‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 32 sur 73 · Voir la carte 'i, p · texte numérisé non relu

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ser, le long de la Sambre, vers Charleroi, qu'elles croyaient encore aux mains des Impériaux. Il y eut cinq batailles sur cette vaste arène de dix lieues. A gauche, les escadrons de Latour firent céder Montaigu : les Impériaux forcèrent les postes français et s'emparèrent du bois de Monceau ; ils seraient arrivés sur la Sambre près de Marchienne, sans la ferme résistance des bataillons de Kleber, qui se logèrent dans le bois de Monceau et surent s'y maintenir. Au centre, les alliés tinrent les Français en échec, les repoussèrent même d'Iieppignies, au point que Jourdan craignit de voir la ligne rompue et fit donner sa réserve. Mais la véritable action s'engagea sur la droite. Trois fortes colonnes autrichiennes, sous Beaulieu, s'élancèrent sur Lambusart, défendu par Marceau, tandis que l'archiduc Charles faisait plier les avantpostes de Meurus. Marceau défendit Lambusart avec ténacité, maison par maison. Cependant les xVutrichiens emportèrent le village, rompirent les bataillons français dont une partie s'enfuit au delà de la Sambre, et essayèrent de déboucher de Lambusart sur Charleroi. Là s'arrêta leur succès. Ils ne purent faire un pas hors de Lambusai't. La division Lefebvre, accourue au secours de Marceau, les accabla sous une grêle d'obus qui, en plusieurs endroits, mirent le feu aux moissons ; Marceau, revenant il la charge, emporta Lambusart à la baïonnette, et contraignit Beaulieu à une retraite définitive, nécessitée d'ailleurs par la certitude que les Autrichiens venaient d'acquérir de la prise de Charleroi. Dès que Cobourg avait appris la reddition de la place, il avait envoyé l'ordre de retraite aux dilïerents corps, et ceux ci ne luttaient plus que pour l'honneur. L'armée française demeura maîtresse de ses positions après sa glorieuse mais pénible victoire, et les alliés se retirèrent en ordre vers Bruxelles.

La bataille de Fleurus ne décidait pas du sort de la Belgique, ([ue les Autrichiens auraient encore pu défendre. Mais le découragement gagnait les généraux, la

démoralisation s'était emparée des troupes; entre les etats-majors se glissait une mésintelligence croissante ; tout eflort fut désormais paralysé; les vaincus de Fleurus commencèrent vers Bruxelles une retraite machinale qui ne devait s'arrêter qu'au Rhin. Cependant les armées rançaises mettaient peu d'activité dans leur poursuite. L armée de Sambre-et-Meuse occupa Mons et investit, sur 1 ordre du Comité, les quatre places conquises en i^rance parles Autrichiens. Quant à Pichegru, il avait eu la pensée de se joindre tout de suite h Jourdan pour achever Cobourg. Le Comité, hanté par ses rêves de descente en Angleterre, l'en détourna et lui fit d'abord occuper Bruges et Ostende. Ces mouvements permirent aux Impériaux de reprendre haleine. Toutefois ils ne prohterent du répit qui leur était laissé que pour reconnaître 1 impossibilité de la résistance. Les alliés se séparèrent, les Autrichiens se repliant sur Tirlemont et sur la Meuse le duc d'York et les .Hollandais se retirant derrière la Dyle pour couvrir les Provinces-Unies, pendant que les armées républicaines se rejoignaient à Bruxelles. Le lU et le 11 juillet, les deux armées du Nord et de bambre-et-Meuse se réunirent enfin dans cette capitale, dou elles sortirent de suite pour continuer, chacune de son cote, la poursuite de l'ennemi. Pichegru s'empara de iMaiines. Jourdan suivit les Autrichiens, s'empara de Louvain et de Xamur, et arriva sur la Meuse, comme Dumouriez y était arrivé après Jemappes. La Bebique était conquise, sans que les armées de la coalition fussent détruites. Les républicains parurent un moment se contenter du succès obtenu : ils s'arrêtèrent en pleine victoire, retenus par les ordres du Comité qui prescrivait de reprendre avant tout les quatre places, retenus aussi par la nouvelle du 9 thermidor, car ils craignirent que cette journée ne devînt le signal d'une réaction où les conquêtes de la République auraient sombré avec la RépublKjue elle-même.

