, avait des vues plus larges ; plus de raisonnement aussi. Sans obséder les chefs d'armée do ses

1. BernadoUe écrivait le 13 fructidor à Championnet: a Les mouvements que vous avez faits, à la tête des vallées piémontaises,ont dû rendre l'ennemi circonspect, mais, je vous l'avouerai, j'avais espéré une combinaison plus utile et un concert plus suivi, entre l'armée d'Italie et celle des Alpes. Avant d'ofl'rir la bataille à Tenncmi, 25.000 hommes débouchant par la vallée de Sture, avant que Joubert fut descendu de l'Apennin, auraient flxé la fortune, et tel parti que lennemi eût pris, soit de porter rapidement un gros corps contre vous, soit de forcer Joubert à recevoir la bataille avant votre jonction avec lui, la séparation de ses forces, dans le premier cas, rapproche d'une armée sur son flanc dans le second, assurait la victoire aux drapeaux de la République. » (Arch. nat. AF m, 151.)

çaise placées en embuscade. Étonnés qu'un feu terrible éclatât tout à coup sur leur flanc gauche, les Autrichiens s'arrêtent et tentent, après avoir reconnu la position de l'agresseur, d'opérer un changement de front, afind'empt^cher la retraite de VVatrin; inutile manœuvre, car le divisionnaire, chargeant à la tète du V bataillon de la 78% parvient à rompre les rangs des compagnies qui lui sont opposées.

Jetant leurs fusils, poussant d'horribles cris, abandonnant 5 pièces de canon et 4 caissons qu'ils avaient déjà montés à grand'peine sur le plateau, puis 200 prisonniers, sans que leur cavalerie pût les protéger, les soldats de Kray descendirent précipitamment la colline et coururent jusqu'à Betole ; là seulement ils se rallièrent et y restèrent cinq jours en observation, devant les postes français, sans tirer un coup de fusil. Un ordre inopiné rappela ce corps d'armée sous les murs d'Alexandrie. 11 ne resta plus alors, dans la plaine ruinée de Pozzolo, que quelques piquets de cavalerie.

Les Républicains, formant 3 grosses divisions actives*, s'étendaient en demi-cercle, de Torriglia au col de Tende. La division Watrin, à l'avant,' appuyait sa gauche derrière Acqui ; son centre était distribué de Pasturana àNovi; sa droite campait près de Serravalle, dont le fort, occupé par' une garnison autrichienne, n'avait pu être pris, car on

1. La division Lcmoine avait 7.715 fantassins et 114 cavaliers (les l"" et 6' hussards. La division Mioilis, 4.134 fantassins, 19 artilleurs, 30 chevaux et 2 canons, l^a division Walrin 7.ri99 fantassins, 192 cavaliers des 7', 19' et 25* chasseurs et 61 artilleurs. (Situation au 30 vendémiaire. Arch. Guerre.)

manquait de poudre pour charger les canons K A cette époque, beaucoup de Piéraontais aidaient les Français; leur servilité envers l'armée austrorusse n'avait été payée que par des sévices sans nombre-. Un chef d armée, qui eût alors proclamé la liberté religieuse, aurait enrôlé sous ses drapeaux des milliers de paysans. Mais Championnet était trop ardent jacobin pour rouvrir les églises et s'acquérir parce moyen le peuple des campagnes.

Une colonne de 1.500 Russes qui venaient de faire le blocus d'Ancône et d en réduire la place, transportés par des vaisseaux anglais, débarquent, le 25 octobre, h Chiavari, viennent renforcer les 7.000 Autrichiens du général Kleneau. Celui-ci, reprenant alors Toffensive, refoule les petits corps de Lapoype, qui gardaient le littoral, jusqu'à 6 milles de Gênes, et fût peut être entré dans la ville sans l'intervention de Darnaud; cet officier, poussant, le 27, 2.000 baïonnettes dans le flanc des alliés, les força d'opérer leur retraite et d'abandonner tous leurs bagages et 300 prisonniers ^.

A cette époque, Championnet subissait de rudes

1. Lettre du capitaine Adechi de la division Watrin. CArch. de M. le prince d'Essiing. Registre 28, p. 290.)

2. «Les Cisalpins et les Piémontais n'attendent qu'un sucrés de l'armée française pour se lever contre les Austro-Russes qui détruisent tout et font enlever une foule de citoyens qu'ils transportent à Vérone ou dans le Tyrol. » (Belle ville au Directoire. Arch. nat., AF m, 66.)

