Voir la carte 6, p. ii
i;iTAI.lE. RONAPARTE
qui passait le Tasso à Caprino. Le combat tourna bien sur le Tasso : les Autrichiens ne purent s'établir au delà du ruisseau. Mais, à droite, San Marco était cédé aux Autrichiens, Quosdanovich approchait du plateau, et à gauche, Lusignan parvenait jusqu'il Alli. A cet instant critique, l'arrivée des soldats'de Masséna et de Rey rétablit les affaires. Les Autrichiens furent culbutés dans le ravin d'Incanale ; les Français reprirent San Marco et jetèrent parmi les recrues ennemies une confusion épouvantable ; touts'enfuit vers Saint-Jean et le Monte-Baldo. Sur la gauche, Lusignan, qui croyait avoir tourné les Français, se vit assailli et écrasé par les soldats de Rey et les troupes du centre victorieuses ; il se sauva presque seul dans un bateau au delà du lac de Garde. Alwintzy défait se retira vers le haut Adige.
La victoire une fois décidée, Bonaparte avait laissé Joubert poursuivre Alwintzy dans les gorges du Tvrol. Pour lui, il avait fait volte-face vers Provera avec les' soldats de Masséna. Provera avait passé l'Adige le 13 janvier, malgré les efl;)rts d'Augereau : il marchait sur Mantoue et se croyait sûr d'y entrer, quand Bonaparte vint lui couper la route. Le fort Saint-Georges arrêta l'ennemi tout le temps nécessaire à l'arrivée de Bonaparte (15 janvier). Les Autrichiens, traqués de toutes parts, désespérés de l'insuccès d'une sortie de Wurmser, capitulèrent en rase campagne, le 16, au nombre de 6,000 hommes. Cette fois, les défenseurs de Mantoue perdaient leur dernier espoir de salut. Wurmser mangea tous ses vivres ot tous ses chevaux avant de se décider à capituler. Enfin il rendit la place le 3 février, avec 13,000 hommes qui lui restaient. 11 avait montré toute l'énergie passive qu'on pouvait attendre de son amour du devoir. Pour Bonaparte, la capitulation était une délivrance, la fin du cauchemar de Mantoue. :\laître incontesté de l'Italie, il imposa au pape la jKiix de Tolentino, et se prépara à porter à l'Autriche le coup décisif, par une audacieuse irruption dans les États héréditaires.
L'Autriche, sentant venir la crise finale, fit les derniers efibrts pour la conjurer. Elle appela des bords du Rhin son meilleur général, l'archiduc Charles, qui venait de terminer une campagne victorieuse contre Moreau. Charles trouva en T} roi et dans le Frioul de lamentables débris, dénués de tout, prêts à s'enfuir au premier mouvement des Français. Quoique renforcé par la levée en masse du Tyrol, il appela des troupes du Rhin. Ses soldats lui parurent trop aventurés sur la Piave : il les replia derrière le Tagliamento (16 février), livrant du premier coup la route de Vienne, car il négligea d'occuper solidement le col de Tarvis. Il avait 60,000 hommes sur le Tagliamento et en Tyrol. C'étaient à peu près les forces de Bonaparte, qui venait de se renforcer des 18,000 hommes dcBernadotte et de Delmas. Mais l'armée française était aussi ardente et décidée que l'armée autrichienne l'était peu. Dès le premier jour, le sort des armes se prononça.
Bonaparte avait ordonné à Joubert d'avancer en Tyrol ; lui-même s'était porté avec le gros de ses troupes sur la Brenta. Le 10 mars 1797, il marcha sur la Piave. Masséna tenait la gauche et se hâtait vers la montagne, les yeux fixés sur Tarvis. Bonaparte s'attendait à une résistance vigoureuse sur le Tagliamento. ^lais (Charles était résigné à céder au premier choc. Lorsque les Français se jetèrent dans l'eau du torrent (16 mars\ et abordèrent baïonnette baissée les positions autrichiennes, l'ennemi céda partout et se replia sur l'Isonzo. Cette rivière ne lui procura pas un abri phis sur. Elle était guéable partout. L'archiduc Charles, décidé à se retirer, trouva trop dangereux de le faire par la grande route qui remonte la vallée de ITsonzo vers le col de Tarvis. Il laissa la division Bayalitsch s'y engager et se rejeta lui-même vers Laybach sur la Save. Bonapaite s'empara de Gradisca, où il fit 2,000 prisonniers.