L'énergique effort, qui avait abouti à Tourcoing et

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à Fleurus, avait fait négliger un instant la frontière d'Alsace et de Lorraine, si glorieusement défendue en 1793. Les deux armées du Rhin et de la Moselle avaient gardé les positions conquises, mais elles étaient fort diminuées depuis le départ de .jourdan et si éparpillées que le maréchal prussien Mœllendorlf voulut en profiter pour reprendre Kaiserslautern (23 mai). Il tenta une surprise qui réussit, et replia les deux armées sur la frontière française. Il n'avança pas davantage, retenu par les préoccupations que causait aux Prussiens la nouvelle insurrection de la Pologne. De son coté, le Comité ne voulait point demeurer sous le coup de cet échec. Il tira des troupes de la Vendée et fit marcher de l'avant Michaud, général de l'armée du Rhin, avec 60,000 hommes. Après une tentative inutile, les deux armées du Rhin et de la Moselle réussirent à reprendre, le 13 juillet, la crête des Vosges, et à se loger dans Pirmasens et Kaiserslautern. A l'extrême gauche de leur ligne, les Français s'emparèrent de Trêves. En vain Mœllendorlf ressaisit encore Kaiserslautern (18 septembre) : les défaites des Autrichiens sur la Roër l'obligèrent à évacuer le Palatinat, et les armées républicaines, resserrant leurs licriies vers le Rhin, bloquèrent Mayence sur la rive gauche malgré les rigueurs de l'hiver.

Cependant la marche en avant avait recommencé entre l'Escaut et la Meuse. La capitulation des quatre places de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes et de Condé avait rendu aux armées françaises leur liberté d'action. En septembre I79i, elles se remirent en mouvement pour conquérir les lignes de la Meuse et du Rhin. Pichegru repoussa les Anglo-Hollandais vers Bois-le- Duc. Les Hollandais allèrent se cacher derrière le Wahal à Gorkum. Les Anglais se firent battre à Boxtel (14 septembre). Les uns et les autres résistaient fort mollement. A chaque nouvel échec, ils prenaient position derrière une des larges et profondes rivières de Hollande, sans résolution ferme de défendre leur fossé. Le duc d'\ork

finit par se blottir sous Nimègiie. Vers h Meuse, l'armée de Jourdan rencontra plus d'obstacles. Clerfavt, qui avait remplacé Cobourg à la tète des Autrichiens', essaya d'abord de défendre la licrne de la Meuse et de rOurthe. L'armée française l'attaqua après avoir été rejointe par le corps de Scherer, qui la portait h 100,000 combattants ellectifs (18 septembre . Scherer et Marceau forcèrent la gauche autrichienne, ce qui déteimina Clerfayt à chercher des positions plus sures derrière la lioër. Il éleva le long de cette rivière une ligne de retranchements, de Diiren à Aldenhoven et à Ruremonde. Mais les retranchements de la Roër se laissèrent enlever plus aisément encore que ceux de Jemappes et de Wattignies. L'armée de Sambre-et-Meuse masqua la place de Maestricht et assaillit, le 2 octobre, les lignes de la Roër en conservant un ordre et un ensemble parfaits, qui témoignaient combien quatre mois de campagne l'avaient aguerrie. Elle enleva au centre le plateau d'Aldenhoven et repoussa les Autrichiens sur les glacis de Juliers. A droite, Marceau emporta Diiren. A la gauche seulement, Kleber eut grand'peine h passer la Roër et ne put que prendre pied sur la rive droite. Toutefois les Autrichiens se reconnurent battus, évacuèrent Juliers, se retirèrent vers le Rhin et le repassèrent à Mulheim ^5 octobre). L'armée de Sambre-et-Meuse était sur leurs talons : elle occupa Cologne et Bonn. Maestricht. bloquée depuis un mois, tomba le 4 novembre. La rive o-auche du Rhin était conquise. ^

Après l'arrivée de Pichegru et de Jourdan sur les grands fleuves, la campagne semblait finie, autant par 1 approche de l'hiver que par la rencontre d'obstacles naturels dilhciles à franchir, lorsqu'une carrière nouvelle s'ouvrit à l'armée du Nord. Des capitulations facilement obtenues la portèrent sur la Meuse et sur le VVahal. Llle s'empara de Rois-le-Duc et de Venloo, franchit la Meuse par sa droite et arriva sous Nimècrue. Le duc d'York, fort peu enthousiaste pour la défende de la

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Hollande, démoralisé comme ses troupes par ses continuelles retraites, se posta derrière le Wahal et s'imagina que les républicains ne l'y attaqueraient pas. Ceux-ci ne s'occupèrent d'abord que de Ximègue, persuadés que cette place, dont les environs étaient coupés et marécageux, sulhrait à les retenir jusqu'à la fin de la campagne. Mais les Anglais craignirent d'être cernés dans Ximègue et l'évacuèrent en y laissant un corps hollandais. Les Hollandais crurent à une trahison, sortirent à leur tour de la ville et les Français y entrèrent. Il eut été temps, pour l'armée du Nord, de prendre un repos nécessité par rextrème dénuement et les fatigues des troupes. Cependant elle ne s'arrêta pas, car le Comité et les généraux, stimulés par les instigations des patiiotes hollandais, convaincus que le gouvernement du stathouder tomberait de lui-même, songeaient à s'emparer immédiatement de la Hollande. Les premières attaques sur l'ile de Bommel eurent peu de succès. 11 fallut que le rigoureux hiver de 179i vînt en aide aux républicains. Le Wahal et la Meuse se couvrirent d'une glace épaisse, capable au bout de peu de jours de porter l'artillerie. Du coté des alliés, le duc d'York avait quitté l'armée et laissé à Walmoden un commandement peu enviable. Le nouveau général s'inquiétait fort de sa ligne de retraite : le Lek, plus rapide que le AVahal, charriait d'énormes glaçons, mais ne gelait point ; les alliés, adossés à cette rivière, étaient menacés d'être pris comme dans une impasse. Ces inquiétudes donnent le mot de la prompte retraite de Walmoden. Dès que commença la marche en avant des républicains, les Anglais plièrent en s'estimant trop heureux de se tirer d'un si mauvais pas. Le "28 décembre, par un froid de 17 degrés, les républicains passèrent la Meuse vers leur gauche et chassèrent les Hollandais devant eux. Sur la droite, il aurait été facile l\ Pichegru de prendre Walmoden : il hésita, laissa les ennemis repasser tranquillement le Li^k, et ne franchit lui-même le Wahal que le (S janvier 1705. La gelée totale du Lek