3. Pendant cette campagne, l'armée austro-russe prit aux Français 2.639 pièces de canon. Elle tua ou blessa 25.645 hommes. Klle fit i"î.60l prisonniers de guerre. {Cahier Chasleler^ p. Ml.)

Les Fninçai.H prirent à l'ennemi 4 colonels, 21 lieutenants-colonels, 168' capitaines, 130 lieutenants, 291 enseignes ou souslieutenants, 309 sous-officiers, 902 caporaux, 16.175 hommes. Total, 620 officiers, 17.386 sous-officiers et soldats. Total général, 18.006 hommes. (Arch. de M. le prince d'Essiing. Reg. 34, p. 31.)

Les *i0 régiments de cavalerie française avaient, au début de la

(épreuves. Alors qu'il s'affligeait des misères que sa troupe supportait héroïquement et qu'il prévoyait, en pessimiste, l'anéantissement de ses bataillons, la perte de ses drapeaux, il apprenait que Rome et Ferrare avaient capitulé. L'arbre de la Liberté disparaissait ainsi peu à peu d territoire italien. Devant M. de Mêlas, devenu audacieux, n'était-il pas prudent, nécessaire même, d'abandonner Gènes qui immobilisait une division, pour aller occuper Savone ou Borghetto San-Spirito, afin de pouvoir recommencer, au printemps de Tannée 1800, les savantes manœuvres qui avaient illustré l'armée républicaine en 1796^?

Si le chef désespérait, l'énergie du soldat ne faisait qu'augmenter le 13 octobre, jour où l'on appritle retour en France de Bonaparte. ^ On voyait, dans cet événement inattendu, le signe précurseur d'une réorganisation et de prochaines victoires ; et Suchet se faisait l'interpnHe du corps des officiers en écrivant au vainqueur d'Arcole :

campagne, H.500 chevaux ; il en restait 780 en état de marcher, le 28 septembre fArch. Guerre).

Un autre document mentionne : « L*ennemi avait pris dans les places fortes : Turin, 3.164 hommes ; Milan, 1.639. Serravalle, 191 ; Alexandrie, 3.126, Mantoue, 10.117; Tortone, 1.440 ; Coni, 2.939 et d'autres places. Total, 35.419, dont 31.000 fantassin.s, 1.2;il cavaliers, 3.168 artilleurs et sapeurs.» (Anh. de M. le prince d'Essling. Reg. 34, p. 33.)

1. Tout l'état-major parta^'euit son opinion. Le chef de bataillon Hache écrivait au I)irertr»ire : « L'armée étant dénuée de tout, exténuée de fatigue, (h'îgoùtée par les revers, les corps (pii la composent, désorganisés et prcscjne réduits à rien, la mettent dnns le ras de n'Hre plus regardée que comme armée d'observation. » (.Vrch. Guerre.)

2. « De Gênes, le 13 octobre. .Vujonrd'hui est sortie une proclamation qui annonce l'arrivée a Fréjus de Bonaparte. » [Cahier Oiambone, p. 29.)

Du quartier général de Coni, le 15 octobre.

« C'est avec transport qu'un soldat de la vieille armée d'Italie, honoré dans le temps de votre estime et de votre amitié, s'empresse de féliciter la République et vous du retour heureux qui vous rendent aux vœux des Français. La nouvelle de votre arrivée ranime dans tous les cœurs la confiance et l'enthousiasme. Jamais la patrie ne réclamait plus vivement le secours de votre génie. Vous seul peut-être êtes destiné à terminer notre ouvrage en affranchissant l'Italie et en donnant à l'Europe une paix durable. Nous brûlons ici de vous revoir, de vous aider, et ces sentiments que je vous exprime sont ceux de tous les braves de l'armée d'Italie. La nouvelle de votre arrivée a retenti dans tous les camps; déjà l'ennemi Ta appris par les cris de joie du soldat qui, à son tour, lui dit : Nous avons Bonaparte !