Cependant Masséna s'était saisi de Tarvis le 20 mars ; l'archiduc ordonna inutilement de reprendre ce point capital. Bonaparte remonta l'Isonzo pour rejoindre son
L'ITALIE. BONAPARTE
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lieutenant, et Bayalitsch, traqué dans les montagnes, capitula avec 4,000 hommes (22 mars). Déjà l'archiduc Charles avait perdu 14,000 hommes, la moitié de son armée du Frioul. Ducoup, il évita avec soin tout contact; il se retira avec célérité sur Klagenfurt et Saint Yeit. Le 28 mars, les Français étaient à Villach ; sur la droite, Bernadotte s'emparait de Laybach et de Trieste.
Joubert, lancé en avant le 20 mars dans le Tyrol, avait eu aussi de rapides succès. Sorti de Trente, il culbuta le même jour les Autrichiens au passage de l'Avis, sur la route de Botzen. Le 22, il s'empara de cette ville. Au carrefour de Botzen, Joubert hésita. Il avait à observer une série de vallées, et le Tyrol s'agitait autour de sa petite armée. Il songea d'abord à conserver ses communications": il balava la vallée de l'Eisach, alla s'installer à Brixen sans abandonner Botzen. Il v fut assailli de tous les côtés. Partout les montaonards du Tvrol faisaient le coup de feu. Joubert se décida, en apprenant les succès de Bonaparte, à le rejoindre dans la vallée de la Drave. Il concentra ses troupes et, par le col de Toblach, il descendit sur Lienz et sur Villach.
Depuis longtemps les Français n'y étaient plus quand Joubert arriva. Bonaparte suivait rapidement les traces de l'archiduc. Il occupa la vallée de la Drave, Klagenfurt et Saint-Yeit (31 mars). Il écrivit à Tarchiduc Charles la fameuse lettre où il le conjurait de faire la paix, par amour de l'humanité. Sa lettre était inspirée par des considérations militaires. Lancé en flèche avec 30,000 hommes au cœur de TAutriche, il sentait que sa situation était aussi périlleuse que brillante. Pourtant il ne fallait pas déceler la moindre hésitation. Arrivé aux gorges du Dirnstein, eu avant de Neumarkt, il les fit enlever par Masséna (2 avril) ; il fit occuper Neumarkt, descendit dans la vallée de la Mïihr, emporta Unzmarkt (3 avril). Depuis longtemps l'archiduc Charles ne résistait plus. Le 5, Bonaparte était à .ludenbourg. 30 lieues et le massif facile à franchir du Sœmmering le séparaient de N lenne.
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La terreur était extrême clans cette capitale : tout le monde sentait que c'en était fait, qu'il fallait se rési^rner a la paix. Le 7, le quartier général de Bonaparte était à Leoben, quand arrivèrent les négociateurs impériaux Ils avaient SI grand besoin d'une suspension d'hostilités qu ils plièrent pour l'armistice devant toutes les volontés du général français. 11 en fut à peu près de même pour les conditions de la paix. Le 18 avril, Bonaparte, aussi décide comme négociateur que prompt comme chef d'armée conclut les préliminaires de Leoben, chancres le 17 octobre en paix définitive h Campo-Formio.
Ainsi se termina dans les monts de Stvrie la marche audacieuse commencée dans l'Apennin. Bonaparte s'était montre du premier coup le cheC aux vues amples, aux rapides décisions qu'il fut toujours. 11 avait révélé à la Kevolution militaire l'étendue de ses forces. 11 semble fine désormais lui seul sache la conduire.