assura enfin la conquête de tout le pays jusqu'à Amsterdam. Les troupes anglaises, réduites à la dernière misère, repassèrent l'Yssel et TRms et se dispersèrent dans le Hanovre. L'armée du Nord acheva à travers la Hollande sa promenade triomphale. Elle occupa Utrecht, Arnheim, entra dans Amsterdam le 20 janvier, et fit saisir par sa cavalerie l'escadre hollandaise immobilisée par les glaces au Texel. Le stathouder s'était enfui en Angleterre; la Hollande se retira de la coalition, et la République bata^e, la première des républiques-sœurs de la France, conclut avec elle une étroite alliance (16 mai 1795).

Ces étonnants succès des armées républicaines étaient le prix de leur valeur désintéressée. Tandis que l'idéal républicain agonisait au milieu des stériles débats des assemblées, il vivait toujours dans les camps, où la discipline n'excluait point la fraternité et les rêves d'affranchissement universel : « Pour qui donc nous battronsnous ? murmuraient des officiers d'ancien régime à l'époque du 21 septembre 1792, lorsque les commissaires de la Convention proclamaient la République au camp de Sainte-Menehould. — Vous vous battrez, s'écriait Prieur, pour la patrie, pour vos femmes, pour vos enfants, pour la République ; si vous êtes incapables de soutenir cette noble cause, retirez -vous ! » On comptait ceux qui s'étaient retirés, et les autres venaient de lutter pendant trois ans pour les Droits de Vhomme. Les sentiments républicains les animaient tous et les faisaient égaux, malgré les différences de grades. Du soldat au général, tous se sentaient citoyens, ce qui interdisait aux chefs la discipline au bâton et la morgue des commandants d'ancien régime. Les rangs étaient rapprochés par des épreuves communes soutenues avec la même constance. L'oflicier portait son sac comme le soldat, touchait sa solde presque entière en assignats, vivait de la manière la plus frugale, lorsqu'il parvenait ii vivre. Même en 1796, la solde en numéraire du général en chef n'était que de

1 livre 13 sols par jour. Presque tous ces odiciers étaient de promotion récente et d'origine populaire ou bourgeoise, depuis les grandes épurations de 1793. Ils étaient donc affranchis de tout esprit de caste, et les meilleurs ne voyaient dans la guerre qu'un mal nécessaire, comme le montrent les lettres de Hoche et de Marceau. Ils aimaient pourtant leur métier, séduits selon leur tempérament soit par le côté héroïque de luttes où les armées se prenaient corps à corps, soit par les combinaisons scientifiques de la stratégie. Les uns et les autres ne se battaient ni pour la gloire ni pour la richesse, comme on le fit plus tard, mais pour la liberté de la France républicaine. Leurs troupes étaient bien mélangées, comme le sont toujours ces grandes masses d'hommes : elles avaient leur tourbe de pillards et de lâches ; mais les représentants en mission auprès des armées faisaient des exemples sévères, et la plupart des citoyens soldats savaient y applaudir. Ils ne murmuraient point contre leur gouvernement qui les laissait dans une misère profonde, contre les munitionnaires qui faisaient, comme en 1793, de scandaleux profits. Ils venaient de faire la campagne de Hollande par un froid rigoureux, ne recevaient des magasins que du pain et ne parvenaient à se procurer les vivres nécessaires que lorsque les généraux appliquaient aux régions occupées le système de la réquisition régulière. Ils étaient en haillons d'une malpropreté extrême, faute de cantonnements suHisants et de repos, au point que beaucoup d'entre eux étaient couverts de gale et de vermine. Ils supportaient ces misères avec la résignation joyeuse d'hommes qui savent pourquoi ils marchent. Ils entrevoyaient la fin de leurs soullrances avec le triomphe prochain de la liberté. Ce moment est unique dans l'histoire des armées révolutionnaires. Avant, elles étaient peu homogènes et mal organisées, et leurs éléments étaient de valeur trop diverse ; après, quand la guerre s'éternisa et ([uand le pouvoir civil cessa d'avoir la haute main sur elles, elles eurent trop d'esprit militaire et pas