« Joubert est mort deux mois trop tôt. Il eût quitté la vie avec plus de satisfaction s'il eût pu vous embrasser et jouir du plaisir de vous voir rendu à la République. Il vous croyait perdu pour elle et avec elle. Je fus son ami; je partageai ses travaux et ses peines; j'ai connu toute l'étendue de son attachement pour vous ; il s'affligeait de votre absence. Ses vœux vous accompagnaient partout. Comme lui, mon général, tous ceux h qui vous avez appris h connaître le prix de la gloire ont suivi vos leçons; pas un, dans quelque rang qu'il se soit trouvé, n'a terni l'éclat du triomphe auquel vous nous aviez guidés; beau-

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criup oot péri j:loricaseinent ; tous ont rappelé avec orgueil : « Et nous aussi nous étions à Tarmée d'italie.»

« Si, comme les braves qui %'ous ont suivi en E^'pte et en Syrie, nous n'avons pas traversé les mftrs et couru les mi^raes dangers, croyez, mon général, que nous n'avons pas dégénéré et qu'il se trouve encore en Italie des hommes jaloux de votre estime et toujours fiers d'avoir marché sous vos ordres.

•< Admiration et dévouement*. >»

Le dernier événement militaire de cette rude campagne, ce fut la reddition de Coni, ville autant fortifiée par Tart que par la nature. Ses portes, longtemps battues à coups de canon, s'ouvrirent di^vant Liechtenstein'^, le 2 décembre.

Mais, de toutes les nouvelles qui parvinrent a Tarmée républicaine, disséminée dans TApennin, aucune ne lui fut plus agréable que celle publiée à (iônes, le 19 octobre, relatant les défaites de Souvarow engagé contre Lecourbe, puis contre Molitor; puis le désastre par leqael s'était terminée sa retraite conduite vers T Allemagne, à travers le col de Panix, couvert de neige.

L Correspondance. (Arrh. Guerre.)

2, 4 Après avoir pris une part glorieuse à la bataille de Stura, ftiriRi qu'à d'autres combats, après avoir repoussé l'ennemi de ^tfmdovi, il fit le siè^p de Coni. Dans la nuit du 27 novembre, il ouvrit une preinière tranchée. Une sortie de la garnison fut reprmss<''e. A la suite d'un bombardement effroyable, les français se Irunvèrent contraints à capituler. On avait employé 78 bouches à îeu contre (^oni. Le 2 dé<'embre, à l'évacuation de la place, les Aiilrichiens eurent, comme prises, 3.000 prisonniers, un parc d'arnj(>;rie, des provisions de toutes sortes, » (Papiers de famille de S. A. S. le prmce régnant de Liechtenstein.)

C'est ail camp d'Asli que le inarochal russe avait préparé, dans les derniers jours d'août, avec Taide de Weirother, resté chef d'élat-major des alliés, la marche qu'ordonnait le Conseil Auliqne. Cachant sa mauvaise humeur, Souvarow faisait appel, d'une manière très pressante, à la bonne volonté des Autrichiens pour qu'ils lui procurassent h Taverne, bourgade située entre Lugano et Bellinzona, le train d'équipages nécessaire aux troupesqui allaient s'engager dans le Gothard. M. de Mêlas et le comte Coscatelli, gouverneur de la Lombardie, promirent 800 mulets chargés d'approvisionnements*.

Le i" septembre, pendant qu'il était retiré, à l'arsenal de Turin, lo pièces d'artillerie légère, nécessaires à l'expédition, Wasiliewitch indiquait un itinéraire aux soldats '^, Et il écrivait à Korsakoff, chef de l'armée russe, en Suisse, que son avaut-garde arriverait, le 20 devant Zurich.

On lui avait cependant représenté que Lecourbe, favorisé dans ses opérations par laretraite du général Haddick, celui-ci envoyé par le généralissime à la

1. Souvarow écrivit à Paul I": « Lorsque, le 1" septembre, M. de Thugut me sépara, à Tortone, de l'armée autrichienne, je demandai au général Mêlas un nombre considérable de mulets; il ne me donna que ce dont j'avais besoin pour transporter ma grosse artillerie, et me refusa le reste en m'assurant que je trouverais à Bellinzona, tout ce qu'il me faudrait. Arrivé là, je ne trouvai rien de ce qu'on m'avait promis. Le général autrichien Tiiler et ses commissaires nous trompèrent d'une manière abominable. î> (Arch. (iuerre, de Saint-Pétersbourg.)