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assez d'esprit national ; elles eonservèient leur élan et leur bravoure, mais devinrent des armées de métier aux cadres rigides, où toutes les volontés se fondaient dans un moule uniforme et où la guerre était aimée pour ellemême. . . 1 1- La coalition se disloquait sous la pression des républicains victorieux. Ln Prusse signa la paix h Bide, le 5 avril 1795. I/Kspagne ne tarda pas à suivre son exemple. Sur la frontière des Pyrénées s'était fait sentir dès les premiers mois de 1 79 'i l'impulsion vigoureuse du Comité de l'an 11. Après les défaites de 1793, il avait dirigé vers les Pvrénées-Orientales la moitié de Farmée de Toulon, sous bugommier. Ce général se hâta de faire l'embrigadement des volontaires et d'épurer les états-majors; il reléoua sur les derrières de Tannée les corps indisciplinés que Ricardos avait tant de fois battus ; il présenta à l'armée espagnole un front formidable de troupes aguerries. Aussi les Kspaguols de la Union, découragés par la mort de Kicardos, ne tentèrent rien contre les lic-iies françaises. Dugommier vint les chercher dans leur camp du Boulon (l"' mai 1794;. H porta son lieutenant Pérignon sur les communications des Espagnols, ht lui-même sa trouée, et mit dans une affreuse déroute les soldats de La Union, qui se virent au moment d'être cernés par les Français et s'échappèrent en désordre par le col de Perthus. Aussitôt les républicains investirent Colliourc et Bellegarde. CoUioure ne tarda pas ii succomber (27 mai ; Bellegarde, protégé par sa situation, résista plus longtemps et espéra du secours. Mais La Union ne se fiait plus à ses troupes : il ne tenta que de timides et inutiles diversions. Dugommier fit capituler Bellegarde et projeta de porter la guerre sur le s(d espagnol. Il fut retardé assez longtemps par les négociations eno-agées entre le cabinet de Madrid et le Comité de salut public. La Union eut le temps de se retrancher : il fit élever à la Montagne-Xoire, d'Rspolla ii Saint- Laurent-de-la-Muga, 77 redoutes (|ui s'appuyaient au

camp retranché de Figuières ; il les arma de 250 bouches à feu Tant de fortifications et de canons ne sauvèrent pas l'armée espagnole. Le 17 novembre, Dugommier attaqua la ligne ennemie ; il fut tué au moment de remporter les plus grands succès. Déjà les Français avaient pris cinq redoutes de gauche. Pérignon, investi du commandement, revint h la charge le 20 et força le centre de la lio-ne. La marche victorieuse des Français et la mort de La Union déterminèrent la retraite précipitée des ennemis sur Cirone. Ils laissaient dans Figuières 9,000 hommes qui se hâtèrent de capituler (27 novembre). Les républicains eurent plus de mal devant Bosas, la seconde porte de la Catalogne. Ils souffrirent à la tranchée devant Rosas, comme devant Mayence et sur le ^^idla^ de toutes les rigueurs d'un hiver exceptionnel, /^"h" ;^^ place tomba aux mains des Français le 3 février 1/Jo. La Catalogne était ouverte à l'invasion.

Les armées républicaines avançaient aussi vers les Pyrénées-Occidentales. Elles se contentèrent en 1794 de poser des bases pour la campagne suivante. Moncey, placé d'abord en sous-ordre de Mùller, s'empara de Tontarabie et de Saint-Sébastien (l^-'i août), et fit l'invasion du Guipuzcoa. Devenu bientôt général en chef, il battit ses ennemis dans une suite de petits combats et projeta le sièo-e de Pampelune. L'hiver et les maladies 1 empêchèrent de passer à l'exécution. 12,000 hommes périrent dans les hôpitaux. Moncey, forcé d'ajourner ses projets, ^arda cependant le terrain conquis. Le Comité de salut public, pour forcer l'Espagne à la paix, médita de porter en 1 79B des coups décisifs vers l'Ouest. Tandis qu il prescrivait à Seherer, successeur de Pérignon dans 1 est, de se tenir sur la défensive devant les Espagnols du gênerai Urrutia, il faisait passer à Moncey des renfort^s considérables venus de Vendée. Moncey avait en face de lui deux armées très mal liées, les armées de Navarre et de Biscaye. 11 résolut de couper la ligne au point de jonetion 11 y réussit le 6 juillet en s'emparant du col d Olle-

reguy. II contint l'armée de Navarre, rejeta vers l'ouest I armée de Biscaye, s'empara de Vittoria et de Bilbao.

ro''o''"'n , ^"''' ''""P-"' *■""'■* '• sa campagne victorieuse (22 juillet). °

Sur les Alpes, la République ne réussit pas à forcer à la paix le roi de Sardaigue, soutenu par les Autrichiens Les deux armées des Alpes et d'Italie marchaient pourtant de succès en succès. T.a première couronna en 179i a crête politique des Alpes et se saisit dos grands cols. La seconde eut le rôle principal. Elle était Vommandée par Dumerbion, mais Bonaparte, qui avait l'oreille des représentants Bobespierre jeune et Salicetti, et que le siège de roulon avait mis en vue, fit dabord triompher ses plans d oflensive. Il fallait avant tout déposter Colli de ses positions de .Saorgi(.. Les républicains les tournèrent par la gauche, vers Oneglia. Le 28 avril, "Saoro-io était rendu intenable aux Austro-Piémontais. Cette conquête permit à I armée d'Italie de couronner de son côté la crête des montagnes, et d'occuper les cols de Fenestre et de tende. Bonaparte projeta incontinent de s'emparer du 1 lemont, en faisant descendre les colonnes françai-

ses sur Coni Mondovi et Ceva, et en faisant coopère I armée des Alpes à l'attaque générale. Déji, ces plan, étaient approuvés par les représentants et par le Comité, quand le 9 thermidor vint tout suspendre La chute de Robespierre et de son frère faillit entraîner la chute de Bonaparte et fit sombrer ses projets. L'armée d'Italie resta sur la défensive, tout eu tenant les côtes de la nviere de Gènes jusqu'il Savone, malgré les elForts désespères de 1 Autrichien Colloredo pour se faire jour vers la cote (septembre). Cependant les alliés devenaient chanue jour plus nombreux: ils étaient 50,000 au printemps de 17J,,, con.mandés pour les Piémontais par Colli et pour les Autrichiens par de Vins, tandis ,,ue le nouveau chef de I armée française, Kellermann, n'avait plus que 15,000 hommes dénués de tout. Convaincu qu'il'ne pouvait que se défendre, ,1 fortifia les cols. De Vins parvint à s'em!

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parer de Savone et à repousser les républicains sur Ormea (25 juin). Le Comité ajourna les plans de revanche de Kellerniann jusqu'à l'arrivée de l'armée des Pyrénées, rendue libre par la paix de Bàle. I^es républicains et leurs ennemis employèrent cet intervalle h se fortifier. Les premiers firent des retranchements et des abatis de Borghetto jusqu'au col de Tende ; les Austro-Sardes construisirent des redoutes depuis la cote, à Loano, jusque sur les contreforts de l'Apennin. Mais Kellermann n'eut pas la victoire qu'il méditait : le Comité la lui enleva en le renvoyant à l'armée des Alpes, réduite à faire In guerre de postes, et en le remplaçant à l'armée d'Italie par Scherer (31 août). Celui-ci attendit l'arrivée d'Augereau et des vétérans d'Espagne. Ils arrivèrent sans chaussures et sans vivres : il fallut attendre encore pour leur procurer 24,000 paires de souliers et 1 00,000 rations de biscuit. Déjà la neige couvrait les sommets des Alpes et des Apennins, et les Austro-Sardes étaient persuadés que les armées allaient entrer en quartier d'hiver, quand les républicains attaquèrent les lignes de Loano (23 novembre). Ils trouvèrent sur leur droite, vers la cote, des postes qu'ils emportèrent aisément, ainsi que la ville de Loano. Leur tache fut plus rude vers le centre des alliés, commandé par Argenteau. Masséna eut besoin d'un long combat pour le rejeter dans l'Apennin, vers les sources de la Bormida, pendant qu'à la gauche, Serrurier attaquait au cœur de la montagne les Piémontais de (^olli et les repliait vers Ceva. Les Autrichiens se retirèrent péniblement le long de la rivière de Gènes, évacuèrent Finale et Savone. Ils ne s'arrêtèrent qu'à Acqui, au delà de l'Apennin. L'armée d'Italie était maîtresse des débouchés de cette montagne, comme de ceux des Alpes-Maritimes. Devant elle s'ouvrait le vaste horizon du Piémont et de la Lombardie. Mais pour une telle concfuéte il lui fallait un autre chef que Scherer.

Ainsi la République triomphait en 1795 sur les champs de bataille des Alpes et des Pyrénées. Elle éprouvait des

LES G VMPAGNES DES ARMÉES FRANÇAISES

CONOUl^/FE DES FRONTIÈRES NATURELLES

mécomptes siii' celui du Rhin, tout par les Aiutes et p.nr la négligence du gouvernement que par la conduite déloyale de Pichegru. Après la coiujuète de la Hollande, ce général avait reçu le commandement des armées du Rhin et de la Moselle réunies. Il tenait la rive gauche du Rhin, d<* Râle juscju'à Mavence, et faisait blocjuertcette dernière |)Iace par Kleher. Jourdau, avec Tarmée de Sambre-et-Meuse, tenait le fleuve de Mavence ;i la frontière de Hollande. Les deux armées républicaines étaient dans la plus grande détresse, ce qui n'empêchait pas le Comité de faire de vastes projets pour le passage du Rhin. De pareils desseins étaient hors de saison, car les chevaux et les équipaîi;es de pont manquaient absolument. Les républicains demeurèrent dans une inaction forcée, et n'obtinrent (|u un succès, la capitulation de Luxembouro-, que la famine fit tomber entre leurs mains (24 jnin). Les Autricliieus profitèrent du l'épit pour renforcer Tarméc de Clerfayt sur le Mein et celle de AVurmser sur le haut Rhin, destinées à opérer de concert. La conduite de Pichegru leur donna d'autres motifs d'espoir. C'était une ame des plus mesquines que celle du vainqueur de la Hollande : il était avant tout désireux de jouissances matérielles, que les assignats républicains ne suffisaient pas à lui procurer ; il se montra disposé ii jouer pour de l'argent et des honneurs le rôle de Monk. 11 négocia avec le prince de Condé par la voie de l'intrigant Montgaillard ; il conduisit la campagne de manière à donner aux agents de l'émigration des espérances très fondées.