2. L'ordre de marche fut ainsi établi : « La division Derfelden. marchant en tète, devrait quitter .Vsli le 7 septembre ; elle serait, le 8 }\ Cerisole, le 9 à Veroeil, le 10 à Novare,le 11 à Fermo, le 12 à Varèse, le 13 repos; le 14 à Agno; le 15 à Bellinzona, e 16 à Gionico, le 17 à Airolo. Les autres corps suivraient ce mouvement, à une journée d'intervalle. » (Lettre de Weirother au comte Aideni. Arch. d'Etat de Venise.)

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garde du Valais, s'était avancé, le 21 août, jusqu*à Domo-d'Ossola, et que ses troupes pouvaient défendre pied à pied le terrain, et qu'une réserve de Massena pouvait surgir à Airolo. Or, de tous ces avertissements, le maréchal se gaussait. Il s'était juré d'exterminer, par le fer, tous les soldats français préposés à la garde de l'Helvétie.

Le 7, ses troupes étaient complètement équipées ; parmi elles, un corps de grosse artillerie et quelques lourdes voitures iraient à Chiavenna, le 14, passeraient le Splùgen, descendraient la rive droite du Rhin antérieur et s'arrêteraient à Maïenfeld, qui serait transformé en dépôt.

Des régiments de bataille, la colonne Derfelden quittait Asti, le 8; elle couchait, le soir, à Cerisole. Sou varow couchait k Casale. Toute la cavalerie occupait Felizzano. Rosenberg, parti le matin de Rivolta, campait devant Alexandrie, où un ordre venait changer sa destination.

C'est que, le 9, à trois heures du matin, Zach, étant arrivé auprès du maréchal, le suppliait de ne pas abandonner l'armée autrichienne à ses propres forces, surtout au moment où Moreau descendait de la Bocchetta et que Duhesme menaçait Suze. Cet appel causait au vieux soldat un accès de mauvaise humeur, et il s'écriait :

(( — Vous ne pourrez donc jamais vous passer des Russes ? »

Il revint cependant sur ses pas, et, rempli de rage, se promit d'anéantir les colonnes françaises descendues dans la plaine. Il ne put se satisfaire, puisque Watrin avait, le 8 septembre, évacué

Pozzolo et que les autres troupes cédaient partout, aux Autrichiens le terrain conquis quelques jours auparavant ; mais il eut au moins la satisfaction de voir défiler la garnison française du Château de Tortone, acheminée ensuite vers Trente. Quelques heures après ce défilé, Souvarow ordonna aux 18.000 fantassins et aux 4.000 cavaliers placés sous son commandement, de faire volte-face pour reprendre à nouveau la route de Lugano.

Les Moscovites s'avancèrent à grands pas, à travers la plaine dénudée, libérant enfin le Piémont et la Lombardie de leurs hordes pillardes. Ils cherchèrent encore une fois à dépouiller les habitants. Ceux-ci, assurés de leur départ définitif, rendirent grâce h Dieu d'éloigner ainsi de leurs toits ces hommes sanguinaires, dans lesquels ils avaient pensé trouver, six mois auparavant, des libérateurs. Le 15 septembre, la première colonne russe arrivait près de Taverne, bourgade aux maisons grises, qui s'apercevaient au pied d'une forôt de châtaigniers dont le feuillage était déjà jauni.

Dans la matinée du 16, les Russes s'engageaient sur le territoire suisse et faisaient halte au creux d'un vallon, où, se conformant à leurs traditionnelles coutumes de pillards indéfectibles, ils rancjonnaient les pacifiques laboureurs.

Leurs récentes victoires les avaient remplis d'un sot orgueil, soigueusement entretenu par les bravades de Souvarow et leur faisaient entrevoir, par delà les brumes qui couvraient les cimes neigeuses, une facile conquête de l'Helvétie, pays d'où plus d'un ne devait pas sortir.

En effet, plus d'un quart d'entre eux allaient

dormir leur dernier sommeil sur quelque sommet des Alpes. Souvarow lui-même, jusque-là favorisé de la fortune, s'il n'y perdait pas la vie, y laissait du moins sa réputation de général toujours vainqueur.

Kl^

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