Cependant le Comité, qui ne soupçonnait rien du complot, ordonna ii Jourdau et à Pichegru de passer le Rhin. Jourdau le passa le premier le 7 septembre 1795 vers Duss(ddorf, s'établit sans grande peine sur la Sieg, puis sur la Lahn, malgré le relâchement de la discipline dans ses troupes, à (jui les misères prolongées finissaient par donner le goût du pillage. 11 se posta de Wetzlar à Nassau. De Cross-Gerau, près du Mein, Clerfayt allait marcher vers l'armée de Sambre-et-Meuse, quand Piche-

ffru passa le Rhin à son tour en face de Manheim. Manheim se rendit (20 septembre) et les Français projetèrent de s'emparer d'Heidelberg.

Si Pichegru avait attaqué à fond Heidelberg, la position des Autrichiens serait devenue critique, car l'armée principale de Clerfayt, privée du secours de Wurmser, aurait été fort aventurée entre les armées de Rhin-et- Moselle et de Sambre-et-Meuse. Mais Pichegru montra en attaquant Heidelberg qu'il ne désirait pas s'en rendre maître. H dirigea sur la place par les deux rives du Neckar deux divisions qui se firent battre séparément ('>'t septembre), et reculèrent en désordre vers Manheim. Rassuré du côté de Pichegru, Clerf\iyt se tourna contre .lourdan avec toutes ses forces. L'armée de Sambre-et- Meuse n'eut que le temps de battre en retraite, et se tira avec peine de sa position périlleuse, resserrée entre le Rhin et le cordon de neutralité qui couvrait la Hesse. Elle repassa le fleuve l\ Neuwied, Ronn et Dusseldorf. H fallut renoncer à l'invasion de l'Allemagne.

Là ne s'arrêtèrent pas les succès des Impériaux. Tandis que Wurmser assiégeait Manheim, Clerfayt conçut la pensée de rendre aux républicains offensive pour offensive, et de tirer parti de Mayence comme base d'opérations pour reconquérir la rive gauche du Rhin. Il attaqua le 20 octobre les lignes devant Mayence, les força et mit en déroute le corps d'investissement. L'armée de Rhiiiet-Aïoselle, menacée sur sa gauche, se concentra sur la lione de la Pfrim. Clerfayt ne tarda pas à venir l'y chercher, sans trop s'inquiéter de l'armée de Sambre-et- Meuse qui se réorganisait avec peine vers le bas Rhin. PicheoTU céda la Pfrim et le canal de Frankenthal (1 1-14 novenï'bre), et se retira sur le Speyerbach. Cependant l'armée de Sambre-et-Meuse se mettait en mouvement pour lui porter secours. Déjà Jourdan et Marceau arrivaient sur la Nahe, malgré les inondations et les chemins défoncés, quand la capitulation de Manheim décida du sort de la campagne en faveur des Autrichiens (22 novem-

LES CVMPAGNES DES ARMI^ES FRANÇAISES

mécomptes sur celui du Uhin, U\nt par les fîiutos et pnr la négligence du gouvernement que par la conduite déloyale de Picliegru. Après la conquête de la Hollande, ce général avait reçu le commandement des armées du Rhin et dr la Moselle réunies. Il tenait la rive gauche du Hhin, de Bàle jusqu'à Mayence, et faisait bloquertcette dernière place par Kleher. Jourdan, avec Farmée de Sambre-et-Meuse, tenait le fleuve de Mayence ;i la frontière de Hollande. Les deux armées républicaines étaient dans la plus grande détresse, ce qui n'enq)échait pas le Comité de laire de vastes projets pour le passage du Hhin. De pareils desseins étaient hors de saison, caries chevaux et les équipages de pont manquaient absolument. Les républicai?is demeurèrent dans une inaction forcée, et n'obtinrent qu'un succès, la capitulation de Luxembouro-, que la Aimine fit toniber entre leurs mains (2i juin). Les Autrichiens profitèrent du répit pour renforcer Farmée de Clerfayt sur le Mein et celle de AVurmser sur le haut Rhin, destinées à opérer de concert. La conduite de Pichegru ItMir donna d'autres motifs d'espoir. C'était une ame des plus mesquines que celle du vainqueur de la Hollande : i\ était av^ant tout désireux de jouissances matérielles, que les assignats républicains ne sulhsaient pas a lui procurer; il se montra disposé à jouer pour de I argent et des honneurs le rôle de Monk. Il négocia avec le prince de Condé par la voie de Fintrigant Montoaillard; il conduisit la campagne de manière à donnei^aux agents de l'émigration des espérances très fondées.

Cependant le Comité, qui ne soupçonnait rien du complot, ordonna à Jourdan et à Pichegru de passer le Rhin. Jourdan le passa le premier le 7 septembre 1795 vers Dussrldorf, s'établit sans grande peine sur la Sieopuis sur la Lahn, malgré le relâchement de la discipline dans ses troupes, à qui les misères prolongées finissaient pardonner le goût du pillage. Il se posta de VVetzIar à JNassau. De Cross-Gerau, près du Mein, Clerfavt allait marcher vers Farmée de Sambre-et-Meuse, quand Piche-

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gru passa le Rhin à son tour en face de Manheim. Manheim se rendit (20 septembre) et les Français projetèrent de s'emparer d'Heidelberg.

Si Pichegru avait attaqué à fond Heidelberg, la position des Autrichiens serait devenue critique, car Farmée principale de Clerfayt, privée du secours de ^^urlnser, aurait été fort aventurée entre les armées de Hhin-et- Moselle et de Sambre-et-Meuse. Mais Pichegru montra en attaquant Heidelberg qu'il ne désirait pas s'en rendre maître. H dirigea sur la place par les deux rives du Neckar deux divisions qui se firent battre séparément (24 septembre), et reculèrent en désordre vers Manheim. Rassuré du côté de Pichegru, Clerf\iyt se tourna contre Jourdan avec toutes ses forces. L'armée de Sambre-et- Meuse n'eut que le temps de battre en retraite, et se tira avec peine de sa position périlleuse, resserrée entre le Rhin et le cordon de neutralité qui couvrait la liesse. Elle repassa le fleuve h Neuwied, Bonn et Dusseldorf. Il fallut renoncer à l'invasion de l'Allemagne.

Là ne s'arrêtèrent pas les succès des Impériaux. Tandis que Wurmser assiégeait Manheim, Clerfayt conçut la pensée de rendre aux républicains offensive pour oflensive, et de tirer parti de Mayence comme base d'opérations pour reconquérir la rive gauche du Rhin. Il attaqua le 29 octobre les lignes devant Mayence, les força et mit en déroute le corps d'investissement. L'armée de Rhinet-Moselle, menacée sur sa gauche, se concentra sur la ligne de la Pfrim. Clerfayt ne tarda pas à venh' Fy chercher, sans trop s'inquiéter de l'armée de Sambre-et- Meuse qui se réorganisait avec peine vers le bas Rhin. Pichecrru céda la Pfrim et le canal de Frankenthal (l 1-14 noveinbre), et se retira sur le Speyerbach. Cependant Farmée de Sambre-et-Meuse se mettait en mouvement pour lui porter secours. Déjà Jourdan et Marceau arrivaient sur la Nahe, malgré lès inondations et les chemins défoncés, quand la capitulation de Manheim décida du sort de la campagne en faveur des Autrichiens (22 novem-

9'» LES CAMPAGNES DES ARMÉES KUANÇAISËS

bre). Wurmser passa sur la rive gauche du Rhin et releva devant la l.g„e du Speyerbach les troupes de Cle. fayt Cehn-c,, se portant surJourdan, le força de s'arrêter Les

anent et obtinrent un armistice. Sans connaître toutes es menées de P.chegru, le Directoire, pris d sônpco ,s c rend., responsable des insuccès de la^ campag e^ et le

remplaça par Moreau. ' ^

Tandis cpie la lutte contre l'Europe conlinenfde se poursuivait avec des succès divers, la'^lutte côn e l'An gleterre, malheureuse sur mer, procurait aux armées ■epiib, cames d éclatants succès quLul le ministè é Pit entait de porter la guerre sur le territoire f ii ais e s unissant aux royalistes de l'ouest. La gran é a méè catholique-royale avait été écrasée à Sav^nay m , s h Vendée se soutenait toujours par l'esnérincé soi^ ment entretenue des secours nn'li.. f"'g»c"sc-

Uon dont les co/onne. in/erna/el et extefminat'r ces dl Turreau avaient endammé en 179'. IV.me des Ve, déeris Hoche fit plus de mal à la Vendée insurrectioiine e " i appliquant dans la région de l'ouest une po litl ' d douceur et de fermeté. Les commissaires de la C nven t.on suivirent la même voie depuis le 9 thormid Hl lé"

rent même trop loin en concluant avec Chare e'e S to lot les pa.x lourrées de la Jauimie et de Su, t M ^ ffévrier-m-.; I70^\ r i r ,"'^ ^ "e a.iint-l> loientin

!i.";.c:d e ï':,,t?''£r:cî;Ht",' ''",'■'"'■■'■■'"

^e décida enfin a exécuter le plan formé dès IToT / chefs ropHstes : une escadre! sons ie^ o ÏA^'lCinl AVarren, transporta sur les cotes de Bretonne 4 000 ém grès commandés par Puisave et d'JIervilIvr i - ''

joindre Lient.t 21000 aut^^ lu/^! K;.:îr7Ïir anohuse dispersa au large de la cote de Bret ne 1. iuZ •epuhh^ne et nu>uilla dans la baie de i^^.!""^^ juin 1/Jo;. Le débarquement se fit à Caniac, où de

CONQUÊTE DES FRONTIÈRES NATURELLES Ôo

nombreux chouans rejoignirent les émigrés. Ceux-ci se saisirent le 30 du fort Penthièvre et de la presqu'île de Quiberon, puis ils se portèrent à Test sur Auray, à l'ouest sur Landevant.

Cette irruption soudaine était accompagnée du soulèvement général de la Vendée. L'armée de La Rochelle, sous Canclaux, donna la chasse à Charette et à StolHet, et Hoche, général de Larmée des cotes de Brest, eut mission d'écraser les émigrés de Quiberon. La concentration des forces du général républicain fut favorisée par les violentes discussions de d'Uervilly et de Puisaye. Pendant qu'ils se disputaient le commandement en chef d'une expédition déjà fort compromise, Hoche portait ses colonnes sur Hennebont, Landevant et Auray, d'où il délogea les chouans. Ceux-ci se réfugièrent derrière les retranchements de Carnac et de Sainte-Barbe, qui ne tinrent pas longtemps contre les sohlats républicains. Le 7 juillet, les royalistes étaient rejetés dans la presqu'île de Quiberon, protégée seulement par le fort Penthièvre, qui en barrait l'étroite entrée.

Les émigrés ne se découragèrent pas et formèrent de vastes projets. Ils décidèrent d'attaquer de front les soldats de Hoche, tandis que les chouans de Tinténiac les tourneraient. Mais les bandes de ce chef ne purent arriver au moment opportun. Les républicains éventèrent les projets de Tinténiac, le poursuivirent et le tuèrent dans les ioréts du Morbihan ; l'attaque de front des émigrés échoua complètement à Sainte-Barbe (16 juillet) au moment mèuie oîi arrivait en baie de Quiberon la division de Sombreull. Tous, vaincus et nouveaux venus, se réfugièrent dans la presqu'île où les républicains ne tardèrent pas à les attaquer.

Hoche, instruit par les récits d'un transfuge, certain que le fort Penthièvre, quoiqu'il fut baigné des deux côtés par la mer, pouvait être tourné à marée basse, envoya dans la nuit du 20 au 21 juillet, deux colonnes commandées par Humbcrt et Ménage. Plongés dans l'eau jusqu'à

LES CAMPAGNES DES AIIMKES FRANÇAISES

la ceinture, ces hardis soldats suivirent, malgré la tempête et la pluie, les murailles du fort, et le surprirent du coté de la presqu'île, vers lequel la garnison croyait n'avoir aucune attaque à redouter. Lorsque se leva l'aurore du 21, le fort Penthièvre était aux mains des républicains, et les milliers de chouans et d'émigrés entassés dans la presqu'île de Quiberon leur étaient livrés sans résistance possible. Très peu d'entre eux regagnèrent l'escadre anglaise ; les autres mirent bas les armes. Les chouans furent renvovés chez eux ; les émiorés, traduits devant une commission militaire, subirent la peine inexorable que leur infligeaient les lois de la Révolution.

Ce déplorable échec n'empêcha pas le gouvernement anglais de préparer une nouvelle expédition, à la tète de laquelle se mit cette fois le comte d'Artois. En août 1795, un convoi de 1 40 voiles arrivait sur les cotes de l'ouest. L'expérience de Quiberon détourna les chefs de choisir en Bretagne leur base d'opérations : ils la choisirent en Vendée, à une distance prudente de la côte, et occupèrent la petite île d'Yen. Et ce fut tout. En vain Charette conjurait le comte d'Artois de débarquer sur la cote de Vendée ; en vain offrait-il de lui amener 30,000 hommes : le comte d'Artois, hanté par le cauchemar de Quiberon, se refusa ù aller chonanner. H finit par lever l'ancre et retourna en Angleterre (18 novembre). La Vendée était décidément perdue: il ne resta plus à Iloche, nommé commandant en chef de l'armée de l'Ouest, qu'à reprendre l'œuvre de pacification et à pourchasser les irréductibles Stofïlet et Charette.

Depuis les traités de Bàle et la fin de la lutte en Vendée, la guerre révolutionnaire se simplifia tout en prenant de Textension : elle devint une lutte à moit entre la France agrandie et l'Autriche sur terre, l'Angleterre sur mer. L'Angleterre conserva ses avantages ; le génie de Bonaparte apparut soudain pour écraser l'Autriche, et avec elle la vieille Europe.

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